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Extrême-droite en Europe : le grand remplacement politique

publié le 07/11/2025 par Pierre Feydel

Les partis nationaux-populistes sont en tête des sondages en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne, aux Pays-bas. C’est toute l’unité du continent qui est en danger.

Pays-Bas : un reflux trompeur du PVV

L’extrême droite n’a pas vraiment reculé aux Pays-Bas ; même si les élections générales du 29 octobre dernier ont porté en tête le parti centriste D66 avec 16,9 % des suffrages, devançant de très peu le PVV nationaliste avec 16,7 %. Dans un Parlement extrêmement morcelé où 15 partis politiques se partagent 150 sièges, seules des coalitions sont susceptibles de former un gouvernement.

Or, personne, ou presque, ne semble vouloir s’allier avec le parti de Geert Wilders, qui a perdu une bonne dizaine de sièges. En juin, le leader nationaliste s’était retiré de la coalition qui soutenait un gouvernement refusant ses propositions anti-immigration. D’où des législatives deux ans après celles de 2023 où le PVV avait raflé 37 sièges avec 23 % des suffrages. Son recul tient à la déception de ses électeurs avides de mesures anti-immigrés.

Le leader centriste, le jeune (38 ans) Rob Jetten, dont le parti a progressé de près de 10 % des voix, devrait former le futur gouvernement du royaume. Pour autant, l’opinion néerlandaise ne s’est pas débarrassée de sa part de national-populisme. Le recul du PVV est largement compensé par la progression de deux autres formations d’extrême droite. Le JA21 passe de 1 à 9 sièges et le FVD de 3 à 7.

Et d’ailleurs, en Europe d’une façon générale, les mouvances d’extrême droite ne cessent de gagner du terrain politique. Aujourd’hui, les partis qui les représentent dirigent quatre pays de l’Union européenne : l’Italie, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque. Ils détiennent la présidence de la République polonaise, mais pas le gouvernement, toujours dirigé par le centriste pro-européen Donald Tusk. Ils participent au gouvernement de la Finlande, soutiennent celui de la Suède.

Allemagne : l’AFD gagne à l’Ouest

Et ces formations politiques n’ont cessé de progresser dans deux pays clés de l’Union, l’Allemagne et la France. Mais aussi au Royaume-Uni qui, s’il n’est plus dans l’UE, conserve des liens étroits avec la plupart des pays qui la composent. En septembre, Alternative für Deutschland (AfD), le parti nationaliste allemand déjà très présent dans les Länder de l’Est (33 % en Thuringe, 30 % en Saxe), a effectué une percée notable à l’Ouest, aux élections locales de Rhénanie-du-Nord–Westphalie, région industrielle la plus peuplée de la République fédérale. Le parti a remporté 16,4 % des suffrages contre 5 % il y a un an. Début octobre, selon l’institut Forsa, l’AfD a été créditée de 27 % des intentions de vote en Allemagne contre 24 % à la CDU-CSU de l’actuel chancelier Friedrich Merz.

L’extrême droite allemande surfe sur l’inquiétude économique d’une population qui attend du gouvernement des réformes qui ne viennent pas. Aujourd’hui, avec 10 millions de voix, l’AfD est le deuxième plus grand parti d’extrême droite de l’Union. Néanmoins, il existe en Allemagne un cordon sanitaire institutionnel fort. L’AfD, contrairement au Rassemblement national, n’a jamais obtenu de poste au bureau du Bundestag. Une procédure d’interdiction contre lui a été évoquée. L’Office allemand de protection de la Constitution (BfV) l’avait classé comme « extrémiste de droite ». Classement retiré ensuite. Mais les relents de nazisme exhalés par certains militants n’incitent pas les autorités fédérales à relâcher leur surveillance.

France : le Rassemblement national en position de conquête du pouvoir

Enfin de compte, c’est le Rassemblement national français qui, avec 11 millions de voix, caracole en tête des scores des partis nationalistes d’Europe. Et les sondages qui se sont ces derniers temps multipliés concernant la présidentielle de 2027 créditent son candidat ou sa candidate, Jordan Bardella ou Marine Le Pen, de plus de 35 % des suffrages au premier tour. Quant aux législatives anticipées, parfaitement envisageables étant donné l’instabilité politique chronique du pays aux gouvernements éphémères, au budget introuvable, aux finances publiques calamiteuses, elles sont probables. Et, là, les enquêtes vont jusqu’à créditer de 45 % des votes le RN et ses alliés. De quoi frôler la majorité absolue à l’Assemblée nationale. En Grande-Bretagne, la situation est à peine moins favorable pour l’extrême droite locale.

Royaume-Uni : Nigel Farage en embuscade

Nigel Farage a porté son parti Reform UK, ex-Brexit Party, en tête des sondages. En octobre, il récolte 27 % des intentions de vote. Les législatives, à un tour, auront lieu normalement en 2029. Mais rien ne dit qu’ici le parti anti-européen, anti-immigration, sur une ligne très trumpiste, va perdre en audience. Auquel cas Nigel Farage serait Premier ministre. L’homme, provocateur, surnommé « le clown du Brexit » par ses adversaires, capable des pires fake news, plaît à l’électorat populaire. Le personnage haut en couleur tranche avec le sérieux presque compassé de ses homologues, l’Allemande Alice Weidel ou la Française Marine Le Pen. La montée de l’extrême droite est très préoccupante dans le pays animé par une forte répulsion à l’immigration. Les manifestations se multiplient. Celle du 13 septembre a réuni plus de 110 000 personnes à Londres.

Une galaxie nationaliste organisée

Au Portugal, Chega est devenu le principal parti d’opposition. En Espagne, Vox est désormais la troisième force politique du pays. Tous ces mouvements baignent dans la même soupe ultra-nationaliste, anti-immigrés, anti-Europe, anti-LGBT. Ils ont deux parrains : Donald Trump et Vladimir Poutine, qui partagent ce corpus idéologique et rêvent ensemble du démantèlement de l’Union européenne et d’une fracturation du continent qui n’en fasse plus qu’un amalgame de nations désunies. Pour le plus grand profit économique des États-Unis, politique et militaire de la Russie. Et le désespoir des Ukrainiens et de bien d’autres.


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