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Vague démocrate: « Ce soir, nous avons battu Goliath » (7)

publié le 04/11/2026 par Pierre Feydel

En transformant les élections en référendum sur sa personne, Donald Trump a précipité la déroute de son camp

Sale temps pour les républicains, avis de tempête pour Donald Trump

Le climat électoral s’est avéré très mauvais pour le pouvoir exécutif américain. Quelques heures après la fermeture du dernier bureau de vote, alors que le dépouillement est loin d’être achevé, l’ampleur de la vague démocrate a permis à l’opposition de remporter 54 sièges contre 44 au Sénat, 7 sièges gagnés, quand 4 suffisaient pour contrôler la chambre haute. 2 sièges restaient à pourvoir.

À la Chambre des représentants, plus représentative de l’opinion avec des circonscriptions taillées selon leur poids de population, la défaite était encore plus évidente : 231 démocrates élus contre 139 républicains. 45 sièges n’étaient pas encore pourvus. Les projections prévoient une déroute pire encore : plus de 250 représentants démocrates à la chambre basse.

Pire, dans les circonscriptions soigneusement reconfigurées pour être favorables aux républicains, ces derniers ont peiné à s’en sortir, talonnés par leurs adversaires. Les médias évoquent un « Bluenami », un tsunami « blue », le bleu étant la couleur du parti vainqueur. Dans un grand nombre de bureaux de vote, les scores républicains étaient très en deçà de ceux de Donald Trump à la présidentielle de 2024, parfois de largement plus de dix points. En deux ans, une chute vertigineuse.

Beau perdant, mauvais joueur

Comme attendri par le choc, Donald Trump s’est voulu beau joueur. Il a reconnu sa défaite, promettant de travailler avec les démocrates désormais maîtres du Congrès. Une élégance bien entendu de façade. En même temps est apparue sur les réseaux sociaux sa célèbre casquette rouge ornée du mot « veto ». Une façon d’annoncer que le chef de l’exécutif utiliserait systématiquement ce droit pour bloquer toutes les initiatives législatives qui lui déplairaient. Le président attribue son échec aux médias et aux candidats de son parti pas assez convaincants.

Bien sûr, il n’y est pour rien, affirmant même que si son nom avait figuré sur les bulletins de vote, il aurait gagné. Une contradiction trumpienne. Pendant la campagne, n’adjurait-il pas les électeurs de voter comme si son nom figurait sur les bulletins ? Il voulait faire de cette élection un référendum sur son action. Cette personnalisation n’a fait que révéler la hauteur de son rejet dans la population.

Le vote à tiroirs

250 millions d’Américains étaient appelés aux urnes ce mardi 3 novembre, 61,7 millions d’entre eux s’étaient déjà exprimés par correspondance avant cette date. Un record. Il s’agissait de renouveler les 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 au Sénat. Cette dernière assemblée est composée de 2 sénateurs élus par État, quelle que soit son importance : du plus peuplé, la Californie, avec près de 40 millions d’habitants, jusqu’au plus désert, le Wyoming, avec moins de 600 000 habitants. Les sénateurs, élus pour six ans, sont renouvelés par tiers tous les deux ans. Les représentants, eux, remettent en jeu leur mandat tous les deux ans. Mais les Américains à cette occasion doivent aussi élire ou réélire 36 gouverneurs et des centaines de shérifs, juges, procureurs ou maires.

Ils doivent aussi se prononcer sur de nombreux référendums locaux. Par exemple, en Californie, sur un impôt sur la fortune, une taxe de 5 % pour les milliardaires ; au Missouri, sur l’abolition du droit à l’avortement ; en Arizona, sur la limitation des caméras de surveillance du trafic routier ; au Colorado, sur l’interdiction aux mineurs des actes de chirurgie modifiant le genre ; au Dakota du Nord, sur la gratuité des repas distribués dans les écoles…

Le Texas, un bastion emporté

Les électeurs ne se sont pas laissé impressionner par ces bulletins à choix multiples. Cela ne les a pas empêchés de pratiquer une sorte de dégagisme. Quelques figures démocrates nouvelles ont été désignées avec lesquelles le parti devra désormais compter. Ce sont celles qui ont remporté les victoires les plus éclatantes dans des bastions républicains. En premier lieu, le Texas, deuxième État le plus peuplé des États-Unis, où James Talarico, 37 ans, pasteur presbytérien, emporte avec 55 % des voix un siège de sénateur contre Ken Paxton, procureur général de l’État, proche de Donald Trump. Une première depuis 1988.

« Ce soir, nous avons battu Goliath », a proclamé ce chrétien, qui estime que la société américaine ne se divise pas entre gauche et droite, mais plutôt entre le bas et le haut, constitué des milliardaires qui abusent du pouvoir que leur donne l’argent. Un langage nouveau que les Texans ont apprécié. Et, cerise sur le gâteau, une démocrate, Gina Hinojosa, occupera désormais le poste de gouverneur. Une sacrée victoire dans un État où Elon Musk a dépensé 197 millions de dollars pour soutenir les républicains. En vain.

Prêcheurs en terre rouge

Le Kansas a lui aussi envoyé un démocrate au Sénat. Une autre première, cette fois depuis 1932. Adam Hamilton, 62 ans, est lui aussi un pasteur à la tête d’une mégacongrégation méthodiste de 23 000 membres. Il a mis en avant pendant la campagne le caractère humaniste de sa foi. Au Michigan, El-Sayed, médecin, membre de l’aile gauche démocrate, a battu son adversaire avec plus de 52 % des suffrages, malgré les attaques racistes des républicains, le qualificatif de « terroriste » dont l’a affublé Trump, la trahison d’une représentante démocrate qui a soutenu son adversaire. Il sera le premier musulman au Sénat.

On pourrait citer bien d’autres vainqueurs. Mais les conséquences de la déroute républicaine vont se faire sentir fortement dans les deux partis. Tous pensent déjà à la présidentielle de 2028. Chez les républicains, la guerre de succession est déjà ouverte. Étant entendu que l’influence de Trump est désormais réduite. Le clan MAGA est assommé. Et le président apparaît désormais comme un boulet. Son emprise sur le parti va sérieusement se desserrer.

L’équation démocrate

Chez les démocrates, la question est de savoir quels seront les candidats aux futures primaires. Les démocrates ont fait une campagne très pragmatique, abandonnant les thèmes « woke », tels la défense des athlètes transgenres, pour se focaliser sur le coût de la vie. Ce qui leur a réussi. Ils doivent trouver des candidats d’union capables de rassembler les libéraux et les radicaux du parti. Car même si le parti infléchit son programme à gauche, il ne peut gagner sans des voix plus au centre. Alexandria Ocasio-Cortez, représentante de New York, une des leaders de l’aile gauche, en traitant certains aspects du « wokisme » de « dinguerie », s’est déjà positionnée en ce sens.

La renaissance démocrate est donc en marche. Mais en cours de route, elle ne devra pas oublier que le peuple a sanctionné Trump pour deux raisons : parce qu’il s’est attaqué au portefeuille de tout un chacun en doublant les prix des carburants et en laissant l’inflation atteindre 3,7 %, et parce qu’il a menti en lançant une guerre sans fin contre l’Iran, contrairement à ses promesses. Plus que des erreurs, des fautes.


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