Paula White : la diplomatie du prêcheur
Sous prétexte de soutenir les chrétiens, Donald Trump envoie cette pasteure évangélique en Afrique. En réalité, sa mission , céleste, s’intéresse surtout aux terres, rares…
Talleyrand, la table comme arme diplomatique
Le prince Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord a porté à son sommet la diplomatie de la fourchette. En 1815, au Congrès de Vienne, le ministre des Affaires étrangères du roi Louis XVIII restauré, après avoir été celui de Napoléon qu’il avait trahi, a décidé de sauver la France des appétits des alliés tout prêts à la dépecer en les rassasiant par de somptueux dîners. L’utilisation de la gastronomie, indéniable arme du soft power français, fut efficace. La France retrouva à peu près ses frontières de 1792.
La canonnière américaine
Beaucoup plus tard, dans un genre moins aimable, apparaît la diplomatie de la canonnière. En 1853, le commodore Matthew Calbraith Perry, de la marine américaine, amène dix de ses navires dans la baie de Tokyo. Sa mission : contraindre le pouvoir japonais à signer un traité ouvrant enfin l’archipel au commerce international. Les canons américains, capables de tirer des charges explosives, et non plus de simples boulets, les persuadent assez facilement.
Trump et la diplomatie « au nom de Dieu »
Les Américains avaient déjà inventé la diplomatie par la force chère à Donald Trump, qui y a rajouté une variante : la diplomatie au nom de Dieu. Un genre où la prière en commun aurait plus de place que la menace. Encore que… Et le président des États-Unis s’est trouvé une ambassadrice.
Le bureau de la foi de la Maison-Blanche
Paula White, sa conseillère spirituelle depuis 2011, a 59 ans. Elle est née dans le Mississippi. Son second mariage avec le pasteur Randy White va orienter définitivement sa vie. Le couple fonde l’église « Without Walls » (sans murs), qui fera sa fortune. Une de ces « megachurches » à la fois gigantesque temple, supermarché et centre de loisirs, réunissant plus de 20 000 fidèles en Floride. La pasteure télévangéliste y construit sa fortune sur la base des dons des fidèles, qu’elle menace s’ils ne paient pas, sur le thème : « Vos rêves mourront et vos enfants aussi. »
À travers ses prêches et ses émissions de télévision, elle promeut la « théorie de la prospérité », selon laquelle la richesse est un signe divin de bonne santé spirituelle, mais à l’inverse la pauvreté serait une punition venue de Dieu. Voilà les riches sanctifiés et les pauvres damnés… par une milliardaire. Trump adore. En 2016, il en fait la présidente du Conseil évangélique de son équipe de campagne présidentielle. En janvier 2017, elle prononce une invocation à l’inauguration de sa présidence. En février 2025, la voilà directrice du nouveau Bureau de la foi de la Maison-Blanche.
Une langue de feu sur la tête des apotres
Visage d’ange encadré de ses cheveux blonds aériens, la pasteure Paula White a la tête de l’emploi. Elle se réclame d’une Église évangélique charismatique. À l’origine, ces néo-pentecôtistes, très en marge du protestantisme historique de Luther ou Calvin, croient surtout en l’Esprit saint : celui qui descendit sur les apôtres lors de la Pentecôte, dont la tête s’illumina d’une langue de feu, et qui se mirent à s’exprimer dans toutes les langues. Les néo-pentecôtistes ont évacué du miracle les illuminations et la soudaine polyglossie, mais ils ont gardé l’onction du Saint-Esprit.
Une mission africaine moins spirituelle que stratégique
Trump a décidé de profiter de l’appartenance de Paula White à cette obédience. Au début du mois, elle prêche au Gabon dans une église de Libreville et assure que « l’Afrique sera repositionnée comme le centre du christianisme dans le monde ». En réalité, elle joue les missionnaires pour tout autre chose.
Son voyage a été préparé depuis l’accord de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, signé fin juin dans le Bureau ovale. Une des sept « paix » dont Trump se vante. Mais surtout, la visite dans plusieurs pays d’Afrique de la télévangéliste coïncide avec un accord de coopération économique entre les deux pays et les États-Unis pour l’exploitation des matières premières.
Les terres rares, enjeu central
Les terres rares de la région des Grands Lacs intéressent vivement Washington. Et pour ce faire, l’activation des réseaux évangélistes est bien utile. D’autant que le président de la RDC, Félix Tshisekedi, est lui aussi un fervent pentecôtiste.
Cible intérieure : l’électorat évangélique américain
Chez les trumpistes, la diplomatie a toujours des objectifs sonnants et trébuchants. Et aussi des buts de politique intérieure. Donald Trump s’est érigé en défenseur du christianisme en dénonçant des persécutions de chrétiens au Nigeria et en menaçant d’intervenir. Une façon de conforter son électorat évangéliste, dont les Églises représentent 30 % de la population des États-Unis.
Un mélange des genres très trumpien
En fait, Paula White est au centre d’un savant mélange des genres de la diplomatie trumpienne, où se mêlent l’intérêt pour les matériaux critiques destinés à contrer les Chinois, une offensive en Afrique où Chinois, Russes, Turcs et bien d’autres placent leurs pions, le tout enrobé dans une complicité évangélique sous prétexte de défendre les chrétiens persécutés. Lesdits évangéliques sont aux États-Unis une part essentielle du socle de l’électorat MAGA. Paula White aura bien besoin des lumières du Saint-Esprit.
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