Jean-Paul Mari présente :
Le site d'un amoureuxdu grand-reportage

Afrique : Moscou élargit sa toile

publié le 23/06/2025 par Jean Paul de Gaudemar

Accords militaires, diplomatie offensive et influence culturelle,.. . malgré la guerre en Ukraine et les sanctions occidentales, la Russie renforce activement sa présence stratégique en Afrique, dans l’indifférence relative des Européens

Alors que la guerre en Ukraine se prolonge et que les tensions avec l’Occident s’aggravent, la Russie étend silencieusement son influence en Afrique. Une stratégie parallèle, méthodique, qui répond à un double objectif : contourner l’isolement diplomatique et sécuriser des positions géopolitiques durables.

Poutine joue à long terme. Il mise sur l’essoufflement occidental, un retour possible de Trump, et l’impuissance persistante de l’Europe à se doter d’une défense commune. Pendant que le regard se fixe sur l’Est, Moscou avance au Sud.

Une force militaire comme produit d’exportation

Faute de puissance industrielle, la Russie valorise sa principale compétence exportable : le savoir-faire militaire. De nombreux pays africains ont signé avec Moscou des accords de défense, souvent opaques, impliquant livraisons d’armes, coopérations sécuritaires ou projets nucléaires civils — comme en Égypte, seul exemple concret à ce jour.

À cette présence contractuelle s’ajoutent des forces russes sur le terrain. Des troupes régulières, redéployées notamment de Syrie vers la Libye, mais surtout des supplétifs paramilitaires. Le groupe Wagner, puis l’Africa Corps désormais directement lié au Kremlin, agissent en Centrafrique, au Mali, au Burkina Faso, au Soudan, ou encore en Libye et au Tchad. Dans ces zones, guerre et affaires se confondent. Exploitation minière, sécurité privée, logistique : tout s’articule autour de la présence russe.

Une diplomatie hyperactive

Pendant ce temps, Sergueï Lavrov multiplie les visites officielles sur le continent. Objectif : éviter les votes hostiles à Moscou dans les instances internationales, et consolider un réseau de partenariats durables. Aucun des pays liés à la Russie n’a pour l’instant remis en question ses accords.

Le renforcement des BRICS, avec un axe Moscou-Pékin structurant, élargit encore l’influence du Kremlin hors du champ occidental. Des initiatives discrètes, comme les rencontres organisées récemment à Téhéran entre représentants sahéliens et afghans, laissent penser que la Russie cherche à jouer un rôle de médiateur face aux groupes djihadistes d’inspiration Al-Qaïda, très actifs dans ces zones.

Football et soft power

Dernier levier d’influence : le football. En Afrique, où il règne en maître, Moscou investit. Des oligarques russes sont incités à financer ou racheter des clubs locaux. Ce soft power sportif a déjà fait ses preuves en Europe, et la Russie espère en tirer les mêmes effets au Cameroun, en Zambie ou au Nigeria. Lavrov soutient publiquement ces opérations.

Une Russie toujours debout

Cette stratégie rappelle une évidence trop souvent négligée en Europe : la Russie n’est ni isolée ni vaincue. Et l’Afrique devient un champ d’expansion stratégique, économique et militaire. Beaucoup d’Européens peinent à l’admettre. Mais le Kremlin, lui, avance — en silence mais à visage découvert.

Vous pouvez retrouver cette chronique sur ma plateforme « jeanpauldegaudemar.substack.com »


Tous droits réservés "grands-reporters.com"