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Guerre du gaz :  jusqu’à la catastrophe finale ?

publié le 21/03/2026 par Pierre Feydel

Raffinerie attaquée contre installation gazière détruite. Le monde peut-il se passer du pétrole et du gaz du Moyen-Orient sans que l’économie mondiale s’effondre…

Objectif: le gaz

Le mercredi 18 mars, l’armée israélienne frappe les installations de South Pars qui traitent l’immense gisement de gaz naturel que la République islamique d’Iran partage avec le Qatar. Ce site fournit environ 70 % du gaz naturel consommé en Iran. Les gardiens de la révolution, les Pasdarans, sont fous de rage. Les dégâts sont considérables et handicapent l’économie du pays. Mais surtout, ces destructions les atteignent directement au portefeuille puisqu’ils ont la haute main sur l’exploitation des ressources énergétiques de leur pays. Du coup, les représailles sont terribles.

Le lendemain, au nord du Qatar, le plus grand site de liquéfaction du gaz au monde, à Ras Laffan, subit une vague de frappes. Les Iraniens ont parfaitement choisi leur cible. Le gaz est liquéfié par refroidissement pour être transporté, puis rétabli à l’état gazeux par réchauffement pour être consommé. Détruire les installations qui opèrent cette transformation bloque l’utilisation de la ressource.

Panique sur les marchés

La société publique QatarEnergy fait état de dégâts considérables. Les Qataris annoncent qu’il faudra 5 ans pour remettre en marche les installations. Les marchés de l’énergie paniquent. Les traders s’affolent. Le prix du gaz grimpe jeudi de 21 %, après avoir connu un pic à 35 %. Le pétrole suit. Le baril prend 6 % de plus à 114 dollars, après avoir bondi de 10 % dans la matinée. Il est vrai que les Iraniens n’en sont pas restés là. I

ls pilonnent les infrastructures pétrolières de tout le Moyen-Orient. En Arabie saoudite, la raffinerie de Samref sur la mer Rouge. Aux Émirats arabes unis, ils contraignent la compagnie nationale ADNOC à interrompre l’activité de la quatrième plus grande raffinerie de pétrole au monde, celle de Ruwais, après une attaque de drone. Même menace et même résultat sur celle de Ras Tanura en Arabie saoudite. Oman, Bahreïn subissent aussi des tirs de missiles ou de drones.

Donald Trump pas au courant…

Vendredi 20 mars, les cours du pétrole paraissent plus ou moins stabilisés. C’est une illusion. Le prix du gaz a doublé depuis le début du conflit. L’inquiétude se généralise. Les bourses fléchissent. Depuis le 28 février, début des hostilités, le CAC 40 à Paris a perdu 9 %. Wall Street ouvre en baisse ces derniers jours. Pour calmer les marchés, Benjamin Netanyahou prévoit que la guerre se terminerait plus vite que prévu. Donald Trump assure qu’il n’était pas au courant des frappes sur les installations énergétiques iraniennes et qu’il a demandé aux Israéliens d’interrompre ces opérations, alors que quelques jours plus tôt l’US Air Force a bombardé les installations de l’île de Kharg, cruciales pour l’exploitation des ressources énergétiques de Téhéran et qui assurent 40 à 50 % des recettes du budget iranien.

Le monde tremble.

En fait, la guerre en Iran a depuis quelques jours changé de nature. D’un conflit déclenché pour affaiblir ou détruire le régime islamiste iranien, elle est devenue une guerre de l’énergie qui affecte la planète entière. Le Moyen-Orient produit 29 % du pétrole mondial et recèle 20 % des réserves mondiales de gaz. Le cœur énergétique de la planète est menacé d’infarctus. Avec des conséquences incalculables sur des secteurs économiques entiers : les transports maritimes et aériens, les engrais, les plastiques, l’agroalimentaire, la production d’hélium, etc.

Mauvais signe, les banques centrales ont décidé de ne pas toucher aux taux d’intérêt, craignant d’avoir à les relever pour conjurer une hausse des prix généralisée. Le monde tremble. Particulièrement l’Asie, très dépendante de l’énergie moyen-orientale, ou l’Afrique, vulnérable à tout bouleversement économique.

La stratégie du pire

La croissance mondiale risque d’être sérieusement affectée en 2026 et, d’une façon générale, la planète appauvrie. Les belligérants semblent s’en moquer. Le pouvoir iranien, son existence même menacée, n’a rien à perdre. Agresser les monarchies moyen-orientales pour qu’elles fassent pression sur les Américains et réclament une désescalade est une manœuvre aléatoire. Détruire les équipements de l’industrie pétrolière locale risque de ruiner la région. S’attaquer aux usines de désalinisation est une façon de vouloir priver les populations de régions désertiques d’eau potable. Ce ne sera pas pardonné.

« Oeil pour œil, dent pour dent », l’Iran fait plus qu’appliquer cette expression. Les deux yeux pour un seul et toutes les dents pour une. Mais Donald Trump a sous-estimé la capacité de résistance de fanatiques religieux qui ne craignent pas la mort, qui les mènera au martyr et à la gloire éternelle.

Trump face à un adversaire qu’il ne comprend pas

Un sens du sacrifice totalement étranger à un promoteur immobilier dont l’inculture abyssale l’empêche de considérer l’histoire, la religion, la culture d’un peuple qui, depuis plus de 2 500 ans, a régné sur un empire allant de la Turquie aux portes des Indes. Il ne connaît pas son ennemi ; comment dès lors le vaincre ? Et tout d’un coup, le président des États-Unis découvre que les Perses ont inventé le jeu d’échecs, dont il ignore à l’évidence les subtilités.

Les erreurs grossières de Trump le poussent à une fuite en avant plus que dangereuse. Pour faire taire son opposition interne, il lui faut à tout prix gagner. Mais personne ne sait ce que représente pour lui la victoire. Le Premier ministre israélien a une attitude beaucoup plus claire. Son but : éradiquer un régime qui, depuis 1979, promet la disparition de l’État juif. Pour la majorité des Israéliens, le massacre du 7 octobre 2023 leur a montré comment les islamistes comptaient les traiter.

Vers l’embrasement total

Israël, après avoir affaibli le Hamas, veut finir de détruire le Hezbollah et écraser la République islamiste. En fait, les uns et les autres alimentent l’escalade qui ne semble en aucun cas devoir faiblir. Le fanatisme iranien est plus exacerbé que jamais. Le jusqu’au-boutisme israélien ne risque pas de se calmer et la fuite en avant américaine se nourrit de ses mauvais calculs et de ses frustrations trumpistes. Le détroit d’Ormuz bloqué, les forces armées américaines prépareraient des opérations au sol pour tenter de faire sauter les verrous iraniens.

Une affaire compliquée, militairement incertaine, dont il n’est pas sûr qu’elle change quoi que ce soit à l’effroyable crise économique qui menace la planète. Si le prix du baril dépasse 120 dollars demain, si l’exploitation du pétrole et du gaz du Moyen-Orient est compromise pour plusieurs années, l’économie mondiale s’en remettra difficilement. Quant à Trump…


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