Frères musulmans : le rapport choc qui sonne l’alerte
Stratégie d’entrisme du mouvement islamiste, infiltration, prise en main de la société, volonté d’instaurer la charia…. Le rapport pointe un danger systémique pour la République
Une implantation silencieuse mais méthodique
Le 20 mai 2025, un rapport gouvernemental de 73 pages, intitulé « Les Frères musulmans et l’islamisme politique en France », a été remis au ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Il livre un constat inquiétant : « L’organisation frériste s’emploie à structurer un contre-modèle social, culturel et normatif, en parfaite contradiction avec les principes de la République ». Cette offensive, menée sans violence ni rupture frontale, repose sur une stratégie d’« entrisme » visant à infiltrer en profondeur les rouages de la société française.
Selon le document, 139 lieux de culte sont affiliés à Musulmans de France (ex-UOIF), une organisation jugée proche de la confrérie. Répartis sur 55 départements, ils rassemblent chaque semaine près de 91 000 fidèles. Si leur poids statistique reste modeste, leur capacité d’influence est jugée « nettement supérieure à leur représentativité réelle », en raison d’une présence ciblée dans les zones sensibles.
La méthode : infiltrer tous les rouages de la société
Le cœur de la stratégie des Frères musulmans repose sur la discrétion, la patience et le maillage local. « Leur approche consiste à contourner les institutions plutôt qu’à les affronter », souligne le rapport. Cette méthode passe par l’entrisme dans les associations culturelles, les clubs sportifs, les structures éducatives, les syndicats et même certains conseils municipaux.
Dans le secteur associatif, certaines structures locales ont pour but de « reproduire un entre-soi confessionnel » et de promouvoir des valeurs antagonistes à la laïcité. À Toulouse, Lyon ou Roubaix, des associations financées par des fonds publics organisent des cours de soutien ou des activités culturelles où les préceptes religieux l’emportent parfois sur les obligations républicaines.
Universités, syndicats et associations sportives
Le sport constitue un autre vecteur privilégié : des clubs imposent officieusement des règles communautaires, comme la non-mixité ou l’interdiction de participer à certaines compétitions pendant le ramadan. À Marseille et en Île-de-France, plusieurs cas d’évictions de jeunes filles non voilées ou de refus d’entraîneurs féminins ont été recensés.
Dans le monde syndical et étudiant, certains militants, formés dans les cercles fréristes, accèdent à des postes de responsabilité en mettant en avant des discours antidiscriminatoires. Une fois en place, ces figures poussent des revendications identitaires ou religieuses, parfois jusqu’à contester les contenus d’enseignement ou à revendiquer des aménagements confessionnels contraires aux règlements en vigueur.
Objectif : la charia
L’objectif, selon les auteurs du rapport, n’est pas de participer au jeu démocratique mais de le détourner : « Il ne s’agit pas de coexister avec la République, mais de préparer sa marginalisation puis son dépassement ». Le document met en garde contre une entreprise de long terme, méthodique, qui cherche à instaurer « un écosystème normatif concurrent fondé sur la charia », à travers une « islamisation douce mais continue des comportements, des structures et des esprits ».

L’Europe comme un laboratoire
Fondée en 1928 en Égypte par Hassan al-Banna, la confrérie des Frères musulmans se présente comme un mouvement de réforme islamique. Sa devise – « Le Coran est notre Constitution » – illustre un projet politique global, visant à réislamiser les sociétés par l’éducation, la prédication et l’action sociale. Le mouvement a longtemps été toléré, voire courtisé, pour sa capacité à encadrer des populations musulmanes. Mais ses liens avec des courants islamistes plus radicaux, ainsi que ses visées hégémoniques, ont conduit à sa répression dans plusieurs pays arabes.
Aujourd’hui marginalisée au Moyen-Orient, la confrérie redéploye son activité en Europe, où elle trouve des relais puissants. « L’espace européen est devenu, par défaut, le nouveau laboratoire de l’islamisme frériste », peut-on lire dans le rapport.
Utiliser la liberté démocratique pour la retourner contre la république
L’un des dangers les plus marquants réside dans le fait que cette stratégie s’exerce dans un cadre légal. Les structures fréristes savent jouer des règles du droit associatif, du pluralisme démocratique et de la liberté d’expression pour avancer leurs idées sans franchir la ligne rouge de la légalité. « L’arsenal juridique républicain est utilisé non pour défendre la liberté, mais pour la retourner contre ses propres fondements », analyse le rapport.
La Belgique, l’Allemagne et le Royaume-Uni
La stratégie des Frères musulmans ne s’arrête pas à la France. Le rapport consacre une section à leur déploiement continental : « La Belgique constitue le nœud central d’un réseau européen de la mouvance frériste », avec un maillage d’associations, de mosquées, de structures éducatives et de relais politiques. L’Allemagne et le Royaume-Uni sont également mentionnés comme zones de présence avancée.
Disloquer la république par un islamisme « de l’intérieur »
Avec ce rapport, l’État français prend acte d’une mutation : l’islamisme politique ne passe plus prioritairement par la violence mais par l’occupation des interstices de la société. Le danger est moins visible, mais potentiellement plus profond. « L’objectif n’est pas de conquérir par la force, mais de disloquer la République par imprégnation culturelle et normative », concluent les auteurs.
Un conseil de défense le 21 mai
Face à ces constats, Emmanuel Macron a convoqué un Conseil de défense le 21 mai. Plusieurs ministres – Éducation, Intérieur, Sports, Enseignement supérieur – ont été mobilisés. Le gouvernement entend mettre en place des outils de vigilance locale, auditer les associations subventionnées, encadrer les clubs sportifs et renforcer la formation des agents publics sur les logiques d’influence islamiste. Certaines mesures, à caractère confidentiel, relèveront du domaine du renseignement.
A lire aussi. Le Caire : une rencontre avec les Frères musulmans
par Jean Paul Mari ( extrait du livre « Oublier la nuit », Editions Buchet-Chastel, 2022)
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