Jean-Paul Mari présente :
Le site d'un amoureuxdu grand-reportage

Guerre Iran: dans le brouillard de la guerre

publié le 11/03/2026 par Marc Lefevre

Douze jours après le début des frappes israélo-américaines contre l’Iran, la guerre s’installe. Les deux camps ont anticipé un affrontement long et régional.

Le myhe d’une guerre courte

Le nouveau conflit entre l’Iran des mollahs et l’alliance des États-Unis et d’Israël dure depuis plus de douze jours. Face à une avalanche d’analyses dont la répétition n’en fait pas nécessairement des vérités, les informations réellement vérifiables restent rares.

Les annonces quotidiennes de centaines de sites bombardés par les avions israéliens et américains révèlent indirectement l’ampleur et la diversité des programmes militaires iraniens. Mais elles ne permettent pas d’évaluer les dégâts réellement infligés aux équipements iraniens, tant les installations ont été dispersées et protégées depuis plusieurs années.

Si la plupart des commentateurs ont affirmé au début que cette nouvelle guerre serait courte, les faits semblent aujourd’hui prouver le contraire.

Une guerre pensée dès 2025

Chacun des camps en présence a tiré les leçons des douze jours de guerre de juin 2025 pour se préparer à l’épisode que nous vivons aujourd’hui. Du côté israélien et américain, le constat est clair : les menaces militaires de l’Iran des mollahs ont été contenues mais non annihilées.

Le pouvoir des mollahs a jusque-là choisi la prudence et la dissimulation dans la conduite de son programme nucléaire. Il continue de s’appuyer sur la menace d’une mise au point finale d’une ogive nucléaire opérationnelle sans passer à l’acte.

Un « État du seuil nucléaire »

En choisissant de rester un « État du seuil nucléaire » (*) , il s’est protégé politiquement et a continué d’éviter des représailles directes. Mais après les dégâts infligés à son programme nucléaire en juin 2025, la tentation d’une fuite en avant devient plus forte.

Une arme de démonstration pourrait être assemblée rapidement et une explosion dans une zone désertique ferait entrer l’Iran dans le club nucléaire, lui octroyant un statut de protection comparable à celui de la Corée du Nord.

Une autre menace possible consisterait à utiliser la quantité disponible d’uranium hautement enrichi pour fabriquer une « bombe sale », capable de semer la panique dans la région en dispersant une contamination radioactive.

Concernant les missiles balistiques à moyenne et longue portée, l’outil industriel de fabrication a été partiellement détruit lors des frappes précédentes. Mais la menace d’un stock opérationnel d’ampleur mal connue demeure.

L’Iran préparée à survivre aux frappes

Face au scénario très probable d’une nouvelle offensive militaire, le pouvoir iranien s’est réorganisé pour survivre. La possibilité d’une décapitation partielle ou quasi totale de ses dirigeants politiques et militaires a été intégrée dans sa planification.

En prenant exemple sur l’organisation militaire de l’Ukraine face aux attaques russes, les centres de commandement iraniens ont été démultipliés et dispersés ces derniers mois. Rendus autonomes, ils sont capables de continuer à conduire des opérations et à lancer des frappes même si plusieurs niveaux de commandement sont neutralisés.

La conduite actuelle des opérations militaires iraniennes laisse penser que cette réorganisation a bien été mise en place et fonctionne.

Une stratégie pour régionaliser la guerre

Mais c’est aussi la stratégie globale qui a évolué. Le pouvoir iranien ne s’en est d’ailleurs pas caché : il ne s’agit plus seulement d’un face-à-face avec Israël et les États-Unis. L’objectif est d’entraîner l’ensemble des États de la région dans le conflit.

Pour cela, Téhéran a mis en place deux lignes de défense : 1/ La dispersion et l’enfouissement de ses moyens de défense et de riposte militaires. 2/ La déstabilisation de l’économie pétrolière mondiale et la menace d’une crise économique majeure destinée à décourager les ardeurs guerrières de ses adversaires.

Tout indique désormais que les deux camps se sont préparés à un conflit appelé à durer. Les plans de bataille mis en place semblent se dérouler selon les scénarios envisagés. Chaque camp affiche sa détermination et attend que l’autre soit le premier à reculer.

Dans ce contexte, les scénarios politiques devront attendre. L’issue dépendra d’abord du rapport de force militaire.

La vulnérabilité des États du Golfe

L’Iran a parié sur la faiblesse militaire des pays arabes du Golfe et sur leur prudence politique. Mais si l’Arabie saoudite confirme les limites de son appareil militaire, les Émirats arabes unis ont démontré leur capacité à intercepter plusieurs attaques aériennes iraniennes visant leurs infrastructures.

Cette guerre révèle néanmoins la fragilité stratégique de l’ensemble des États du Golfe. Leur richesse repose sur un équilibre précaire qui dépend largement de la protection militaire américaine.

Il ne fait guère de doute que Donald Trump cherchera à exploiter cette évolution du rapport de force entre la puissance financière du pétrole et la protection militaire américaine.

Le Hezbollah joue son va-tout

En répondant aux sollicitations de Téhéran, le Hezbollah joue son va-tout face à Israël. L’État hébreu voit dans cette implication l’occasion de frapper durablement les capacités militaires du mouvement chiite et de placer le pouvoir libanais devant ses responsabilités pour rétablir sa souveraineté sur l’ensemble du territoire.

Les Palestiniens oubliés, seuls et démunis

Dans ce conflit régional en expansion, les Palestiniens apparaissent une fois de plus comme les oubliés. Le Hamas profite du chaos régional pour tenter de reconstituer ses forces et consolider son emprise sur ce qu’il contrôle encore de la bande de Gaza. Dans le même temps, l’Autorité palestinienne apparaît isolée et impuissante face à l’accélération de la colonisation israélienne en Cisjordanie.

Sa stratégie d’appel à un droit international devenu largement inopérant montre aujourd’hui ses limites.

Alors que la région bascule dans une nouvelle confrontation stratégique, la question palestinienne se retrouve reléguée à l’arrière-plan. Face à l’impuissance de l’Europe et à la fragilité des pays arabes censés la soutenir, l’Autorité palestinienne devra probablement réinventer sa stratégie et sa crédibilité en ne comptant plus que sur ses propres forces.

(*) Un État du seuil nucléaire est un pays qui possède les capacités techniques et les matières fissiles nécessaires pour fabriquer rapidement une arme nucléaire, sans avoir officiellement franchi le pas de la produire.


📢 Abonnez-vous à la Newsletter de Grands Reporters

Vous aimez le grand reportage, l’actualité du monde?

Recevez la NL hebdomadaire avec l’édito de grands-reporters et les articles les plus lus de la semaine

Chaque semaine une sélection d’articles de terrain. Sans intrusion, sans engagement, sans aucun formulaire de renseignements.

Adhésion immédiate et gratuite
Un simple nom et une adresse e-mail suffisent
✅ Plus l’accès à plus de 3 000 articles, d’enquêtes, de reportages

📩 Inscription en un clic ! Cliquez sur le pavé jaune « La newsletter – Abonnez-vous » en haut à droite de la page d’accueil.


Tous droits réservés "grands-reporters.com"