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Israël–Iran : une guerre sans lendemain ?

publié le 20/06/2025 par Marc Lefevre

Une semaine de guerre a démontré la force d’Israël et la vulnérabilité iranienne, mais aussi les incertitudes sur les objectifs réels et l’issue politique d’un conflit majeur dans la région

L’aveuglement stratégique de Téhéran

Les mollahs se sont piégés eux-mêmes en relançant des négociations hasardeuses avec Donald Trump sur un nouvel accord nucléaire. En entretenant leur stratégie du seuil — faire planer la menace d’une capacité nucléaire sans jamais l’atteindre — ils ont usé la patience de l’AIEA. Son communiqué d’alerte a été utilisé par Benjamin Netanyahou pour saborder les discussions et relancer l’initiative militaire.

Tous les services de renseignement s’accordaient pourtant à dire que l’Iran avait cessé depuis longtemps ses efforts directs pour fabriquer une arme nucléaire. Mais l’insistance du régime à préserver ses capacités d’enrichissement a offert à Israël un prétexte opérationnel, que Netanyahou a saisi.

L’occasion de frapper un régime qui revendique la destruction d’Israël

La population israélienne a largement perçu cette confrontation comme une occasion de frapper un régime qui revendique ouvertement la destruction d’Israël. Malgré les risques, l’opinion publique a soutenu l’offensive.

La neutralisation rapide de la défense antiaérienne iranienne s’explique autant par la supériorité technologique de Tsahal que par l’incompétence d’un commandement iranien fondé sur la loyauté idéologique plutôt que sur la compétence militaire. Les assassinats ciblés de chefs militaires iraniens révèlent aussi l’efficacité du renseignement israélien et les complicités internes au régime.

Drones et missiles : Téhéran change de tactique

Le conflit est avant tout aérien. Israël enchaîne les frappes ; l’Iran riposte par drones et missiles balistiques. Les experts estiment que l’Iran dispose encore d’environ 2 500 missiles, ce qui laisse envisager un conflit de un à deux mois si le rythme se maintient. Le premier bouclier israélien, le Dôme de Fer, conçu contre les roquettes gazaouies, a neutralisé l’essentiel des drones iraniens — près de 1 000 à ce jour, sans qu’aucun n’atteigne sa cible. Ce dispositif est renforcé par des frappes en amont sur les vecteurs aériens.

Contre les missiles balistiques, Israël a ciblé dès les premières heures 400 lanceurs, fixes ou mobiles, répartis en Iran. La majorité de ceux situés à l’ouest a été détruite. Parallèlement, les drones de surveillance israéliens traquent les lanceurs en cours de déploiement, notamment les missiles à combustion liquide, longs à préparer. Résultat : après une première salve massive, l’intensité et la précision des tirs iraniens ont baissé.

Mais Téhéran a changé de tactique : il utilise désormais des missiles à combustible solide, plus rapides à déployer et basés à l’est, donc hors de portée immédiate des raids israéliens.

Quel objectif ?

Selon le ministère de la Défense israélien, le taux d’interception des missiles balistiques iraniens avoisine 80 à 90 %. Mais une quarantaine ont atteint leur cible. Chaque projectile transporte entre 450 kg et une tonne d’explosifs. Les dégâts sont considérables dans un pays densément urbanisé. Bilan provisoire : 25 morts, plus de 200 blessés, , des milliers de déplacés. Le jeudi 19 juin, l’Iran a employé des bombes à fragmentation, interdites par les conventions internationales, aggravant encore les destructions.

Malgré un discours officiel de victoire, nul ne peut estimer avec précision les dommages infligés au programme nucléaire iranien. L’opposition israélienne soutient l’objectif militaire, mais critique l’absence d’une stratégie politique de sortie. Elle dénonce un flou sur les finalités réelles du conflit.

Trump mis devant le fait accompli

Les secours sont efficaces, la population fait preuve de calme et de sang-froid. Mais l’inaction du ministère des Finances, dirigé par Bezalel Smotrich, face au gel économique généralisé, suscite des critiques croissantes. L’opinion publique espère une entrée rapide des États-Unis dans le conflit. En agissant unilatéralement, Netanyahou a mis Trump devant le fait accompli, misant sur une solidarité automatique. Pari risqué. L’ancien président, fidèle à ses réflexes, tweete mais n’intervient pas.

Cette réticence pourrait lui coûter cher politiquement — et affaiblir durablement l’alliance avec son « meilleur ami », Benjamin Netanyahou.


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