Xi Jinping, « empereur » d’une Chine qui se pose en leader du Sud Global
Au pouvoir depuis treize ans, Xi Jinping se pose en seul rival des États-Unis. Notamment en forçant Donald Trump à reculer sur les droits de douane record imposés à la Chine
En 2026, il continuera à préparer la Chine à réduire ses dépendances.
Dans sa résidence officielle de Zhong Nan Hai, adjacente à la Cité interdite des empereurs chinois, Xi Jinping peut-il douter de sa puissance ? Le numéro un du Parti communiste chinois, au pouvoir depuis déjà treize ans, se pose en seul rival des États-Unis au 21ème siècle. Il l’a prouvé en 2025.
Lorsque Donald Trump a lancé sa guerre des « tariffs », il a tenté de faire plier la Chine en lui imposant des droits de douane de 145%. Un record sur des échanges de plusieurs centaines de milliards de dollars par an. Mais rien ne s’est passé comme prévu.La Chine a riposté en décrétant un embargo sur les terres rares, ces métaux précieux indispensables dans la fabrication de certains produits, et en particulier dans l’armement. Or la Chine a un quasi-monopole dans le raffinage de ces métaux, et très vite, les industriels aux États-Unis et en Europe, ont sonné l’alarme.
Contrairement à ce qu’il imaginait, Donald Trump a reculé le premier ; jusqu’à sa rencontre avec Xi Jinping en novembre en Corée du Sud, qui a marqué une détente, sans doute toute temporaire. Avec un président américain qui pense en rapports de force, Xi Jinping a prouvé qu’il avait du répondant.
Le numéro un chinois a montré tout au long de 2025 qu’il entend se poser en chef de file du Sud global face à l’empire américain et à l’Occident en général. C’était le message du double sommet de septembre, celui de l’Organisation de Coopération de Shanghai, une structure de sécurité dominée par la Chine, puis le défilé de l’anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale à Pékin.
Les photos disaient tout : Xi Jinping entouré de Narendra Modi, le premier ministre indien, furieux des droits de douane américains et devenu plus conciliant avec Pékin ; et de Vladimir Poutine, tout à fait fréquentable ici malgré l’Ukraine.
Le lendemain, au défilé, autre ambiance : Xi Jinping avait Poutine à sa droite, et le leader nord-coréen Kim Jong-un à sa gauche, trois puissances nucléaires unies dans un front du refus à un monde américain.
En 2026, Xi Jinping a un double agenda. Le premier est intérieur : dans cette période de fortes turbulences, il a besoin d’un pays sous contrôle. Or l’économie chinoise est à la fois puissante à l’exportation, avec des excédents records, et elle souffre de la stagnation de la consommation intérieure, ce qui se traduit par un fort chômage.
Le nouveau plan quinquennal chinois qui démarre en 2026 vise à réduire ce déséquilibre, mais surtout, c’est son autre priorité, à garantir l’indépendance de la Chine vis-à-vis des technologies occidentales. D’où des investissements massifs dans l’IA, les semi-conducteurs, les robots, les biotechs, où la Chine avance vite.
Géant économique, la Chine n’est toutefois pas encore une superpuissance à part entière : lorsque deux de ses « amis » ou « clients », l’Iran et le Venezuela, ont été la cible des Américains en 2025, Pékin n’a rien fait pour eux.
Pour l’heure, elle engrange les bénéfices de l’agressivité de Donald Trump, qui parvient à faire oublier la part d’ombre de la Chine, sur les droits humains ou dans ses rapports de voisinage. Ce n’est pas le moindre paradoxe d’un président américain bien peu stratège.
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