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Violeurs et pédophiles : la loi des talibans

publié le 22/05/2026 par grands-reporters

Un décret taliban assimile le silence d’une fille pubère à un consentement au mariage. Dans un pays où les adolescentes sont déjà privées d’école, de travail et de rue, la loi achève de les placer sous la coupe des hommes

Les talibans transforment l’Afghanistan en laboratoire d’un ordre social où les femmes ne sont plus des sujets de droit, mais une main-d’œuvre et un capital sexuel à gérer, marier, échanger, punir. Au cœur de cette mécanique, les filles pubères deviennent une catégorie à part : assez jeunes pour être offertes, assez « mûres » pour être réduites au silence. La nouvelle loi sur la séparation conjugale n’est pas une anomalie : c’est un rouage de plus dans un système conçu pour briser l’autonomie des Afghanes dès l’entrée dans l’adolescence.

Puberté : du premier cycle à la première « permission » de mariage

Le décret n°18, promulgué le 14 mai 2026, prétend encadrer la séparation des couples mais organise un divorce à deux vitesses. L’homme conserve un droit unilatéral à répudier sa femme, quand celle-ci doit affronter des procédures judiciaires complexes, restrictives, souvent hors de portée dans un pays où on lui interdit déjà l’espace public.

Plus besoin de consentement

Plus grave, le texte vise frontalement les adolescentes : il valide les mariages conclus par un parent au nom d’un garçon ou d’une fille mineurs et ne propose, à la puberté, qu’une annulation théorique, sous contrôle d’un tribunal acquis aux talibans. Le silence d’une fille pubère vaut « consentement » au mariage. Juridiquement, une enfant qui a ses règles n’a plus à parler pour être donnée : son corps devient disponible par défaut.

Des salles de classe aux salons fermés, la chaîne de l’effacement

Ce verrouillage du mariage s’articule avec une politique plus large d’effacement des filles. Depuis 2021, le pouvoir de facto a fermé devant elles les portes du collège, du lycée puis de l’université, faisant de l’Afghanistan le seul pays au monde où l’éducation au-delà du primaire est interdite aux filles. Du jour au lendemain, des millions d’adolescentes sont passées du statut d’élèves à celui de futures épouses à caser, condamnées à un analphabétisme organisé.

Parallèlement, les Afghanes ont été chassées de la plupart des emplois, puis bannies des ONG et même des agences internationales, auxquelles il est désormais interdit d’employer du personnel féminin local. Pour les filles, l’horizon se résume : rester enfermées ou être mariées.

Une prison à ciel ouvert

Dans la rue, leur corps devient un champ de bataille. Décrets sur le voile intégral, obligation d’un tuteur masculin (mahram) pour se déplacer, interdiction des parcs, des salles de sport, puis des salons de beauté, des radios, des universités : chaque espace où une adolescente pourrait se voir, se parler, se projeter est fermé l’un après l’autre. Des inspecteurs du ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice contrôlent les tenues, refoulent celles qui ne sont pas suffisamment couvertes ou accompagnées.

Des mineures à vie, façonnées pour le mariage forcé

Pris isolément, chaque texte peut être présenté comme un rappel moral. Pris ensemble, ils dessinent une stratégie cohérente : faire des filles pubères des mineures à vie. L’obligation de mahram pour voyager, étudier, travailler ou simplement aller chez le médecin empêche de fait celles qui ont perdu un père ou un frère, ou qui refusent leur tutelle, de sortir de chez elles. En les privant d’école et de revenus, le pouvoir les coupe de tout recours. Une adolescente sans tuteur masculin, sans diplôme et sans salaire est prisonnière par construction : elle n’a plus ni langage juridique pour nommer la violence, ni ressources pour s’y soustraire.

Le mariage forcé légalisé

Dans ce dispositif, le mariage forcé n’est pas un abus, c’est une fonction. Dans un pays ravagé par la pauvreté et la guerre, marier une fille très jeune permet de régler une dette, de sceller une alliance, d’obtenir une domestique à vie. Le décret n°18, loin de combattre cette pratique, la normalise et neutralise les contestations en verrouillant les voies de sortie. La puberté devient la ligne de partage.

Une pluie de décrets

Les talibans vendent cette politique comme un retour à la tradition. Pourtant, les enquêtes montrent qu’une large majorité d’Afghans soutiennent le droit des filles à l’éducation. Ce projet d’effacement ne vient pas de la société, mais d’un pouvoir qui parle en son nom contre elle. En quatre ans, pas un seul décret hostile aux femmes n’a été abrogé; chaque trimestre en ajoute de nouveaux, plus intrusifs, plus punitifs.

Epouses, domestiques, absentes

L’enjeu n’est pas seulement le sort des femmes d’aujourd’hui, mais celui des adolescentes qu’on empêche délibérément de devenir des citoyennes. Tant que ce système restera en place, chaque fillette qui atteindra la puberté en Afghanistan le fera avec un statut implicite : future épouse disponible, future domestique contrainte, future absente de la vie publique.


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