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Washington, nouvelle capitale du nationalisme chrétien

publié le 08/05/2026 par grands-reporters

Washington comme « nouvelle Jérusalem »? La très conservatrice Christ Church en fait son slogan, alors que les dérives religieuses ponctuent le mandat du président américain Donald Trump

Une Église au cœur du pouvoir

L’Amérique comme nation chrétienne, l’opposition au droit de vote des femmes et au mariage homosexuel… La très conservatrice Christ Church s’est installée à Washington et a accueilli lors de son premier office Pete Hegseth.
En février, le chef du Pentagone invitait le pasteur Doug Wilson, qui se dit nationaliste chrétien, à prêché au ministère de la Défense. Six mois plus tôt, sa Christ Church recevait ses premiers fidèles dans la capitale.
« Deus Vult » — cri de ralliement des croisés — tatoué sur le biceps, Pete Hegseth, auteur de « American crusade », est membre de la Communion of Reformed Evangelical Churches (CREC), cofondée par Doug Wilson à la fin des années 1990 à Moscow, dans l’Idaho, dont dépend la Christ Church.

Un réseau en expansion stratégique

Le réseau de la CREC compte plus de 160 églises, dont une ouverte à l’été 2025 à Washington, quelques mois après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. « Avec l’élection de Trump, nous savions qu’il y aurait d’autres évangéliques dans l’administration, et il semblait que c’était le bon moment », dit Joe Rigney, pasteur à Moscow.
« Nous savions qu’il y aurait des personnes intéressées par notre vision théologique et culturelle », ajoute-t-il.
Une « vision » marquée par la volonté de « faire de l’Amérique une nation chrétienne », explique Julie Ingersoll, pour qui gouvernement et hiérarchie sociale sont vus comme « créés » par Dieu.

« Mission à Babylone »

Pour la CREC, religieux et politique sont intimement liés. Du bien-fondé de la guerre en Iran à l’opposition au 19e amendement — garantissant le droit de vote des femmes — Doug Wilson commente l’actualité dans des billets souvent teintés d’humour.
Dans « Mission à Babylone », il compare Washington à la ville biblique, symbole d’orgueil, et veut créer une « nouvelle Jérusalem ». « Alors que notre nation a été fondée comme nation chrétienne […], nous nous en sommes éloignés », explique Joe Rigney. « Notre objectif est de nous rendre à Washington pour rappeler […] que Jésus est le Seigneur ».

Une lecture contestée de l’histoire américaine

La plupart des historiens rejettent l’idée d’une fondation chrétienne des États-Unis. Cette croyance est « avant tout le reflet de leur propre interprétation du christianisme », explique Sam Perry (Université Baylor).
Le Premier amendement stipule qu' »il ne doit y avoir aucune religion d’État », rappelle-t-il. Si ce discours existait sous Reagan, « il n’était pas pris au sérieux comme aujourd’hui« , souligne Julie Ingersoll.
Doug Wilson, longtemps marginal, « est progressivement devenu une figure plus grand public », note Kristin Kobes du Mez.

Iran, guerre et rhétorique religieuse

Parmi les victoires politiques selon la CREC, Joe Rigney cite l’annulation de Roe vs. Wade et « prie » pour celle d’Obergefell, qui autorise le mariage gay.
L' »immigration » est aussi, selon lui, une cause de l’éloignement des « racines chrétiennes ».
Depuis la guerre en Iran, déclenchée par l’offensive israélo-américaine fin février, cette rhétorique s’accentue. Pete Hegseth appelle à prier pour les militaires « au nom de Jésus-Christ », cite la Bible et a comparé un pilote américain secouru en Iran à Jésus ressuscité.

Un projet au-delà des cycles électoraux

Le ministre, hostile — comme Doug Wilson — à la présence de femmes au combat, a annoncé en janvier une évaluation de leur intégration.
« Pete Hegseth est l’incarnation de ce christianisme et de ce patriarcat militants« , avance Kristin Kobes du Mez.
À Washington, la Christ Church veut s’inscrire dans la durée, indépendamment des « cycles électoraux ». « Si le gouvernement change, quel sera l’effet sur l’église? Nous verrons », dit Joe Rigney.


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