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Israël : la machine à mentir

publié le 25/09/2026 par Jean-Paul Mari

À Gaza, Israël mène depuis longtemps une guerre de l’info. La méthode : la « Hasbara », censure, propagande et mise en cause a posteriori des victimes

Photo : Le bureau de presse du gouvernement israélien organise des tours pour la presse, comme ici le 14 octobre, où Benyamin Netanyahou était en visite dans les kibboutz de Kfar Aza et Be’eri près de Gaza. AVI OHAYON / ISRAEL GPO/ZUMA PRESS/MAXPPP/MAXPPP

Un film documentaire, Naza, applaudi vingt-cinq minutes à la Mostra de Venise mais fortement décrié en Israël, a relancé la controverse sur la vérité de l’information pendant la guerre à Gaza. Naza souffre d’un déficit journalistique : il ne cite ni les noms, ni les grades des témoins, ni les lieux des faits. Cela peut se comprendre lorsque l’on sait que le ministre israélien de la Culture a demandé que les réalisateurs, qualifiés de « traîtres », soient déchus de leur nationalité. Rien moins.

Cette polémique met surtout en lumière le problème de l’information officielle du gouvernement Nétanyahou, devenue une véritable entreprise de désinformation.

Récemment, plusieurs médias, dont Le Monde, ont rapporté le témoignage rare et précis d’une source militaire décrivant de l’intérieur la méthode israélienne à l’œuvre. Un exemple : le 25 août 2025, une frappe israélienne détruit un bâtiment de l’hôpital Nasser, dans le sud de l’enclave. Bilan : 22 morts et 50 blessés, parmi lesquels des soignants ainsi que des correspondants de l’Associated Press et de Reuters. Une caméra filme la seconde frappe, lancée alors que journalistes et secouristes viennent en aide aux victimes de la première explosion. Un crime de guerre.

Pour éviter le scandale, la hasbara, la machine de propagande israélienne, se met en marche. La source militaire explique qu’il s’agit d’enclencher un « recadrage rétrospectif ». En clair : chercher à tout prix à relier les victimes au Hamas. Tout est bon : le moindre rapport, un proche, un contact suffisent à déclarer, comme l’a fait l’armée, que six des victimes étaient des « terroristes du Hamas », l’ennemi qui menait une collecte de renseignements.

De quoi jeter la suspicion, même provisoire, sur les faits et gagner la bataille de la vérité immédiate. Au passage, le pire est qu’il peut arriver que des victimes dites « civiles » se révèlent effectivement être des combattants du Hamas, mouvement connu pour mentir comme il respire.

Dans un deuxième temps, Israël annonce une « enquête », le temps de prendre son temps. En réalité, ces enquêtes qui n’en finissent pas de durer sont de très mauvaises blagues.

En septembre 1996, Manoocher Deghati, photographe de l’AFP, est atteint d’une balle à la jambe à Ramallah. L’armée « enquête ». En mai 2001, Bertrand Aguirre, journaliste à TF1, reçoit une balle en plein cœur alors qu’il vient de faire un plateau. Il est sauvé par son gilet pare-balles. En octobre 2000, Jacques-Marie Bourget, grand reporter à Paris Match, a le poumon traversé par une balle à Ramallah. Dans ces trois cas, comme dans une centaine d’autres, les enquêtes sont classées, sans conclusion ni sanction.

On se souvient également du petit Mohammed Al-Durrah, tué à Gaza d’une balle de sniper israélien. Devant le scandale, l’armée finit par accumuler les rapports et les « éléments nouveaux » pour nier l’incontestable et démontrer que le garçon aurait été assassiné par une balle palestinienne ayant suivi une trajectoire à 360 degrés.

La méthode de l’« incrimination rétrospective » s’inscrit dans une politique constante d’Israël visant à contrôler l’information, à la manière d’un régime autoritaire. D’abord, un rappel essentiel : depuis deux ans et demi, aucun reporter international n’a été autorisé à entrer à Gaza. Quant aux journalistes israéliens, 6 265 articles ont été caviardés par la censure officielle depuis 2024, et 1 635 ont été totalement interdits. Les médias n’ont pas le droit de signaler les passages rayés ni même de dire qu’un article a été censuré.

Aucune autre démocratie occidentale n’applique de telles méthodes. Israël, État sophistiqué, utilise même des influenceurs envoyés à Gaza pour nier la famine, accuse tout opposant d’antisémitisme et s’aide de l’intelligence artificielle, nourrie de dizaines de rapports bidons, pour influencer l’opinion. Parmi les questions ainsi promues : « L’armée israélienne est-elle la plus morale du monde ? » Une forme d’humour.

Le résultat ? De moins en moins de personnes, dans le monde, croient la hasbara. Israël, qui a perdu toute crédibilité, est désormais perçu pour ce qu’il est devenu : une machine à mentir.


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