France–Algérie : la guerre commerciale qui ne dit pas son nom
Pas d’embargo proclamé, mais des cargaisons bloquées, du blé écarté et des importateurs sommés de chercher ailleurs. Alger se ferme aux produits français
Ni décret d’embargo, ni communiqué triomphal. Mais des cargaisons sans autorisation, des banques sans feu vert et des programmes d’importation que l’administration refuse de valider. Depuis que Paris a reconnu, le 30 juillet 2024, la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, la crise a quitté les chancelleries pour gagner les ports. Alger avait rappelé son ambassadeur, suspendu l’essentiel des coopérations et multiplié les obstacles aux intérêts français. Pris séparément, aucun ne ferme le marché. Ensemble, ils dessinent une mise à l’écart.
Paix froide
L’arrestation de Boualem Sansal, les querelles sur les OQTF et les influenceurs algériens poursuivis en France ont durci l’affrontement. L’accalmie annoncée fin mars 2025 n’aura tenu que quelques jours : l’affaire Amir Boukhors a déclenché l’expulsion croisée de vingt-quatre agents diplomatiques et le rappel de l’ambassadeur français. La grâce de Sansal, en novembre 2025, puis la reprise des contacts sécuritaires et migratoires ont permis un dégel. Stéphane Romatet a retrouvé son poste à Alger ; son homologue algérien n’est pas officiellement revenu à Paris. La quasi-rupture a cédé la place à une paix froide : on se parle de nouveau, sans cesser de se punir.
Agriculture: pas d’interdictions mais des autorisations qui n’arrivent pas….
Dès août 2024, des produits agricoles et agroalimentaires français sont restés à quai, faute d’autorisations sanitaires ou phytosanitaires. En octobre, l’Office algérien interprofessionnel des céréales a écarté le blé français d’un appel d’offres. Selon Reuters, les négociants français n’avaient pas été conviés et les autres soumissionnaires avaient reçu pour consigne de ne pas proposer de céréales françaises. L’Office a invoqué des critères techniques et nié toute discrimination. Le motif politique n’a jamais été reconnu. Le résultat, lui, est incontestable : autrefois dominant, le blé français a presque disparu des achats algériens.
Puis sont venus les plants de pommes de terre, privés de licences, et les produits laitiers, entravés par des obstacles administratifs et bancaires qui semblaient épargner d’autres origines. La méthode tient dans cette zone grise : aucune interdiction solennelle, aucun texte aisément contestable. L’autorisation n’est pas refusée au nom d’une sanction ; elle n’arrive simplement jamais.
PPI : le verrou invisible
Cette offensive se greffe sur une politique ancienne de maîtrise des importations. Certificats ALGEX, licences non automatiques, restrictions à l’actionnariat étranger : plusieurs barrières précèdent la crise et visent toutes les origines. Elles avaient déjà conduit l’Union européenne à ouvrir une procédure contre Alger en juin 2024. Mais un nouvel outil a décuplé le pouvoir de l’administration. Depuis juillet 2025, tout importateur doit soumettre un programme prévisionnel d’importation, le PPI, avant la domiciliation bancaire et le dédouanement. Sans PPI validé, la marchandise ne peut être ni payée ni introduite dans le pays.
Consigne : « retirer les produits français »
Selon les enquêtes de Marianne et de La Croix des 28 et 29 septembre 2026, des opérateurs auraient reçu, dès la fin juillet, une consigne orale : retirer les produits français de leurs PPI et chercher ailleurs. Les médicaments seraient épargnés ; certains biens stratégiques aussi. Mais nul ne sait si la mesure vise l’origine douanière, le lieu de fabrication ou la marque. Aucun décret, aucune circulaire signée, aucune instruction présidentielle n’ont été publiés. La formule rigoureuse s’impose : une restriction administrative de fait, rapportée par plusieurs enquêtes concordantes.
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