Itamar Ben Gvir : portrait d’un fanatique devenu ministre
Provocateur ultranationaliste, suprématiste et raciste, le ministre de la Sécurité nationale incarne l’extrême droite la plus radicale du gouvernement Netanyahu
Il y a trente ans à peine, l’homme aurait fait scandale et poursuivi, voire interdit comme son mentor le rabbin raciste Meir Kahane. Aujourd’hui, il fait partie du pouvoir, au plus haut niveau, chargé de la Sécurité nationale. Et son parcours illustre la dérive d’un pays. Mais qui est Itamar Ben Gvir ?
Issu d’une famille non-religieuse
Il vient de se distinguer en humiliant dans des situations de totale soumission, agenouillés tête au sol, les mains attachées, des dizaines de militants propalestiniens venus du monde entier et dont les bateaux en route pour Gaza ont été interceptés par les autorités israéliennes. Le ministre a diffusé la vidéo sur sa propre chaîne Telegram. 400 de ces protestataires ont été arrêtés, maltraités, parfois frappés. Et ont pu témoigner de ces violences. Le ministre, lui, jubile. Il jette, la mine ravie : « maintenant, ils font moins les héros. » Provoquant un tollé général, des demandes d’excuses de plusieurs pays européens, et même le désaveu de Netanyahu.
Mais qu’est-il arrivé à cet homme, né sur les hauteurs de Jérusalem d’un couple non religieux, d’origine orientale irako-kurde ? Contrairement à la pratique familiale, il porte dès l’adolescence la Kippa. À 14 ans, au début des années 1990, il milite dans l’extrême-droite, comme membre du parti sioniste religieux Kach et Kahane Chai.
Un disciple du rabbin raciste Meir Kahane
L’organisation est interdite en 1994 au titre des lois anti-terroristes par le gouvernement israélien. Fondé par le rabbin américain Meir Kahane, partisan d’une ségrégation totale entre juifs et non-juifs, de la mise en esclavage des non-juifs vivants en Israël, du retrait du droit de vote pour les Arabes israéliens, de l’expulsion des Palestiniens des territoires occupés. Le créateur de cette organisation radicale interdit de se présenter aux élections en Israël, finira assassiné par El Sayyid Nosair, un extrémiste islamique américain d’origine égyptienne. Itamar Ben Gvir n’a semble-t-il pas renié grand-chose de ces idées de jeunesse qualifiées de fascistes en Israël même…
Ultra nationaliste, suprématiste, raciste, homophobe, antilibéral et antidémocrate, convaincu par la prééminence des lois divines et du peuple élu, partisan de Grand Israël englobant le Sinaï, le Liban, une partie de la Jordanie et bien plus encore, le ministre de la Sécurité nationale a depuis longtemps oublié toute mesure.
Un criminel promu ministre
Itamar Ben Gvir a été poursuivi plus de 50 fois par la justice israélienne pour racisme, incitation à l’émeute ou encore propagande terroriste. Et c’est ce furieux que Benjamin Netanyahu a nommé ministre de l’intérieur avec un pouvoir étendu sur la police et la justice du pays. Une terrible responsabilité qui tire son gouvernement vers les abîmes de la haine. Le Premier ministre sait pourtant parfaitement à qui il a à faire. Un partisan de l’assassinat politique qui se félicite de l’attentat contre Yitzhak Rabin par un militant d’extrême droite.
Ben Gvir ne cache pas son admiration pour Yigal Amir, le meurtrier du premier Ministre israélien d’alors, général, membre du Parti travailliste, partisan de la Paix, promoteur des accords d’Oslo, prix Nobel de la Paix. Pour l’actuel ministre de la Sécurité nationale, cet homme-là est un « traître » qu’il aurait fallu juger.
« Gaza, Gaza, est un cimetière ! »
Avocat à partir de 2011, Ben Gvir se spécialise dans la défense des extrémistes accusés de violence contre des Palestiniens. En particulier de Ben-Zion Gopstein et de deux adolescents, accusés d’avoir brûlés vifs un couple et leur bébé. Son parti, Force juive est le prolongement du parti de Kahane. Il souhaite officiellement la disparition des palestiniens. Pendant la guerre de Gaza, ses partisans dansent et chantent : « Gaza, Gaza, est un cimetière ! Il n’y a pas d’école à Gaza, parce qu’il n’y a plus d’enfants à Gaza ! » Jusqu’en 2020, il expose dans son bureau une photo de Baruch Goldstein auteur d’un massacre à Hébron où 29 Palestiniens ont perdu la vie.
On n’en finirait pas d’énumérer ses éructations anti-palestiniennes de ce fanatique qui confinent à l’appel au meurtre ni de lister les conditions abominables qu’il a réservées aux prisonniers arabes. Il ne faut pas oublier qu’à la mi-avril il a réussi à faire voter à la Knesset une loi autorisant la peine de mort pour les seuls Palestiniens. Il célébrait alors ses 50 ans. Sa femme lui a offert un gâteau d’anniversaire orné d’un nœud coulant…
Le 7 octobre, une aubaine politique
Pour cet homme-là, le pogrom du 7 octobre 2023 a été une vraie aubaine. Le Hamas a massacré, avec des raffinements de cruauté, 1 200 juifs plutôt de gauche, habitants des kibboutzim à la frontière de Gaza qui tentaient d’entretenir avec leurs voisins palestiniens des rapports pacifiés. Des traîtres donc. Et cette attaque était pour le ministre une justification de sa politique d’éradication des Palestiniens. 251 personnes ont aussi été prises en otage. Leur sort n’a pas été la préoccupation principale du ministre qui a eu des accrochages multiples, violents avec leur famille. Les parents lui reprochaient ses atermoiements pour libérer des prisonniers palestiniens afin de permettre des échanges.
Ce comportement laisse entendre que le leader de Force juive, si soucieux d’afficher sa religiosité, semble oublier que le judaïsme est aussi une religion du pardon. Le jour de Yom Kippour, on demande à Dieu de pardonner les transgressions accomplies, aux autres de pardonner les erreurs ou les fautes commises à leur endroit, sans oublier parfois de se pardonner à soi-même. Mais qui pardonnera à Itamar Ben Gvir ?
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