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Ces présidents monarques qui refusent d’être jugés

publié le 01/10/2025 par Jean-Paul Mari

De Trump à Sarkozy, en passant par Bolsonaro ou Netanyahou, ces présidents, accusés de corruption, de crimes ou de coups d’État, dénoncent systématiquement des complots et des persécutions judiciaires.

Il n’y a pas si longtemps, les peuples étaient régentés par des monarques à qui ils devaient obéissance et soumission, avec obligation de faire don de leurs vies, de leur corps et de leurs âmes. Le roi était l’élu de Dieu, le roi était Dieu. Un dieu païen parmi les hommes qui pouvait les envoyer mourir en son nom à la guerre, s’octroyer la fortune du royaume et exercer un droit de cuissage.

Les révolutions, la fin du servage, le vote, la démocratie devaient mettre fin à tout cela. Révolution pour époque révolue. Démo-cratie pour le pouvoir du peuple. Et, pour assurer la bonne application des principes, la justice. Le président représentait l’État et l’État était la justice. Mais voilà…

La monarchie, abolie dans ses principes, ne l’est pas toujours dans l’inconscient de nos gouvernants. Souvent coupables mais discrets, longtemps honteux, les gouvernants, ces dernières décennies, se sont décomplexés. Fraude, corruption, viols, tentative de coup d’État institutionnel, crimes de guerre ou contre l’humanité… un président-monarque n’est jamais fautif. S’il est suspecté, inculpé, jugé, condamné, c’est parce que la justice, donc le peuple, est forcément coupable. L’élu de Dieu ne peut être attaqué que par des forces obscures.

Donald Trump en est l’exemple le plus flamboyant. Aucun complexe, aucune mesure, aucun scrupule, le mensonge comme vérité alternative, un ego de roi-soleil, il fait lui-même souvent référence à Dieu. Quand il est contrarié, c’est un « mauvais jour pour l’Amérique », « pour la démocratie », « pour le monde ». Rien moins.

Qu’il soit déclaré coupable de 34 chefs d’accusation à New York pour falsification, accusé de fraude fiscale et financière, d’ingérence électorale, d’agression sexuelle et même de… conspiration contre les États-Unis dans l’affaire de l’attaque du Capitole, il nie, bien sûr, crie au complot, parle de « chasse aux sorcières » et rejette tout sur « les juges » qu’il remplace un à un en revenant au pouvoir.

Inventant, pour remplacer la formule Dura lex, sed lex (« la loi est dure, mais c’est la loi »), une nouvelle formule : Dura lex, mutanda lex (« la loi est dure, changeons la loi »). Trump, réélu président, réinstaure le pouvoir du monarque. Il est loin d’être le seul.

Au Brésil, son ami, l’ancien président Jair Bolsonaro, vient d’être condamné pour « tentative de coup d’État » et « incitation au crime ». Le 8 janvier 2023, après son départ du pouvoir, des milliers de ses partisans ont envahi et saccagé le Congrès, la Cour suprême et le palais présidentiel à Brasília, des attaques qu’il a encouragées. Un verdict qu’il refuse tout net, soutenu par ses partisans qui envahissent les rues de Rio et de São Paulo en hurlant au complot.

En Argentine, toute proche, c’est Cristina Kirchner, présidente de 2007 à 2015, condamnée à six ans de prison pour corruption dans l’attribution des marchés publics, qui rejette toutes les accusations et parle de « persécution judiciaire » orchestrée par ses adversaires politiques et certains médias.

En Afrique, c’est Jacob Zuma, président de l’Afrique du Sud de 2009 à 2018, qui a refusé de se soumettre à une enquête de la commission anticorruption, en dénonçant une justice partiale. Ou Omar el-Béchir, président qui a régné pendant 30 ans sur un Soudan ensanglanté, qui nie la compétence de la CPI qui le poursuit pour crimes de guerre et génocide.

Comme Benjamin Netanyahou, en Israël, qui, lui aussi, rejette son inculpation par la CPI, dont il nie la compétence, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis dans le cadre de la guerre de Gaza. Accusé dans son pays de fraude, abus de confiance, corruption, il se dit victime d’une cabale politico-judiciaire, refuse toute culpabilité et poursuit son mandat.

Et l’Europe ? Elle n’est pas épargnée. Personne n’a oublié les frasques de Silvio Berlusconi et ses inculpations pour prostitution de mineure, abus de pouvoir. Des procès en cascade, souvent soldés par des relaxes ou des prescriptions. Et une seule condamnation pour fraude fiscale – façon Al Capone – à quatre ans de prison, réduite à un an effectif, purgé dans sa maison de retraite. Berlusconi, invariablement, dénoncera un « complot judiciaire de magistrats de gauche, les robes rouges ».

L’Italie, soit, mais pas la France ? Erreur. Un ancien président de la République, de 2007 à 2012. Nicolas Sarkozy, vient d’être condamné pour «association de malfaiteurs» dans le cadre de l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Sa réaction ? Il dénonce une « violation de l’État de droit ». Entendez : un mauvais coup des juges de gauche, une cabale politico-judiciaire, une forme de complot. Soutenu par ses partisans et la droite qui critiquent la justice, le voilà qui multiplie les déclarations dans la presse, crie à l’injustice et affirme qu’il ira « en prison la tête haute »

.Le droit et l’honneur pour lui, la malveillance et l’illégalité de la justice contre lui. De la part de magistrats qu’on n’hésite pas à menacer… de mort.

Trump, Bolsonaro, Kirchner, Zuma, Berlusconi, Netanyahou, Sarkozy… Tous refusent le verdict des juges. S’ils sont tous des innocents condamnés, c’est donc que la justice est coupable. Et si la justice, dans une démocratie, est celle du peuple, alors le peuple est coupable. Comment la populace ose-t-elle juger un élu de Dieu ? Le temps des monarques est revenu.


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