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Clavicular, clown viril, grand masculiniste et petit fasciste

publié le 27/06/2026 par Malik Henni

Derrière les pitreries virilistes d’un streamer américain, une idéologie meurtrière qui gagne du terrain. En France, un rapport sénatorial alerte

Clavicular in Paris

Habillé avec des vêtements trop près du corps, le regard vide d’un nourrisson entre deux tétées et les épaules dénudées, l’influenceur masculiniste américain Clavicular a tenté de séduire les Parisiennes, en direct sur la plateforme de streaming Kick. Mal lui en a pris : recalé par toutes les plus belles créatures de la capitale, le serial dragueur yankee est rentré dans l’antre de sa chambre d’hôtel où il a déversé son venin sur la Ville Lumière, comme un enfant frustré de ne pas avoir le jouet qu’il espérait.

Si le plaisir de voir un gamin de 19 ans trop sûr de lui se faire rembarrer est assez drôle, il ne faut cependant pas oublier qu’une idéologie mortifère et meurtrière lui sert de carburant.

Noël à Miami: « j’espère qu’il est mort »

Le 24 décembre 2025, soir de réveillon de Noël à Miami, devant des milliers de spectateurs connectés, le streamer américain Clavicular, 19 ans, appuie sur l’accélérateur de son Cybertruck Tesla et fauche l’homme juché sur son pare-brise, présenté comme un « running stalker », avant de lâcher cette phrase glaçante : « Is he dead? Hopefully. ». ( « Est-il mort ? Espérons-le. » ) Quelques heures plus tard, la plateforme Kick bannit le jeune influenceur, tandis que la police locale conclut, elle, à l’absence de « criminal element », le laissant libre de rejouer son propre scandale en boucle.

« Heil Hitler! « 

En janvier 2026, une autre séquence le montre dans un club huppé de Miami, entouré d’Andrew Tate, Nick Fuentes et d’autres figures de l’extrême droite numérique, reprenant en chœur « Heil Hitler », un morceau de Kanye West aux références explicitement nazies. La scène, filmée et diffusée en direct, le montre chantant et s’ambiant sur le titre pendant que certains de ses compagnons effectuent des saluts nazis, déclenchant un tollé international et des excuses publiques du club, sommé de se justifier d’avoir laissé résonner un hymne à la gloire d’Hitler dans son établissement.

Une idéologie mortifère

Le masculinisme n’est pas le pendant du féminisme, bien qu’ils apparaissent en même temps, à la fin du XIXe siècle. D’un côté, un mouvement d’émancipation qui s’oppose à des siècles de domination masculine, avec les dérives qui arrivent à chaque révolution. De l’autre, un courant conservateur et réactionnaire qui veut perpétuer le droit des hommes à les brider, les écraser et les tuer.

Looksmaxing et virilité de pacotille

Clavicular est la face « glamour » de cette idéologie, qui a de nombreuses accointances avec les autres horreurs réactionnaires : pseudo-biologie racialiste, autoritarisme politique… Mais cette apparence physique avenante, aux muscles saillants et à la mâchoire carrée, naît d’années de pratique de « looksmaxing ». « No pain, no gain », ( « Pas de douleur, pas de résultat ») « il faut souffrir pour être beau ». À l’image des femmes chinoises aux pieds bandés de jadis, les hommes qui veulent devenir des « chads » (comprenez : « des hommes beaux ») se frappent à coups de marteau la mâchoire, passent des heures à la salle de bain, ne comptent plus les heures à la salle de sport…

Tout cela dans l’optique d’être un « apex », un prédateur, capable de vaincre la malédiction du « dating » (la drague) moderne. Pouponnés, obsédés par leur miroir et voulant choisir dans un harem, ils veulent renverser le vieux dicton par leurs multiples conquêtes : les hommes proposent et les femmes disposent.

Des trolls aux tueurs

Si cela s’arrêtait à devenir une égérie de la bêtise, de la frustration et du ressentiment, cela pourrait paraître comme une nouvelle mode un brin ridicule. Mais le masculinisme est un courant politique extrémiste, avec ses saints, ses martyrs, ses codes. Parmi eux, les « incels » (célibataires involontaires) blâment les attentes trop élevées des femmes, le féminisme moderne, la démocratie pour leur manque de succès auprès de la gent féminine.

Ils détournent des références de la pop culture, comme la « pilule rouge » de Matrix, censée symboliser le fait « d’ouvrir les yeux » sur la réalité du monde, à savoir que la société serait dominée par des femmes. Certains y croient. Et d’autres se vengent en prenant les armes : Elliot Rodger a tué 6 personnes et en a blessé 14 autres avant de se suicider en 2014 en Californie. Il avait 22 ans.

Des algorithme sur les réseaux sociaux

Les algorithmes accélèrent le processus. Vous vous renseignez sur un réseau social sur la musculation ou le sport en général ? Attendez-vous à voir passer des contenus incels ou misogynes. La haine des femmes n’est pas cantonnée à l’Amérique du Nord : en France, un rapport sénatorial vient de pointer du doigt le risque que le masculinisme fait peser dans l’Hexagone. Derrière le visage faussement angélique d’un Clavicular se niche une menace que les démocraties peinent encore à contenir.


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