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Comment Israël et les États-Unis manipulent la campagne contre Lula

publié le 04/10/2026 par Malik Henni

Au Brésil, la campagne se joue aussi à Washington, Tel-Aviv et sur WhatsApp

Photo : des serviettes portant les images des candidats à la présidence Jair Bolsonaro et Luiz Inacio Lula da Silva en vente dans une rue de Brasilia, le 27 septembre 2022. | EVARISTO SA / AFP

Lula face au fils Bolsonaro

Les Brésiliens sont appelés ce dimanche à se rendre aux urnes pour désigner leurs représentants, du député de l’État au président de la République. Les deux figures majeures du scrutin sont Lula, le président sortant qui souhaite briguer un quatrième mandat, et le fils de son précédent opposant, Flávio Bolsonaro. Son père, Jair, purge une peine de 27 ans de prison pour avoir tenté un coup d’État, comme le 6 janvier 2021 aux États-Unis, pour ne pas avoir à rendre le pouvoir perdu dans les urnes.

Un continent qui bascule à l’extrême-droite

Cette élection pourrait voir le dernier grand pays d’Amérique du Sud basculer à l’extrême droite. Depuis 2020, toutes les républiques sont tombées les unes après les autres : l’Argentine, le Chili, la Bolivie, la Colombie, le Pérou et, dernièrement, même le Venezuela, qui a vu son dictateur local se faire enlever par les États-Unis d’Amérique.

Le retour de Washington

Ces derniers sont de retour en force, comme au temps de la guerre froide : l’Internationale réactionnaire, pilotée depuis Washington, étend partout sur le continent sa fange populiste de droite. Là où les prix élevés des matières premières avaient porté la croissance et l’arrivée au pouvoir de partis de gauche dans les années 2000, le ralentissement économique et la déception causée par la mauvaise gouvernance ont provoqué un mouvement pendulaire vers la droite dure.

Le dernier rempart ?

Avec le Mexique de Sheinbaum, Lula est le dernier homme d’État du continent à tenir tête « aux gringos ». Son mandat économique et social est brillant : la faim a presque disparu, la déforestation a grandement reculé, le salaire médian a augmenté…Les blessures de l’ère Bolsonaro et de la pandémie meurtrière de Covid semblent passées ; à moins que cette parenthèse sociale-libérale ne soit sur le point de se fermer et que Lula soit l’équivalent d’un Biden tropical.

Beattie, l’émissaire américain

Les ingérences américaines dans l’élection ont atteint un point jamais vu. En mars, un Beattie, l’émissaire américain, Darren Beattie, avait demandé à rencontrer Bolsonaro dans sa cellule, avant que Lula ne révoque son visa diplomatique.

Eduardo Bolsonaro, lobbyiste à Washington

Un autre fils du militaire déchu, Eduardo, a multiplié les voyages aux États-Unis pour… demander des sanctions contre son propre pays ! Il a été condamné à quatre ans de prison pour avoir ainsi tenté de faire échouer le procès intenté à son père.

L’Argentin Milei dans la bataille

Le président argentin Milei a agressé verbalement Lula, en le traitant de « communiste » et de « corrompu », en plus de boycotter les rencontres diplomatiques du MERCOSUR où il pouvait le croiser, au bénéfice de rassemblements conservateurs. Il a par ailleurs donné asile aux émeutiers qui avaient tenté d’interrompre le processus électoral brésilien.

Lula : « Se mêler de ses affaires »

Les exemples sont si nombreux et documentés que Lula a exhorté Washington à « se mêler de ses affaires » à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies le mois dernier. C’était oublier le principal allié américain dans l’Internationale réactionnaire : Israël.

Nétanyahou choisit Bolsonaro

Benjamin Nétanyahou a fait une vidéo dans laquelle il appelle à voter pour Bolsonaro, « un véritable ami ». Israël s’appuie sur les évangéliques, de plus en plus nombreux dans le pays catholique le plus peuplé du monde.

Le niveau de désinformation est stratosphérique : l’argumentaire de campagne a systématiquement dépeint Lula comme hostile à l’Occident judéo-chrétien et allié des mouvements islamistes.

La guerre des récits. Et sur WhatsApp, terrain décisif

La campagne se joue sur les réseaux sociaux, raison pour laquelle Meta, la maison mère de Facebook, a… suspendu le compte de Lula. L’application WhatsApp, propriété de Meta, est très utilisée au Brésil et ne fait l’objet d’aucune modération : de faux audios, des deepfakes créés à l’aide de l’IA et des messages confessionnels inondent ses canaux.

Au Brésil, le vote ne départagera pas seulement Lula et Bolsonaro : il dira si la première puissance d’Amérique latine peut encore choisir seule son destin.


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