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Voulez-vous être libéré par Donald Trump? Non, merci.

publié le 06/05/2026 par Jean-Paul Mari

Il avait appelé le peuple à se soulever et promis de les aider à se libérer. En deux mois, il a surtout renforcé le pouvoir des mollahs et renvoyé les Iraniens à plusieurs dizaines d’années démocratiques en arrière.

Téhéran, métropole de 14 millions d’habitants, la plus grande de l’Asie occidentale, est aujourd’hui une « ville pétrifiée par la peur », dit le Guardian sur place, une « ville de morts-vivants », rapporte le Figaro. Bâtiments bombardés, rues jonchées de débris, vitres soufflées, les habitants dorment dans les pièces les moins touchées et se comparent à des « réfugiés de guerre ». Le grand bond en arrière.

Il y a un an à peine, des millions de manifestants demandaient le départ des mollahs. La répression en aurait tué 5 000, le régime vacillait et Trump promettait l’arrivée salvatrice de la cavalerie américaine.

Le 28 février dernier, 900 frappes américaines en une nuit dévastent la capitale et tuent des responsables du gouvernement, dont le guide suprême, Ali Khamenei. Son fils, Mojtaba, désigné à sa place, est depuis invisible et son pouvoir, symbolique. Les généraux, Gardiens de la révolution, dirigent le pays. Premier effet – tellement prévisible – des assassinats ciblés : ceux avec qui on aurait pu discuter sont morts, ceux qui les remplacent sont les plus durs et les plus radicaux.

Non seulement la répression continue, mais elle se durcit : 4 000 arrestations, des dizaines de milliers d’interpellations, dont des mineurs, lors de raids nocturnes, aux postes de contrôle, voire même dans les hôpitaux. Les miliciens tiennent la rue, patrouillent, surveillent. Les prisons, avec leur lot de torture systématique, de viols, d’aveux arrachés et diffusés à la télé, sont plus pleines que jamais. En un an, en Iran, 1 639 condamnés à mort – un « minimum absolu » – ont été pendus à l’aube. Vingt et un de plus fin février, pour « espionnage » ou crime de « Mohareb » (« en guerre contre Dieu »).

Le prix Nobel de la paix 2023, Narges Mohammadi, en grève de la faim en prison, a fait une attaque cardiaque grave. L’avocate Nasrin Sotoudeh, défenseure des droits humains, est détenue dans un lieu inconnu. Le système électronique « Sahm » – c’est nouveau – a permis d’identifier et de saisir les avoirs financiers de 675 opposants, dont 400 à l’étranger. Le régime est un éteignoir : 62 jours sans internet, hors ligne deux tiers du temps, le blocage le plus long de l’histoire du pays.

L’économie craque et perd 38 millions de dollars par jour, 1,8 milliard fin avril. La guerre et les sanctions font flamber les prix de base, plus 40% pour le lait, 50 à 60% d’inflation générale. La pauvreté devrait atteindre 40% des Iraniens. Deuxième effet : la population ne pense plus qu’à survivre, 100 000 personnes ont fui la capitale, des écoles sont fermées, banques et ministères tournent au ralenti, les défenses antiaériennes sont détruites et les sirènes d’alarme ne fonctionnent pas. Les frappes ont fait entre 3 500 et 8 000 victimes, l’équivalent du massacre des manifestants par les mollahs.

Troisième effet : face aux frappes US, le réflexe – là aussi, prévisible – des Iraniens est de se rallier autour du drapeau national. Ce n’est plus « les citoyens contre le régime » mais « la nation contre la guerre de l’étranger ». On voit ainsi des cadres aisés arborer le drapeau à leur fenêtre, un médecin gay, passé par la prison, diffuser des chants nationalistes, et des habitants apporter de l’eau et de la nourriture aux Bassidji qui, hier encore, leur tiraient dessus. Quant aux autres, dissidents radicaux, ils sont paralysés.

Le régime ne s’est pas effondré, les mollahs sont de plus en plus durs, la population démunie, écrasée, le nationalisme renforcé… et l’erratique président américain vient d’annoncer que la guerre était finie.

Voulez-vous être libéré par Donald Trump ? Non, merci.


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