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Blaise Metreweli, l’espionne-geek à la tête du MI6

publié le 17/12/2025 par Pierre Feydel

Les guerres hybrides ont poussé les Britanniques à confier leur service d’espionnage à une femme passionnée de technologie

Nouvelle patronne des espions de Sa Très Gracieuse Majesté.

Elle aussi, elle met en garde les Européens contre la menace russe. Comme les responsables des services de renseignement et la plupart des chefs d’état-major des nations de l’Europe de l’Ouest, Blaise Metreweli, cheffe du Secret Intelligence Service (MI6), le service de renseignement extérieur britannique, a, le 15 décembre, lors de son premier grand discours depuis sa nomination, dénoncé « la mentalité agressive, expansionniste et révisionniste » de la Russie. Celle qui a succédé en octobre dernier à Sir Richard Moore affirme que « l’exportation du chaos est une caractéristique […] de l’approche russe ». Et elle conclut que tant que Vladimir Poutine sera au pouvoir, la menace perdurera. Rien de bien nouveau en somme, sinon la personnalité même de la nouvelle patronne des espions de Sa Très Gracieuse Majesté.

La nouvelle « C » et non pas « M » comme dans James Bond

D’abord, c’est une femme, pour la première fois dans la riche histoire du renseignement anglais, qui débute vraiment vers 1570, lorsque Sir Francis Walsingham, secrétaire d’État, s’affirme comme le « maître-espion » de la reine Élisabeth Iʳᵉ. La nouvelle « C », et non pas « M » comme les amateurs de James Bond pourraient le croire, a 47 ans. Blonde, sportive, l’œil bleu, elle est la seule de son service dont l’identité est rendue publique. Son prédécesseur, lors de sa nomination, lui a rendu hommage en la désignant comme « un officier de renseignement et un leader hautement qualifié et l’un de nos plus éminents penseurs en matière de technologie ». Ces propos aimables ne semblent pas n’être qu’une figure imposée lors des passations de pouvoir entre hauts fonctionnaires de la Couronne. L’expérience de Blaise Metreweli parle pour elle.

Petite fille, elle invente un langage codé et cache des messages dans les pots de fleurs

Elle forge elle-même sa légende, racontant que c’est dans le Manuel du petit espion, livre pour enfants des années 1980, qu’elle aurait découvert sa vocation. Petite fille, elle aurait inventé un langage codé et caché des messages dans les pots de fleurs. En tout cas, elle suit les pérégrinations internationales de son père, radiologue, à Hong Kong puis en Arabie saoudite. Sa mère est d’origine géorgienne. Son grand-père paternel, qu’elle n’a pas connu, disparu en 1945, a été un collaborateur ukrainien des nazis. Ce qui vaut à sa petite-fille un début de polémique lors de sa nomination. Elle étudie à Londres, à la Westminster School, où elle suit des cours de russe, d’économie et d’histoire de l’art. Elle est « school captain » et représente et supervise le comportement de 598 garçons et 70 filles. Déjà un leader.

Le Moyen-Orient et la biométrie chinoise

À Cambridge, l’étudiante obtient un diplôme d’anthropologie, pratique l’aviron et remporte en 1997 la traditionnelle course féminine contre Oxford. Deux ans plus tard, à 22 ans, elle rejoint le MI6. Blaise Florence Metreweli plonge tout de suite dans le grand bain de l’espionnage. Agent de renseignement, elle opère au Moyen-Orient alors que le Royaume-Uni est impliqué dans les guerres en Irak et en Afghanistan. L’espionne participe à la lutte contre le terrorisme et s’intéresse à la surveillance biométrique chinoise et à ses systèmes de reconnaissance des individus. De la même façon, les cyberattaques russes font partie de ses préoccupations. Déjà, son intérêt pour les aspects technologiques du renseignement se manifeste. En 2000, elle fait un passage par la diplomatie en devenant sous-secrétaire à l’Économie à Dubaï pour le Foreign Office, le ministère de tutelle du MI6.

« Director K » ou encore « Ada », surnommée « Doctor K »

Rentrée dans son pays, elle donne des interviews aux grands quotidiens londoniens sur des aspects assez généraux de ses missions sous des pseudonymes divers : « Director K » ou encore « Ada ». Elle est surnommée « Doctor K » lorsqu’elle prend, au MI5, le service de sécurité intérieure, la direction du département plus spécifiquement chargé du contre-espionnage des pays hostiles. Mais très vite, la diplomate retourne à sa maison d’origine, à un poste d’ailleurs crucial. Elle devient « Q » en 2025, soit la directrice de la technologie et de l’innovation au MI6. Trois des quatre directeurs sont alors, pour la première fois, des femmes. En quelques mois, elle est propulsée à la tête du MI6. Quatre autres candidats étaient sur les rangs, trois venus des services et Barbara Woodward, diplomate réputée, en son temps ambassadrice en Chine.

Maîtriser les technologies

La carrière fulgurante de Blaise Metreweli s’explique par la nature des guerres hybrides qui opposent l’Europe à ses adversaires. Le Royaume-Uni a connu une hausse de 50 % des cyberattaques « d’ampleur significative » d’août 2024 à 2025. Nommer une professionnelle du renseignement qui a l’expérience du terrain et une bonne connaissance des technologies utiles à l’espionnage paraît, dans ces conditions, une bonne idée. La nouvelle cheffe du MI6 a affirmé que l’une des clés du succès face aux menaces diverses, russes en particulier, était « la maîtrise des technologies ».

Bienvenue aux cyber-007

Mais pour cette « geek » passionnée par l’intelligence artificielle, ce n’est pas le seul moyen de gagner les conflits à venir. Elle croit fermement au « humint », le renseignement humain sur le terrain, et à l’utilisation des innovations technologiques de toutes espèces par les agents en mission. Blaise Metreweli explique : « Nous devons être aussi à l’aise avec les lignes de code qu’avec les sources humaines. » Bienvenue aux cyber-007.


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