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Après les mid-terms, un Donald Trump dévalué ? (5)

publié le 03/11/2026 par Pierre Haski

La défaite sera-t-elle limitée ou totale ? Mais quel sera l’impact en politique intérieure ?

Photo : Fin de campagne triste pour Donald Trump, le parti républicain fait face à la défiance des électeurs ©AFP – Brendan SMIALOWSKI / AFP

Donald Trump refuse de devenir un « canard boiteux », mais la politique intérieure comme le regard du reste du monde pourraient en décider autrement.

Cela peut sembler paradoxal : au moment où il risque de perdre les élections de mi-mandat en partie à cause de sa guerre ratée en Iran, Donald Trump a effectué lundi soir des frappes limitées sur des cibles iraniennes, et menace de reprendre les bombardements massifs de ce pays. « Un coup de massue », a-t-il prévenu ce weekend, alors qu’il tentait de convaincre les électeurs de lui rester fidèles.

Ça n’est paradoxal qu’en apparence. Trump est dans le déni de l’échec de sa « campagne d’Iran », et du ressentiment de ses électeurs qui font le lien évident avec l’inflation repartie à la hausse. Et l’homme qui s’est fait élire comme le président-qui-n’aimait-pas-la-guerre, est devenu celui qui a pris goût à la puissance des armes.

Cette valse-hésitation autour de nouvelles frappes en Iran montre que ces élections ne sont à ses yeux qu’un mauvais moment à passer, pas nécessairement un tournant dans sa présidence, surtout en politique internationale. Même défait, il n’entend pas céder ses prérogatives, qui sont grandes, en politique étrangère et de défense.

Tout dépendra de l’ampleur de la défaite annoncée. Tous les présidents américains subissent des revers au scrutin de mi-mandat ; mais le scénario n’est pas le même si la défaite des Républicains se limite à la Chambre des Représentants ou si elle inclut également le Sénat. La capacité du président à échapper au contre-pouvoir parlementaire en dépend.

Donald Trump n’a visiblement aucune intention de se comporter comme un « lame duck », un « canard boiteux » comme sont surnommés les présidents en fin de mandat aux États-Unis. Le problème est moins sa volonté que le regard des autres. Canard boiteux il sera, si ses amis républicains et ses opposants démocrates le considèrent comme tel, pour des raisons différentes.

Steve Bannon, l’âme damnée des MAGA, « Make America Great Again », qui fut son conseiller, a évoqué la perspective d’une « guerre civile » au sein du parti Républicain en cas de désastre électoral. Bannon fait partie de ceux qui reprochent à Trump la guerre en Iran, son alliance avec les milliardaires de la Tech au détriment de la classe moyenne, et qui veulent préparer la suite sans lui.

Certains, aux États-Unis, annoncent carrément la « fin de l’ère Trump » en cas de défaite cinglante. Ça ne se verra pas tout de suite sur le plan international, car ce président qui se moque des règles n’en fera qu’à sa tête.

Mais il risque d’être rattrapé par le poids des institutions dont il aura perdu le contrôle, et qui tenteront de faire respecter l’équilibre des pouvoirs totalement ignoré depuis deux ans. Un Congrès entièrement démocrate aura la possibilité d’enquêter sur la corruption du premier cercle autour du président, sur les dysfonctionnements de Pete Hegseth au ministère de la guerre, ou encore de batailler pour chaque dollar engagé dans une guerre sans fin, et sans but clair, en Iran ou de bloquer son rapprochement avec la Russie de Poutine.

Que la défaite soit partielle ou totale, ce président a en tous cas échoué dans sa tentative d’imposer un ordre impérial américain au monde. Les partenaires comme les rivaux des États-Unis en tiendront compte eux aussi, et seront encouragés, comme l’a fait le Canada, à changer le rapport de forces. Le monde n’en a donc pas encore fini avec Donald Trump, mais il aura peut-être en face de lui demain un président dévalué.


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