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Vers une guerre entre le Pakistan et les Talibans ?

publié le 18/10/2025 par Régis Poulain

Explosions, frappes aériennes et trêves rompues : la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan s’embrase, avec des conséquences régionales majeures

Le TTP, ennemi public n°1 du Pakistan

Que se passe-t-il à la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan ? Le régime militaire d’Islamabad accuse depuis 2021 les Afghans de fournir un refuge aux Talibans du Pakistan, les combattants du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP). Il y a deux ans, ce prétexte avait servi à Islamabad pour expulser des centaines de milliers de réfugiés afghans, en représailles contre Kaboul. Dans la région frontalière du Baloutchistan, les problématiques sécuritaires demeurent fortes, entre trafic de drogue, d’êtres humains et risque terroriste.

Le TTP est aujourd’hui considéré comme le groupe terroriste le plus actif au Pakistan en 2025, avec une hausse de 90 % des attaques depuis 2021. Selon le Global Terrorism Index 2025, le TTP a intensifié ses opérations, profitant de sanctuaires en Afghanistan pour planifier et mener des attaques contre les forces de sécurité pakistanaises. Le groupe est accusé par Islamabad d’être responsable de la mort de centaines de soldats et civils depuis 2021, tandis que Kaboul dément toute implication directe et renvoie les accusations vers le Pakistan, l’accusant de soutenir d’autres groupes armés dans la région.

Baloutchistan : terre de trafics et de tensions ethniques

Le Baloutchistan reste une zone de trafics majeurs (drogue, armes, êtres humains) et de tensions ethniques, souvent liée à des groupes terroristes. Cette région, à la croisée de l’Afghanistan, du Pakistan et de l’Iran, est marquée par une forte présence de réseaux criminels et de mouvements séparatistes, exacerbant l’instabilité sécuritaire et les conflits locaux.

Escalade meurtrière

Or, des explosions la semaine dernière dans la capitale afghane ont mis le feu aux poudres, les Talibans accusant les Pakistanais d’avoir posé des bombes, ce que ces derniers reconnaissent : ils exigent que les Talibans cessent tout soutien à leurs alliés pakistanais. Les Talibans ont répondu en attaquant des postes-frontières pakistanais. Mercredi, des dizaines de combattants et des civils ont trouvé la mort de part et d’autre de la frontière, avant que les armes ne cessent le temps d’un armistice que Kaboul voulait définitif mais qu’Islamabad ne voulait pas plus long que 24 heures.

Trêve éphémère, médiations en échec

Cette trêve négociée par l’Arabie saoudite et le Qatar n’a pas tenu, non plus que les bons services offerts par le voisin iranien. Deux petits jours de trêve et les morts ont repris ce vendredi 17 octobre : l’aviation pakistanaise a tué dans l’est de l’Afghanistan « trois joueurs d’une équipe de cricket » d’après un responsable sportif afghan. Nul ne sait quand s’arrêtera l’escalade.

L’Inde, grand bénéficiaire de la crise ?

L’Inde pourrait sortir gagnante de la crise, car ses relations avec les Talibans s’en sont retrouvées renforcées. Le ministère des Affaires étrangères taliban s’est rendu pour la première fois à New Delhi cette semaine. Cela intervient dans un contexte diplomatique plus vaste : le 3 juillet dernier, la Russie était le premier État à reconnaître officiellement les Talibans comme gouvernement officiel de l’Afghanistan. New Delhi en a par ailleurs profité pour accuser le sempiternel ennemi pakistanais de soutien au terrorisme et en a profité pour annoncer l’ouverture prochaine d’une ambassade.

New Delhi contre Islamabad : une stratégie régionale

En se rapprochant des Talibans, l’Inde cherche à contrer l’influence pakistanaise et chinoise dans la région. Ce rapprochement s’inscrit dans une stratégie plus large visant à limiter la dépendance de New Delhi vis-à-vis du Pakistan et de la Chine, tout en renforçant sa présence en Afghanistan, un pays considéré comme un partenaire stratégique face aux menaces terroristes et aux rivalités régionales.

La Russie parie sur les Talibans

La Russie, premier pays à reconnaître les Talibans, cherche à développer des projets économiques et sécuritaires avec Kaboul. Moscou a justifié sa reconnaissance par la volonté de renforcer la coopération bilatérale, notamment dans les domaines de l’énergie, des transports, de l’agriculture et des infrastructures, ainsi que pour lutter contre les menaces du terrorisme et du trafic de drogue. Cette reconnaissance s’accompagne d’une volonté de faire de l’Afghanistan un partenaire clé dans la stabilisation de la région.


📌 Encadré :

Femmes afghanes : les grandes oubliées

Les Indiens ont accepté qu’il n’y ait pas de femmes parmi les journalistes lors de sa première venue, ce qui a provoqué un tollé. Lors de sa deuxième conférence de presse, il n’a pas pu cacher son trouble face à la dizaine de femmes non voilées qui lui ont posé des questions incisives. Depuis leur prise de pouvoir il y a quatre ans, les Talibans n’ont fait que reculer les droits des femmes dans leur pays.


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