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Benin, pris entre le marteau djihadiste et l’enclume des militaires

publié le 30/12/2025 par Jean Paul de Gaudemar

Entre pressions sahéliennes, menaces djihadistes et fragilités internes, le Bénin apparaît comme un maillon exposé du golfe de Guinée

La récente tentative de coup d’État au Bénin, le 11 décembre dernier, a rapidement échoué. Il ne s’agissait pas d’un soulèvement militaire classique, mais d’un complot limité impliquant un réseau restreint d’officiers et de sous-officiers, principalement issus des forces terrestres. Selon les informations disponibles, une quinzaine de militaires auraient été impliqués autour du lieutenant-colonel Pascal Tigri, sans ralliement massif de casernes ni prise de sites stratégiques.

Le projet aurait reposé sur une action rapide visant Cotonou, appuyée par une pression extérieure supposée depuis le Niger. Il a été déjoué en quelques heures, faute de coordination, de soutien interne et d’effet de surprise. Pour autant, il n’est pas certain que le Bénin échappe encore longtemps à de telles menaces.

Illusions sahéliennes

Une enquête récente de Jeune Afrique faisait apparaître qu’une majorité d’habitants des pays riverains du golfe de Guinée étaient attirés par les États du Sahel et leur Alliance des États du Sahel (AES- Voir encadré). Ce constat peut paraître paradoxal à l’heure où ces États sont la proie d’attaques djihadistes incessantes et meurtrières et où, de ce fait, les pays riverains voient arriver des masses importantes de réfugiés.

Derrière ce paradoxe, on peut lire une revendication implicite de souveraineté, faisant crédit à l’AES d’avoir su chasser les derniers représentants des ex-colonisateurs. Mais on peut aussi y entendre un autre écho : celui du constat que ces pays riverains, comme la Côte d’Ivoire, le Togo, le Ghana ou le Bénin, d’apparence plus démocratique, n’offrent pas forcément de meilleures conditions d’accueil et de vie, malgré cette façade démocratique. Le récent coup d’État avorté au Bénin en est peut-être une nouvelle illustration.

Un allié fidèle mais politiquement fragilisé

Le Bénin reste en effet un allié fidèle de la France après son fiasco au Sahel et dans plusieurs autres pays africains. En toute discrétion, certaines unités de ses forces spéciales y stationnent d’ailleurs encore.

Le président béninois, Patrice Talon, qui a maintenu son pays plutôt en meilleur état qu’alentour, s’est montré plus respectueux que certains de ses homologues vis-à-vis de la Constitution, en ne se représentant pas pour un troisième mandat. Néanmoins, conformément à un usage désormais fréquent en Afrique, il a réussi à écarter de la course à la présidence ses concurrents les plus sérieux afin de mettre en piste son dauphin désigné. Le jeu démocratique n’est donc que très partiellement joué. Mais le danger pour le pays vient désormais plutôt d’ailleurs.

Le couloir stratégique de Cotonou

Pour le Sahel, en particulier le Niger, le « couloir » vers le port de Cotonou est essentiel, car il ouvre l’accès au commerce international pour ses minerais, dont l’uranium, et désormais pour son pétrole, malgré le lourd contentieux avec l’entreprise chinoise chargée de l’exploitation.

À cet égard, il est clair pour la plupart des observateurs que le coup d’État mené par le lieutenant-colonel Pascal Tigri a été, sinon fomenté, du moins fortement soutenu par la junte militaire de Niamey et son chef, le général Abdourahamane Tiani.

D’où les mouvements de troupes massées à proximité immédiate de la frontière béninoise quelques jours avant le déclenchement du putsch. Elles se seraient dirigées vers Cotonou si l’opération avait réussi.

Pression djihadiste

Parallèlement, les groupes djihadistes, notamment le JNIM, filiale d’Al-Qaïda, poursuivent la même ambition stratégique. Les incursions répétées dans le nord du Bénin témoignent d’un début de grignotage territorial, le couloir vers Cotonou apparaissant aujourd’hui comme l’une des voies d’accès les moins défendues vers le golfe de Guinée.

Le précédent togolais

Un autre « couloir », vers le port de Lomé, au Togo, pourrait également susciter des tentations. Mais contrairement au Bénin, qui s’est fermement opposé au Niger depuis la prise de pouvoir par la junte, allant jusqu’à fermer sa frontière, le Togo mène une politique plus ambiguë vis-à-vis des juntes sahéliennes et continue d’entretenir des relations avec elles, sécurisant ainsi, au moins partiellement, sa frontière. Pascal Tigri se serait d’ailleurs momentanément réfugié au Togo pendant sa fuite.

L’appui nigérian, décisif mais discret

Le coup d’État a échoué faute d’avoir été bien préparé, mais aussi parce que les troupes béninoises, pourtant peu aguerries, ont très rapidement bénéficié d’un appui extérieur déterminant. Le soutien du Nigeria n’a pas pris la forme de frappes offensives, mais d’un dispositif aérien dissuasif et de surveillance. Des moyens de reconnaissance auraient été déployés le long de la frontière béninoise et au-dessus des axes sensibles menant vers Cotonou, combinés à un partage de renseignement en temps réel. Plus discrètement encore, des forces spéciales françaises auraient contribué à la sécurisation de points clés.

Un échec provisoire

Face à cette double menace — pression des juntes sahéliennes d’une part, poussée djihadiste d’autre part — et face à une opinion publique peu dupe de l’état démocratique réel du pays, il ne serait guère surprenant que de nouvelles tentatives de renversement d’un régime politiquement et militairement fragile se produisent, voire finissent par réussir.


🌍 Encadré

Qu’est-ce que l’Alliance des États du Sahel (AES)

Créée en septembre 2023, l’Alliance des États du Sahel regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Elle vise officiellement la coopération militaire face aux menaces djihadistes, l’affirmation d’une souveraineté stratégique et la rupture avec les dispositifs militaires occidentaux, notamment français. Présentée comme défensive, l’alliance est perçue par plusieurs États côtiers comme un facteur de déstabilisation régionale, en raison de sa confrontation avec la CEDEAO et de sa rhétorique hostile aux pays voisins jugés trop alignés sur l’Occident.


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