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Generation Z, du Népal au Maroc, l’espoir?

publié le 13/10/2025 par Jean Paul de Gaudemar

Depuis quelques mois, une génération se fait entendre ici et là dans le monde, au Népal, en Indonésie mais aussi en Afrique. Une même génération, dite Génération Z. Etincelle?

Une jeunesse née dans l’ère numérique

Elle présente deux particularités. La première : sa jeunesse. Il s’agit de garçons et de filles nés entre 1990 et 2010, âgés aujourd’hui de 15 à 35 ans. Une génération qui va du début d’études longues aux premiers emplois. La seconde : c’est la première génération issue pleinement de la « société de l’information ». Elle maîtrise naturellement Internet et les réseaux sociaux. Au Maroc, elle s’est elle-même baptisée « Gen Z 212 », en référence à l’indicatif téléphonique du pays. D’autres mouvements émergent ailleurs : on pourrait dire « Gen Z 254 » au Kenya ou « Gen Z 261 » à Madagascar. Plus largement, cette génération 2XX sera-t-elle celle qui sortira l’Afrique de sa torpeur post-coloniale ? Deux générations après les indépendances politiques, parviendra-t-elle à tirer le continent hors du sous-développement ?

Mouvements numériques, structures diffuses

Les mouvements lancés par cette jeunesse intriguent à double titre : par leur forme et par leurs revendications. Sur la forme, ils reflètent l’esprit numérique : pas de chef proclamé, une organisation fluide, mobile, décentralisée. Les annonces circulent vite, portées par des réseaux parfois peu utilisés en Europe — comme Discord au Maroc. Leur agilité rend leur répression difficile.

Des revendications « apolitiques » mais essentielles

Sur le fond, ces mouvements se disent apolitiques et pacifistes. Leurs revendications surprennent : elles ne portent pas d’abord sur l’emploi, pourtant crucial dans des pays sous-développés. Ils réclament avant tout le droit de vivre dignement. La santé et l’éducation au Maroc. L’eau et l’électricité à Madagascar. En somme, le développement comme un droit. Au Maroc, la contestation vise surtout les grands projets de prestige — stades ou infrastructures — jugés inutiles face à la pauvreté du quotidien. Ces programmes, pensés pour l’image du pays, apparaissent déconnectés des besoins réels.

Le refus des « grands chantiers »

La Gen Z 212 préfère le pain aux jeux. Partout, un même mot d’ordre : dénoncer la corruption. Cette génération accuse les élites d’accaparer les richesses et de détourner les ressources publiques. Ce fléau, relevé par Transparency International, nourrit aussi de profondes inégalités sociales. Les grands chantiers sont visés car ils sont synonymes d’opacité et de profits détournés. En cela, les mouvements se révèlent politiques, même s’ils prétendent le contraire. Les autorités, déstabilisées, réagissent avec brutalité : les répressions font déjà plusieurs morts. Les régimes peinent à comprendre cette contestation nouvelle, souple, virale et insaisissable.

Un défi pour les régimes africains

Ces premières étincelles affrontent des régimes souvent verrouillés : juntes militaires, gérontocraties ou démocraties de façade. Mais la Gen Z 2XX, nourrie au numérique et consciente de ses risques, voit plus loin. Elle sait que l’ennemi du continent n’est plus seulement la post-colonisation, mais aussi l’avidité de ses propres dirigeants.


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A lire également :

Jean-Paul de Gaudemar : Au cœur de la nouvelle guerre froide, l’Afrique – Éditions L’Harmattan – 350p – Septembre 2025.


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