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Matzneff vu par Matzneff: Quand l’écrivain pédophile écrivait sa propre biographie.

publié le 05/01/2020 | par grands-reporters

Ce texte de Matzneff, écrit par lui-même à la troisième personne, est paru en 1989 aux Éditions François Bourin dans le livre de Jérôme Garcin Le Dictionnaire : Littérature française contemporaine. 


Le journaliste et critique Jérôme Garcin avait demandé à environ trois cents écrivains français qu’ils rédigent eux-mêmes leurs notices biographiques, mais à la troisième personne – comme ils rédigent, parfois eux-mêmes, les quatrièmes pages de couverture, non signées, de leurs livres. Sauf que la plupart des deux cent cinquante écrivains qui répondirent n’avaient pas compris que la notice qu’ils écriraient paraîtrait avec leur signature.

Ce dictionnaire fut réédité en 2004, en édition augmentée, par Mille et une nuits, le titre étant corrigé en Dictionnaire des écrivains contemporains de langue française par eux-même, suivi de la mention « sous la direction de Jérôme Garcin » tandis que les notices ne sont plus signées.

Gabriel Matzneff, quinze ans après, donc, ne changea de son texte que la bibliographie pour l’actualiser.

Voici donc ce qu’il écrivit en parlant de lui-même dans les deux éditions (respectivement pages 296-298 et 269-270 :

« Depuis son divorce d’avec Tatiana et son éloignement de l’Église, l’histoire de sa vie est celle de ses amours. Ses amantes les plus passionnées ont souvent des prénoms qui d’achèvent par un « a » :Francesca, Nadia, Maria, Zohra, Hadda, Vanessa… ; mais ce n’est pas une règle absolue, comme le prouvent Marie-Élisabeth, Pauline, Anne, Élisabeth, Agnès, Deniz, Marie-Agnès, Isabelle, Marie-Laurence, Pascale, Dominique, Betty, Emmanuelle, Thanh, Géraldine, Brigitte, Thuy, Béatrice, Julie, Lorie, Anne-Chantal, Edwige, Marie, Virginie, Manon, Catherine, Marie-Pascale, Lauriane, Sabine, Christine, Muriel, Martine, Amélie, Véronique, Diane, Hélène… et tant d’autres qui toutes figurent dans son journal intime. Certaines d’entre elles ont, après sa mort, publié des souvenirs qui attestent qu’il a laissé dans leurs cœurs une trace lumineuse. Les petits garçons, Olivier (douze ans), Richard (quatorze ans), Nelson (treize ans), etc., qui ont traversé la vie (c’est-à-dire le lit) de Matzneff n’ont pas, eux, écrit de souvenirs.   […] 

Parisien durant les mois d’été, globe-trotter le reste de l’année, il affectionnait dans sa jeunesse les rivages du Mare Nostrum : l’Espagne, l’Italie, le Maghreb, l’Égypte, la Syrie… Passé quarante ans, ce fut surtout en asie que le mena son tempérament nomade : Ceylan, la Thaïlande, les Philippines… Il aimait spécialement Manille. Il y fut très heureux. Il s’y donna la mort.

Magnanime, l’église orthodoxe lui accorda des funérailles religieuses. Nombreuses furent ses ex-jeunes amantes qui honorèrent cette belle cérémonie de leur présence et de leurs larmes. » Fin de citation

 

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Déjà, en 1993, dans un livre consacré à la prostitution des enfants en Thaïlande, les auteurs dénonçaient, écrits à l’appui, le cynisme et la pédophilie affichée de l’écrivain, en France comme à l’étranger.
L’ouvrage fut reçu, sur cet aspect, dans la quasi-indifférence générale, souvent dans la gêne, parfois avec hostilité.
Gabriel Matzneff a reçu le prix Amic de l’Académie française en 2009, le prix Renaudot en 2013 et le prix Cazes en 2015.

Ci-dessous, les extraits de ce livre – page 222 à 225 – publié il y a maintenant près de trente ans:

 

Extrait de « Le prix d’un enfant », Marieg-France Botte et Jean-Paul Mari, Éditions Robert Laffont, Collection « Vécu », publié en novembre 1993

 

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par Pierre Jourde ( Publié dans BIBLIOBS le 8 janvier 2020)

 


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