Venezuela, nouvelle colonie de l’empire américain
Washington impose son pouvoir politique au Venezuela et s’empare du pétrole. Le pays de Bolivar redevient un territoire sous tutelle
Bolívar trahi, Caracas sous tutelle
Pauvre Venezuela ! C’est la patrie de Simón Bolívar. Dès le début du XIXe siècle, ce général participe aux guerres d’indépendance qui permettent à l’Amérique du Sud de se libérer du joug espagnol. Ce héros, vénéré dans toute cette partie du continent, livre une centaine de batailles dans de multiples campagnes au cours desquelles il parcourt trois fois plus de kilomètres que Napoléon. Aujourd’hui, « El Libertador » a de quoi se retourner dans sa tombe à considérer la situation actuelle de son pays, redevenu une colonie, cette fois des États-Unis.
Vassalité politique d’abord. Depuis la capture du dictateur vénézuélien par une opération commando des forces américaines, en janvier dernier, siège à Caracas un pouvoir soumis à Trump, dirigé par une potiche, Delcy Rodríguez, issue du précédent système de gouvernement. L’idée de provoquer des élections libres pour rétablir un pouvoir démocratique ne semble pas traverser l’esprit de Donald Trump, plus préoccupé de gains financiers pour son pays et pour lui-même que de liberté pour les peuples.
Le pétrole sous contrôle américain
Vassalité économique ensuite. Le 31 août, la Maison-Blanche a annoncé un vaste accord concernant l’exploitation des gigantesques réserves pétrolières du Venezuela, que le gouvernement du pays s’est empressé d’entériner et son Assemblée nationale de signer. Pour mettre la main sur l’or noir local, véritable objectif de l’administration américaine, est créée une société, la North American Blue Energy Partners (NABEP), basée à la Barbade et contrôlée par un homme d’affaires vénézuélien, Alejandro Betancourt, qui apparaît comme l’homme de confiance de Washington dans cette opération.
Un intermédiaire au parcours controversé, dans le viseur de la justice en Suisse, en Espagne et aux États-Unis pour corruption ou blanchiment. Il ne sera peut-être qu’un homme de paille. Car la composition du capital de la NABEP révèle une étrange curiosité. L’Office of Strategic Capital (OSC) y participe à hauteur de 35%.
Le Pentagone dans le capital
On comprend mieux pourquoi, en plus de Marco Rubio, secrétaire d’État, Peter Hegseth, secrétaire à la Guerre, est, du côté américain, aussi signataire de l’accord créant cette compagnie. Cet organisme du Pentagone, créé en 2022, a pour vocation de drainer des financements privés vers des technologies critiques. Depuis l’arrivée de Trump, l’OSC peut prendre directement des participations au capital d’entreprises privées.
Du coup, l’État fédéral est impliqué dans une compagnie dont les activités ne concernent pas directement la sécurité des États-Unis, mais bien ses intérêts. Le communiqué de la Maison-Blanche précise que l’accord « confère au gouvernement américain une propriété économique, et une garantie d’achat de la production à faible coût auprès d’un nouveau champion pétrolier privé vénézuélien qui deviendra la deuxième plus grande compagnie pétrolière privée au monde en termes de réserves. »
65 milliards de barils sous pavillon américain
La NABEP va exploiter dix-sept champs pétroliers, représentant 65 milliards de barils de réserves. Elle investit dans un premier temps 100 milliards de dollars. 20% de la production est réservée aux Américains qui possèdent un droit de préemption sur les 80% restants. Le tour est joué. Le Venezuela a perdu son pétrole. Reste que les majors américaines sont réticentes à exploiter et traiter un brut lourd qui réclame des investissements conséquents. Mais de nombreux fonds peuvent avoir envie de participer à l’aventure et, dans les tours de table à venir, il ne serait pas étonnant de voir apparaître quelques sociétés du clan Trump.
Parachevant sa domination, l’administration américaine a mis sous tutelle le budget vénézuélien. La soumission du pays est parfaitement révélatrice des intentions américaines sur l’ensemble du continent. Les visées sur le Canada ou le Groenland participent de cette politique impériale. Elle préfigure une volonté d’emprise sur ce que l’administration appelle son « hémisphère », autrement dit sa zone d’influence, soit toutes les Amériques.
Doctrine Monroe et colonisation
Comme le note la revue « Grand Continent », Donald Trump remet au goût du jour la doctrine Monroe, purgeant la région des influences étrangères malveillantes. Cuba est donc naturellement une future cible. Pire, on retrouve dans le sort réservé au Venezuela le concept de « recolonisation » tel que le formule l’idéologue trumpien Curtis Yarvin. Ce penseur néoréactionnaire a élaboré un guide qui consiste à instaurer un ordre sans démocratie aucune dans le pays occupé, puis à s’emparer des richesses économiques.
Cette doctrine rejoint les réflexions sur le retour nécessaire du colonialisme telles que les a exprimées, par exemple, Erik Prince, le fondateur et PDG de la société de sécurité privée « Blackwater », dont les mercenaires ont été utilisés comme forces supplétives de l’Armée américaine. En fait, en matière de politique étrangère, Donald Trump n’est, comme son « ami » Poutine, qu’un prédateur.
Tous droits réservés "grands-reporters.com"