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Il faut arrêter de tirer sur les ambulances

publié le 15/07/2026 par Jean-Paul Mari

Crime de guerre, silence. De l’Ukraine à Gaza, du Liban aux zones oubliées, médecins, secouristes, humanitaires sont désormais des cibles à détruire

Les crimes de guerre se vendent aujourd’hui comme des petits pains sur le marché de la guerre. Ce que l’on croyait réservé aux guerres lointaines, aux guerres de « sauvages » est désormais adopté par de grandes nations, celles qui envoient leurs représentants à l’ONU, costume-cravate et serviette de cuir, parler diplomatie et droit international. Alors qu’on devrait les arrêter à la tribune, en plein discours, pour leur passer les menottes et les envoyer devant un tribunal international. Parce qu’ils piétinent toutes les conventions, de Genève ou d’ailleurs, tout ce qui a été patiemment élaboré et adopté par des juristes et des politiques éclairés, pour civiliser une planète sauvage et sanglante.

Il fut un temps où brandir le drapeau de la Croix-Rouge sur le champ de bataille était un sauf-conduit, un temps où les combattants abaissaient leurs armes au passage d’une ambulance chargée de mourants. C’est fini. Aujourd’hui, en Ukraine, au Liban, à Gaza, la croix en rouge, le drapeau de l’ONU ou le signe d’une ONG n’est plus une protection mais une cible.

D’autant plus facile à abattre que les hommes en blouse blanche qui conduisent les ambulances ou opèrent au bloc croient toujours, eux, – pauvres naïfs – que soigner et sauver l’autre, combattant, civil, ami ou ennemi, fait la différence entre l’homme et la bête. Il fut un temps où un « incident », une ambulance éventrée, des brancardiers abattus, faisaient la une des journaux, indignaient l’opinion, embarrassaient les belligérants. Là aussi, c’est fini.

En Ukraine, le conflit s’est transformé en un conflit ouvert contre les médecins, les secouristes, les humanitaires : 359 soignants tués, près de 400 blessés, 2 881 attaques contre les soins en trois ans, avec une tendance en hausse à la bourse de la mort. Au hasard et parmi d’autres, à Kherson, deux démineurs civils de l’ONG Norwegian People’s Aid tués et quatre autres blessés par une frappe russe, directe, délibérée. Et la photo d’un véhicule onusien éventré par des drones à Ostriv alors qu’il livrait de l’aide alimentaire. On vise, on tire, pour tuer. Aucune erreur possible, aucun regret exprimé. Partout, la grande Russie tache de sang les blouses blanches.

Le Liban, depuis octobre 2023, est devenu l’un des plus meurtriers : au moins 262 morts et 354 blessés. Pas des combattants, pas des terroristes, pas des fanatiques du Hezbollah. Non. Des médecins, des secouristes, des infirmiers, des infirmières. On fait exploser une ambulance au passage, on éventre un hôpital à coups de drones et de missiles. Là encore, un Premier ministre israélien vient affirmer, face à un parterre de journalistes qui lui tendent leurs micros, que son aviation a frappé un nid de « terroristes » au nom du droit à survivre.

À Gaza, les hôpitaux et les chiffres explosent : 645 morts, 818 blessés, recensés. Les chiffres, ces nombres glacés qui masquent l’horreur individuelle. Une affaire, une seule, a réussi à briser l’anonymat, peut-être parce qu’elle n’est pas survenue entre canicule et Coupe du monde. Celle de Hind Rajab, fillette de 6 ans, qui a appelé le Croissant-Rouge de sa voiture sous les tirs d’un char. 

Dans le véhicule, toute sa famille était déjà morte. L’organisation obtient de l’armée israélienne l’autorisation d’envoyer un véhicule pour la secourir. Puis le contact est perdu avec les secouristes. Douze jours plus tard – 12 jours – la fillette puis les deux secouristes sont retrouvés morts dans leur voiture pulvérisée par un tir de char à courte distance. On identifie, on cible, on détruit.

Ah ! les chiffres ! Plus de 1 010 travailleurs humanitaires tués en trois ans, 455 soignants abattus en 2025… il y a de quoi s’y perdre. Sauf que chacun d’entre eux est un crime de guerre. Une horreur, un crachat répété à la face du monde, un déshonneur pour ces nations qui prétendent parler au nom du monde civilisé. En piétinant nos valeurs essentielles. Et qui, par notre silence complice, nous déshonorent tous.

Parce que nous ne sommes pas capables de leur dire à voix haute et forte, à la tribune de l’ONU, à Bruxelles ou face à face, de nation à nation, que tirer sur les ambulances est un retour en barbarie.


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