Un « parfum de défaite » au Liban après le « cadeau » de Trump à l’Iran
Une grande partie des Libanais sont sous le choc depuis que les États-Unis ont créé un comité chargé de superviser le cessez-le-feu au Liban incluant l’Iran
Photo : Le drapeau jaune du Hezbollah proiranien flotte sur les ruines d’une maison détruite par un bombardement israélien à Tyr, au Liban. ©AFP – Joseph EID / AFP
Cela va à l’encontre de leur désir de se défaire de l’influence iranienne, et renforce la position du Hezbollah proiranien.
C’est un article du quotidien francophone de Beyrouth, « L’Orient-le-Jour », qui exprime le mieux le choc de nombreux libanais après les premières négociations américano-iraniennes. « Depuis quelques jours, un parfum de défaite flotte sur le Liban », écrit Rita Sassine. Elle raconte les affiches géantes qui remercient « l’Iran fidèle », les portraits du nouveau guide iranien Mojtaba Khamenei apparus sur la route de l’aéroport de Beyrouth, les « spéculations sur un supposé abandon du Liban par Washington ».
Lors de leur rencontre en Suisse, les Américains ont en effet concédé à l’Iran une victoire symbolique : ils ont créé un « comité de déconfliction » chargé de superviser le cessez-le-feu au Liban, dont fait partie l’Iran, mais ni l’État libanais, ni Israël. Le cessez-le-feu de 2024 prévoyait un comité de suivi comprenant Israël, le Liban, les États-Unis et la France. La présence de l’Iran dans ce nouveau format est donc particulièrement significative, tout comme, au passage, l’éviction de la France.
Le choc est profond au Liban, parmi les forces qui espéraient la réduction de l’influence du Hezbollah, et qui voient avec consternation l’Iran passer de parrain du Hezbollah à garant du cessez-le-feu. Il est tout aussi grand en Israël, qui se voit imposer l’arrêt de son offensive militaire, même si pour l’instant l’État hébreu n’entend pas évacuer le sud Liban occupé.
Dans son empressement à sortir du bourbier iranien, et rétablir la circulation du détroit d’Ormuz, Donald Trump a cédé aux exigences iraniennes. Téhéran a habilement fait le forcing pour lier les dossiers iranien et libanais, et devenir un acteur de la réduction des tensions – là où il était précédemment accusé de les avoir créées par ses « proxies » comme le Hezbollah.
Le Liban poursuit de son côté ses négociations directes avec Israël à Washington. Mais qui peut croire que le gouvernement libanais sera désormais en position de désarmer le Hezbollah quand l’Iran apparait le grand vainqueur diplomatique de la sortie de crise, et supervise la situation au Liban ? C’est effectivement une défaite pour le président Joseph Aoun et le premier ministre Nawaf Salam.
L’équation libanaise n’en est devenue que plus complexe, si c’était encore possible. En reprenant ses tirs sur Israël en mars, après la mort d’Ali Khamenei en Iran, le Hezbollah s’était attiré les foudres de nombreux Libanais qui espéraient rester à l’écart de cette guerre.
Le gouvernement libanais avait alors pris des mesures contre l’Iran, expulsant les gardiens de la révolution présents sur son sol, ainsi que l’ambassadeur d’Iran, qui a d’ailleurs refusé de partir. Il a aussi ordonné le désarmement du Hezbollah, une décision là encore restée lettre morte.
Tout ceci semble bien dérisoire aujourd’hui, avec ce rôle donné à l’Iran dans la supervision du cessez-le-feu. Entre un Iran renforcé, un Israël en colère, et des États-Unis pressés d’en finir, le Liban a des raisons de se sentir lâché. Il sera bien difficile au gouvernement de retrouver des marges de manœuvre, malgré le soutien des Européens marginalisés.
Rita Sassine, la journaliste de « L’Orient-le-Jour », refuse de baisser les bras. Elle plaide pour poursuivre le combat pour renforcer cet État libanais qui n’en finit pas de reculer. Mais ce combat est devenu encore plus difficile dans le contexte du fiasco américain.
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