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La fin de l’« effet Trump » est une victoire de la démocratie (6)

publié le 04/11/2026 par Pierre Haski

La victoire démocrate massive dans les deux chambres du Congrès marque un échec personnel de Donald Trump et de sa manière de gouverner

Photo : Donald Trump s’est impliqué massivement dans la campagne, c’est un échec personnel. ©AFP – Saul MARTINEZ / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Il avait tenté de passer en force malgré les contre-pouvoirs américains, et a échoué. C’est une victoire de la démocratie contre le populisme.

L’ère Trump est terminée. Certes, ce président sera encore à la Maison Blanche pendant les deux prochaines années, et un « canard boiteux », comme on appelle les présidents défaits en fin de mandat, garde une capacité de nuisance, en particulier en politique étrangère. Il faudra donc se méfier du « canard boiteux » en colère.

Mais l’histoire retiendra que l’effet Trump a pris fin ce 4 novembre avec la « vague bleue » qui a renversé la table au Congrès, en donnant la majorité aux démocrates dans les deux chambres. C’est inespéré pour les démocrates, qui ont été sonnés par la victoire de Donald Trump sur Kamala Harris il y a seulement deux ans.

En 2016, Trump avait théorisé qu’il pouvait assassiner quelqu’un sur la 5ème Avenue sans perdre une voix, et c’était probablement vrai vu l’ampleur des turpitudes du milliardaire newyorkais. C’est terminé. Les électeurs américains l’ont brutalement sanctionné pour tous ses errements : la guerre en Iran et son impact sur l’inflation, la corruption, le contraste entre un boom économique qui enrichit les plus riches sans que les difficultés de la classe moyenne ne disparaissent.

C’est donc incontestablement un échec personnel : Donald Trump avait dit il y a deux mois aux électeurs : « faites comme s’il y avait mon nom sur les bulletins de vote », et il n’a pas ménagé ses efforts en campagne. Cette nuit, il a tweeté le contraire : « mon nom n’était pas sur les bulletins, s’il l’avait été nous aurions gagné ». Ça s’appelle du déni.

Le plus étonnant, vu l’ampleur de la déroute républicaine, c’est non seulement que l’impact personnel de Donald Trump ne fonctionne plus, mais aussi que le poids de l’argent n’y ait rien changé. Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, a déversé 500 millions de dollars sur la campagne pour aider les candidats républicains, une somme sans équivalent pour un seul homme ; et ça n’a pas permis d’inverser la tendance.

Il n’y a pas une explication unique de la défaite républicaine. Cela va de l’incompréhension face à la guerre en Iran, de la colère face à l’inflation qu’elle a générée, mais aussi de la corruption de l’ère Trump qui figure très haut dans les motivations des électeurs. C’est aussi, ne nous y trompons pas, une grande leçon démocratique.

Donald Trump a tenté de renverser la table de la démocratie américaine. Il a gouverné par décrets, les fameux Executive Orders qu’il a signés par centaines dès le premier jour ; il a nié les contre-pouvoirs dont Alexis de Tocqueville disait qu’ils étaient l’essence même de la démocratie en Amérique, et il a ouvertement piétiné toute éthique du pouvoir avec l’enrichissement personnel et de son entourage.

Cette tentative de passage en force a échoué. C’est une grande leçon pour les États-Unis dont les citoyens ont semblé un temps sous l’emprise d’un président populiste qui a joué sur les cordes sensibles de l’identité, de la colère contre les élites, du mal-être économique, pour faire l’inverse une fois au pouvoir. Il a cru qu’il pouvait tout se permettre, c’était faux.

La leçon n’est pas seulement américaine : le vote du Brexit en 2015 et la première élection de Donald Trump en 2016 avaient ouvert un cycle populiste dans le monde occidental. Celui-ci n’est pas terminé, en particulier en Europe, mais il a subi aux États-Unis un revers historique.


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