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Donald Trump, le président canard boiteux (8)

publié le 05/11/2026 par Pierre Feydel

Battu aux midterms, Trump garde veto et décrets. Dès janvier, les démocrates tiendront budget, enquêtes et nominations. Guerre de position

La France a connu un Monsieur et une Madame Veto, en 1791, lorsque le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette avaient constitutionnellement reçu le droit de s’opposer aux dispositions de l’Assemblée nationale. Ce surnom donné par les révolutionnaires ne leur a pas réussi. Ils ont fini sur l’échafaud. Ce souvenir historique devrait inciter Donald Trump à utiliser avec mesure ce droit pour empêcher le futur Congrès démocrate de voter les lois qui lui déplairaient. À tout bloquer, il se déconsidérerait. Et les démocrates pourraient ainsi démontrer aux Américains à quel point les républicains sont capables de bloquer le processus démocratique et refusent toute réforme.

Deux mois de répit

Il n’est pas sûr qu’une telle attitude améliore les chances de son successeur à l’élection présidentielle de 2028. Donald Trump a encore de nombreux pouvoirs, malgré la mainmise des démocrates sur le Congrès. Car il ui reste des armes. D’abord, il peut contourner le Parlement en légiférant par décret présidentiel, ces « executive orders » dont il a abusé depuis deux ans en en signant 292.

Quoi qu’il en soit, le nouveau Congrès n’investira le Capitole qu’en janvier. Il reste donc deux mois de totale liberté au président. Ensuite, le « lame duck », le canard boiteux, comme on nomme outre-Atlantique ce chef d’État affaibli, sans avenir, devra affronter des adversaires plus forts que jamais.

Les cordons de la bourse

Dès le début de 2027, Capitole et Maison-Blanche pourront se livrer à une rude guerre de position. La Chambre des représentants a l’initiative budgétaire, toute loi de finances émane d’elle. Elle peut donc bloquer le budget fédéral, refuser tout compromis avec les républicains et provoquer un « shutdown » budgétaire. Le budget du secrétariat à la Guerre de 1 500 milliards de dollars prévus par Donald Trump et Peter Hegseth pourrait connaitre quelques déboires. Tenir les cordons de la bourse est bien entendu un vrai pouvoir. L’autre point fort du Congrès, ce sont ses commissions. Majoritaires, les démocrates vont prendre la présidence de toutes ces instances.

La fortune du président

Dès lors, ils auront la possibilité d’émettre des assignations à comparaitre pour forcer des responsables gouvernementaux, des alliés politiques ou des proches de Donald Trump à témoigner sous serment, à produire des documents. Les démocrates ont fermement l’intention d’utiliser ce pouvoir. Dans leur ligne de mire, les entreprises qui se seraient enrichies grâce à l’administration Trump, telles les firmes de l’intelligence artificielle ou de la tech. La Silicon Valley s’inquiète. Elon Musk ne devrait pas se sentir tranquille. Mais la cible principale, c’est Donald Trump lui-même et sa famille.

La fortune du président est évaluée à 7,6 milliards de dollars, dont 2,2 milliards gagnés en 2025 sous son mandat. Or, les démocrates n’oublient pas que, selon les sondages, un électeur sur deux évoque la corruption à propos de Trump. La Chambre des représentants pourrait rédiger et voter des articles de mise en accusation conduisant à l’« impeachment » du président. Encore que, pour que la destitution soit acquise, il faille qu’elle recueille une majorité des deux tiers au Sénat, soit 67 votes favorables. Peu probable.

Hegseth en première ligne

Le leader démocrate de la chambre basse, Hakeem Jeffries, qui pourrait devenir le premier « speaker » afro-américain de cette assemblée, a annoncé qu’il allait « demander des comptes ». Mais il vise d’abord moins haut : sans doute Peter Hegseth, le secrétaire à la Guerre. À ces possibilités d’action des représentants s’ajoutent les pouvoirs du nouveau Sénat. À commencer par celui de s’opposer aux nominations. Les sénateurs peuvent les bloquer, les retarder ou les rejeter. Sont visées toutes celles qui concernent le cabinet présidentiel, la direction des grandes agences fédérales (FBI, CIA ou ICE) ou encore les juges à la Cour suprême.

En cas de sièges vacants dans cette juridiction au sommet du système judiciaire américain, Chuck Schumer, le leader démocrate au Sénat, a bien l’intention d’utiliser ce droit de refuser un candidat. Enfin, la Constitution exige une majorité des deux tiers du Sénat pour ratifier un traité. Mais surtout, la majorité donne aux démocrates la maitrise de l’ordre du jour. Une possibilité d’entraver sérieusement la politique étrangère républicaine en refusant d’examiner les textes en commission.

Sous l’œil des caméras

Les deux chambres possèdent, ensemble, d’autres possibilités encore. Le « Congressional Review Act » leur permet d’annuler des règlementations récentes émises par des agences fédérales à la majorité simple. Il existe donc, de la part de chacune des chambres ou des deux ensemble, de multiples dispositions leur permettant d’enrayer fortement l’action de l’exécutif. Mais Donald Trump reste le « commander in chief » et il a déjà de nombreuses fois contourné la loi. Cette fois, il sait que sa liberté reste importante en matière de politique étrangère. Mais même celle-là est sous surveillance.

Le plus dangereux pour le locataire de la Maison-Blanche est sans doute la publicité qui serait donnée aux multiples inquisitions des commissions d’enquête officiant sous l’œil des caméras des chaines de télévision. Car les sanctions de l’opinion publique peuvent, en démocratie, être fatales. Le président pourrait-il se remettre d’un scandale sur sa fortune mal acquise révélée par le témoignage d’un proche lors d’une audience ? Pas sûr.


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