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Clash au sommet : Netanyahou contre son chef d’état-major

publié le 15/08/2025 par Marc Lefevre

Depuis que Benjamin Netanyahou a opté pour un contrôle complet de la bande de Gaza contre l’avis du chef d’état-major Eyal Zamir , la relation entre Tsahal et le gouvernement ne cesse de s’envenimer

En période de guerre, des divergences d’appréciation surviennent souvent entre responsables politiques et militaires chargés de mettre en œuvre leurs décisions. Mais l’étalage anormal des divergences actuelles, les attaques personnelles contre Eyal Zamir, les appels à sa démission par les ministres les plus extrémistes, ainsi que les manœuvres du ministre de la Défense de tutelle — Israël Katz — sèment le trouble dans l’opinion publique à la veille d’une campagne militaire qui s’annonce risquée et coûteuse en vies humaines.

Un chef offensif à la tête de Tsahal

Lors de la démission du chef d’état-major précédent, Herzi Halevi, son remplaçant, Eyal Zamir, avait été présenté comme un militaire au caractère offensif, capable de relever les défis auxquels l’armée était confrontée après les défaillances révélées par les massacres du Hamas.
Après une carrière militaire solide, son poste de secrétaire militaire auprès de Benjamin Netanyahou pendant deux ans aurait dû jouer en sa faveur pour accéder au poste de chef d’état-major. Mais ce poste lui avait échappé à deux reprises au cours des dernières années.

Pour Eyal Zamir, loyauté n’a jamais signifié docilité.

 Finalement, sa nomination au poste de chef d’état-major il y a six mois a été interprétée comme l’arrivée d’un homme choisi par Benjamin Netanyahou pour exécuter ses directives. Mais, dès sa prise de fonction, sa conduite des opérations et son comportement ont rappelé aux observateurs que son arme d’origine est l’infanterie blindée. Difficile d’obliger un char d’assaut à faire ce qu’il ne veut pas.

Eyal Zamir saisit toutes les occasions pour affirmer son autorité de chef des armées. Il en profite également pour affirmer son sens des responsabilités vis-à-vis des soldats et officiers dont il a accepté de prendre la charge. Et sa priorité toujours affichée reste la libération des otages encore détenus par le Hamas.

Un plan militaire à haut risque

L’état-major de Tsahal a certes confirmé un accord de principe sur le cadre général de l’opération militaire décidée. Les détails du plan opérationnel en préparation, diffusés quotidiennement dans la presse, montrent cependant que Tsahal n’a pas renoncé aux objections qu’il avait présentées au gouvernement, lesquelles n’avaient pas été prises en compte.
Pour faire ce que le gouvernement lui demande, Tsahal annonce qu’il lui faudrait mener des combats à la fois intensifs, progressifs et prudents pendant toute l’année 2026. En limitant les pertes humaines et en préservant la vie des otages, il s’agirait de prendre le contrôle d’une zone urbaine dense, où ce qui reste du Hamas a pu organiser sa défense avec des pièges et des systèmes de détection sophistiqués. En parallèle de l’évacuation de plus d’un million de Gazaouis, l’aide humanitaire devra être répartie sur au moins douze zones de distribution sécurisées.

Mobilisation massive pour un coût astronomique

Pour réaliser ce plan, au total quelque 250 000 réservistes seraient appelés par rotation durant l’année 2026, et 100 000 réservistes devraient déjà recevoir leur ordre de mobilisation dans les prochains jours. La charge budgétaire sera conséquente et estimée entre 12 et 15 milliards de shekels par mois (3 à 4 milliards €), auxquels s’ajouterait l’équivalent de 5 milliards € pour la mise en place d’un gouvernement militaire. D’où les protestations de plus en plus virulentes des Israéliens révoltés par une guerre interminable aux objectifs clairement inatteignables.

Logistique et boycoot


Après 22 mois de campagne militaire, les chars et véhicules blindés sont aussi fatigués et usés que les soldats qui les utilisent. Or c’est l’Allemagne qui fournit les moteurs et les axes de transmission pour ces blindés. Son intention annoncée de bloquer les fournitures d’équipements pouvant servir à attaquer Gaza risque de rendre une partie du parc de véhicules de transport et d’attaque… inutilisable.
Pour ses besoins en munitions et obus, Israël s’appuie sur plusieurs pays fournisseurs en dehors des États-Unis, notamment en Europe. Or, les menaces de boycott de certains d’entre eux se précisent. Des cargaisons de matériels sensibles sont déjà bloquées dans les ports et les aéroports européens.

Commandement sous tension

La perspective d’une opération militaire de ce genre nécessite également des changements au niveau du commandement. Nombre d’officiers qui ont combattu sur le terrain depuis 22 mois doivent prendre du recul, être promus à d’autres fonctions et remplacés par des officiers nouveaux qui devront affronter des situations inédites.
Dans le cadre de ses attributions – et après des mois de préparation – l’état-major d’Eyal Zamir avait préparé et approuvé les nominations et promotions de plusieurs officiers aux grades de général de brigade et de colonel. Mais, depuis plusieurs semaines, le ministre de la Défense, Israël Katz, ne trouve pas le temps de recevoir le chef d’état-major pour valider ces nominations, et lui a même interdit physiquement l’entrée de son bureau.

L’armée face aux fanatiques

Dans ce contexte, Eyal Zamir s’est autorisé à déclarer publiquement le 14 août que « la confiance et la coopération complète entre les responsables politiques et militaires est la clé des succès à venir ». Le rappel à l’ordre et la raison par le chef d’état-major est clair et compris par la population — mais apparemment pas encore par un gouvernement irresponsable, contrôlé par des fanatiques.


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