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Droits de douane : la débandade européenne

publié le 14/08/2025 par Pierre Feydel

Au-delà des conséquences économiques, l’abdication de l’Europe, incarnée par Ursula von der Leyen face à Trump, entame sérieusement la crédibilité politique de l’Union européenne

Pékin-Trump : l’art de céder sans perdre

En matière de droits de douane, décidément, seule la fermeté paie. Donald Trump a signé le 11 août un décret prolongeant la trêve avec Pékin. Pour le moment, l’accord fixe la surtaxe américaine sur les produits chinois à 30 % et les taxes chinoises sur les produits américains à 10 %. Le temps des surenchères à trois chiffres — qui ont fini par faire reculer les Américains — semble révolu. Faute de renouvellement de cette trêve jusqu’en novembre, les droits de douane sur les produits chinois auraient été de 145 % et sur les produits américains de 125 %. Les deux puissances économiques continuent de discuter à Stockholm et à Londres pour aboutir à un accord durable.

Cette situation offre un contraste saisissant avec la façon dont les Européens ont mené leurs discussions avec Donald Trump et l’attitude de soumission insensée de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, vis-à-vis du président des États-Unis.

Ursula von der Leyen fait du golf à Turnberry

La dirigeante européenne, convoquée par le maître de la Maison-Blanche sur son parcours de golf à Turnberry, en Écosse, pour signer un accord totalement déséquilibré, a donné au monde une image d’asservissement apeuré. La frêle Ursula face au balourd Donald, assise du bout de sa chaise pendant que le président pérorait, laisse planer un fort doute sur la capacité de l’Allemande à gérer des rapports de force de cette intensité et de cette ampleur.

Certes, elle avait sans doute un mandat pour trouver un accord, pas pour déclencher une guerre. Mais ce dimanche-là, le 27 juillet, l’Europe a montré qu’elle ne voulait pas être une puissance économique alors qu’unie, elle pèse plus lourd que les États-Unis. Comme elle n’est qu’une puissance militaire balbutiante et une puissance politique impuissante, car divisée, que reste-t-il des exhortations macronistes aux mesures de rétorsion douanière ou à l’autonomie stratégique ?

De l’« appeasement » à la servilité assumée

L’Europe est traversée de trop de courants qui, vis-à-vis de Trump, vont de la servilité acceptée au consentement affirmé. Une sorte de syndrome de femme battue qui espère toujours que son bourreau l’aime. On n’est pas très loin de l’« appeasement », cette politique britannique de « l’apaisement «  des années 30, illustrée par le Premier ministre de l’époque, Neville Chamberlain, qui, en 1938, avec l’aide du Français Daladier, céda la Tchécoslovaquie à Munich en espérant calmer le dictateur nazi et éviter la guerre. On sait ce qu’il en fut.

Certes, Donald n’est pas Adolf. Mais l’attitude des dirigeants de la plupart des démocraties européennes finit par faire penser à celle du leader conservateur britannique. L’Europe humiliée, pour ne pas dire ridiculisée par Trump, se déconsidère aux yeux du monde. Pire, l’insigne faiblesse dont elle fait preuve ébranle fortement le crédit international des démocraties, qui ne sont déjà plus un modèle pour la plupart des États du monde.

Pékin et Brasilia défient Washington

Et pendant que nous vivons cette sorte de naufrage — d’abord moral — c’est une dictature qui nous montre le chemin de la résistance à Trump sur le plan commercial. Le 12 août, Xi Jinping a assuré le président Lula de son soutien plein et entier contre le matraquage douanier de Trump, qui impose au Brésil une surtaxe de 50 %.

Le communiqué qui conclut une heure d’entretien entre les deux leaders appelle les deux pays « à s’unir et à prendre clairement position contre l’unilatéralisme et le protectionnisme ». Et ils entendent « montrer l’exemple en matière d’autonomie et de solidarité pour le Sud global ».

Un autre membre des BRICS a fait un pied de nez à Trump il y a quelques jours. L’Inde expliquait qu’elle continuerait d’acheter du pétrole aux Russes malgré la menace américaine d’augmentation d’au moins 100 % de ces droits de douane. Trump ne fait pas peur à tout le monde.

L’Ukraine, miroir des failles européennes

Aujourd’hui, l’Europe s’agite, consulte, confère, proclame pour se trouver une place entre Donald Trump et Vladimir Poutine à propos de l’Ukraine. Quel que soit le résultat des rencontres en cours, exister sera difficile. D’abord parce que le président américain, subtilement manipulé par son homologue russe, a peu de chances de réussir. Les Européens tentent de le convaincre de faire preuve d’une salutaire fermeté.

Mais quel poids politique ont-ils auprès d’une administration américaine qui tente par tous les moyens de les diviser politiquement et de les asservir économiquement ? Les conséquences de la défaite de Bruxelles à propos des droits de douane sont incommensurables.

Les Ukrainiens ne s’y trompent pas. Leur scepticisme quant aux négociations en cours est aussi une preuve flagrante qu’ils mesurent l’ampleur de la faiblesse européenne. Peut-on espérer un sursaut ? Lorsque Gramsci oppose « le pessimisme de l’intelligence » à « l’optimisme de la volonté », on voit bien que ce qui manque le plus collectivement aux Européens, c’est cette dernière. Hélas !


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