Jean-Paul Mari présente :
Le site d'un amoureuxdu grand-reportage

Un enfant est tué chaque jour à Gaza

publié le 08/07/2026 par Malik Henni

Malgré les cessez-le-feu annoncés depuis novembre, Gaza demeure un territoire de guerre permanente où un 1,1 millions d’enfants sont piégés dans une enclave assiégée et assassine

Dans cette enclave, environ 1,1 million d’enfants vivent désormais dans des tentes ou des bâtiments endommagés, souvent sans électricité ni eau courante. Les terres agricoles ont été détruites, les paysans n’osent plus s’approcher de la « ligne de mort » par crainte d’être pris pour cible par des snipers ou des drones. La circulation vers certaines zones est devenue de facto impossible, accentuant encore la densité et la précarité dans des camps déjà saturés.

Sur la « ligne jaune », frontière matérialisée par des blocs de béton peints qui sépare l’Est de Gaza occupé de l’Ouest surpeuplé, les autorités militaires israéliennes organisent régulièrement des évacuations nocturnes. Des familles déjà déplacées plusieurs fois sont sommées de quitter leurs abris pour être repoussées toujours un peu plus vers le sud, à proximité de la frontière égyptienne.

Sans eau potable, sans nourriture suffisante, sans médicaments


La majorité des Gazaouis – dont les 1,1 million d’enfants – ne disposent que d’un repas par jour. L’eau potable est rare : les stations de pompage ont été détruites, les usines de dessalement sont à court de carburant. Les familles se rabattent sur une eau parfois croupie, insuffisamment traitée. Ces conditions favorisent les épidémies, notamment les maladies hydriques et les infections respiratoires, dans un environnement où les structures médicales sont elles-mêmes visées ou entravées.

Le système de santé fonctionne avec un tiers des médicaments essentiels manquants, y compris les anesthésiants. Les médecins sont confrontés à des salles d’opération sous-équipées, des stocks qui s’épuisent et un afflux de blessés, parmi lesquels un grand nombre de mineurs. La destruction progressive des infrastructures hospitalières a entraîné la fermeture de services spécialisés, la réduction des capacités de prise en charge et une hausse de la mortalité évitable.

Des frappes « ciblées » aux conséquences massives


L’armée israélienne, dotée d’outils de ciblage avancés et d’algorithmes d’intelligence artificielle, revendique des frappes de précision, parfois « au centimètre près ». Mais la densité urbaine de Gaza et l’emboîtement des espaces – habitations, écoles, terrains de jeu, marchés – transforment ces frappes en opérations à fort impact civil.

Les rapports des Nations unies sur les enfants dans les conflits armés indiquent que les femmes et les enfants représentent plus de la moitié des pertes civiles, soit environ 35 000 morts depuis le début de la guerre. Les équipes sur le terrain documentent des blessures par balles à la tête et au cou d’enfants, des explosions dans des zones de vie – tentes de déplacés, terrains de football, plages – et des entraves répétées à l’acheminement d’aide humanitaire. Depuis octobre, près de 400 enfants ont été blessés dans ces attaques, la plupart gravement.

Une génération privée d’école


L’onde de choc du conflit frappe aussi l’éducation. Selon les évaluations disponibles, 97 % des écoles de Gaza ont été détruites ou gravement endommagées. Les universités ne sont pas épargnées : 95 % d’entre elles ont été touchées et 22 sur 38 ont été entièrement réduites en ruines. Les lieux de savoir se sont transformés en centres d’hébergement d’urgence, en points de distribution de vivres ou en infrastructures inutilisables.

La conséquence est une interruption quasi totale de la scolarité. Les élèves sont dispersés, les enseignants tués, blessés ou déplacés. Les études menées auprès des mineurs indiquent que 96 % d’entre eux pensent qu’ils vont bientôt mourir. Près de 17 000 orphelins errent désormais dans l’enclave, exposés à l’absence de protection familiale, aux violences et à diverses formes de prédation.

Hind Rajab, un symbole de la guerre à Gaza


Le récit de Hind Rajab, fillette de cinq ans tuée le 29 février 2024, concentre plusieurs caractéristiques de la guerre à Gaza. Bloquée dans une voiture sous des tirs nourris, entourée de membres de sa famille abattus, l’enfant est restée des heures au téléphone avec les secours, demandant à être secourue. Son appel a été enregistré et diffusé.

Douze jours plus tard, après le retrait des forces d’occupation, les secours ont découvert la voiture : Hind, les membres de sa famille et deux ambulanciers venus la sauver – Yusuf al‑Zeino et Ahmed al‑Madhoun – avaient été tués.

Ce cas, largement relayé, est devenu emblématique du sort des enfants de Gaza, pris dans des situations où les mécanismes élémentaires de protection – intervention des services de secours, évacuation des civils, respect des équipes médicales – ne sont plus garantis.

Quand l’enfance devient une cible


Pour la Commission d’enquête des Nations unies, il ne fait pas de doute que ces faits s’inscrivent dans une politique visant à détruire l’existence même des Palestiniens de Gaza en tant que groupe. Elle relève des meurtres de masse d’enfants, des atteintes graves à leur intégrité physique et mentale, et des conditions de vie imposées – famine, absence d’accès à l’eau, effondrement du système éducatif – susceptibles d’entraîner à terme une destruction partielle du groupe.

Au-delà des chiffres – 35 000 morts civils, 1,1 million d’enfants vivant avec un seul repas quotidien, 97 % des écoles détruites, 22 universités réduites en ruine, 17 000 orphelins –, la question posée aux États et aux institutions internationales est celle de la capacité à qualifier et à sanctionner ces politiques. À Gaza, l’enfance n’est plus seulement une victime collatérale du conflit : elle est devenue une cible de la guerre.


Encadré

Les chiffres-clés de l’enfance à Gaza

1,1 million d’enfants vivant dans l’enclave

Un seul repas par jour pour une large part de la population infantile

Environ 35 000 morts civils, dont une majorité de femmes et d’enfants

Près de 400 enfants blessés depuis octobre, la plupart gravement

97 % des écoles détruites ou gravement endommagées

95 % des universités touchées, 22 campus sur 38 entièrement détruits

96 % des mineurs déclarent penser qu’ils vont bientôt mourir

Environ 17 000 orphelins exposés à des risques accrus de violences et de prédation


Tous droits réservés "grands-reporters.com"