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James Talarico : le pasteur qui monte, qui monte, qui monte

publié le 27/08/2026 par Pierre Feydel

Ce chrétien progressiste de 36 ans incarne le renouveau démocrate. Sa notoriété, qui ne cesse de grandir, affole les trumpistes

Un séminariste dans l’arène

C’est un jeune séminariste presbytérien de 36 ans. James Talarico a surgi dans la vie politique américaine en remportant, au Texas, les primaires démocrates pour les élections sénatoriales à venir. Et déjà, il apparaît comme celui qui pourrait transcender le clivage gauche-droite qui paralyse le Parti démocrate. Un pari qui pourrait être à la hauteur de ce titulaire d’un « master en divinité », un diplôme de théologie permettant de devenir ministre du culte, délivré par le séminaire presbytérien d’Austin. Avant de porter la parole de Dieu, le jeune homme a aussi enseigné dans des territoires défavorisés du Texas. Depuis 2018, fermement engagé en politique, il représente la 50e circonscription à la Chambre des représentants de son État.

Ce prêcheur a choisi un positionnement politique inédit, nourri par sa foi, tout en s’opposant à toute forme de christianisme d’extrême droite. Déjà, la presse américaine le voit comme une des stars de l’opposition au président, une de celles qui pourraient faire basculer les majorités au Sénat et à la Chambre des représentants lors des élections à mi-mandat. Barack Obama l’a qualifié de « jeune homme absolument talentueux ». Et les trumpistes craignent qu’il l’emporte dans un État qui n’a pas élu de sénateur démocrate depuis 38 ans.

La foi contre le nationalisme chrétien

La religion pèse lourd dans la vie et la pensée de James Talarico, Texan de la 8e génération et fils d’un pasteur baptiste. L’Église presbytérienne à laquelle il appartient est fondée, en 1560, par un proche de Jean Calvin, John Knox, figure essentielle de la Réforme en Écosse. Le père du roman historique Walter Scott, dans « Le Puritain d’Écosse », publié en 1816, a mis en scène les luttes sanglantes au XVIIe siècle, en Grande-Bretagne, entre ces presbytériens rigoristes et les troupes royales. Cette branche du protestantisme se répand au pays de Galles, en Irlande du Nord, gagne l’Amérique et le monde anglo-saxon.

Ces églises sont dirigées par des synodes, des assemblées où se mélangent laïcs élus et pasteurs. Une organisation démocratique loin des hiérarchies papistes. Des églises où l’on croit à la souveraineté absolue de Dieu et à l’autorité suprême de la Bible. Dans ses discours, James Talarico puise sa radicalité dans les Évangiles et s’en sert, non sans populisme, pour dépasser les clivages politiques traditionnels.

La fracture entre le haut et le bas

Lorsqu’il annonce sa candidature au Sénat, en septembre 2025, le jeune séminariste assène : « La plus grande fracture dans notre pays n’est pas entre la gauche et la droite. Elle est entre le haut et le bas. » Il s’en prend ce jour-là aux milliardaires qui divisent le peuple pour mieux le soumettre. Comme le note « Le Grand Continent », James Talarico maîtrise parfaitement « les codes visuels des réseaux sociaux ». Il s’exprime, monté sur un pick-up devant une église, entouré de jeunes gens enthousiastes. La revue remarque : « Comme le maire de New York, Zohran Mamdani, il a créé un nouveau modèle de communication loin des médias classiques », proche d’un électorat jeune. En quête de sens.

Et il s’en prend aux seigneurs de la tech, ralliés à Trump, qui utilisent leurs algorithmes pour mieux dominer le peuple qu’ils divisent. Mais le candidat au Sénat des États-Unis n’en reste pas là. Depuis presque trois ans, il s’en est pris à ce qu’il appelle le « nationalisme chrétien ». Il attaque vigoureusement tous les mouvements extrémistes qui ont dévoyé, selon lui, le message de l’Évangile.

La censure qui se retourne contre CBS

Il proclame déjà, en 2023, dans un sermon : « Ils ont récupéré le fils de Dieu. Ils ont transformé cet humble rabbin en fasciste armé jusqu’aux dents, homophobe, climatosceptique, cupide et semeur de peur. » Voilà Jésus ramené dans le bon camp. Et la religiosité des trumpistes renvoyée à leurs déviances. Retour à l’Église des origines, celle qui veut bouleverser le monde. Pour ce qui concerne notre prêcheur, il s’agit « seulement » de bouleverser la politique américaine, de retourner contre Donald Trump ses propres arguments sur la toute-puissance de la tech et de l’argent, et d’une conception du christianisme exempte de bienveillance, d’esprit de charité ou de partage. Son progressisme chrétien, solidement arrimé aux Évangiles, nourri de citations bibliques, n’a cependant rien d’évanescent. Il s’ancre solidement dans le siècle.

Et visiblement, ça marche. Les médias s’arrachent ses interviews. Jusqu’au très trumpiste podcasteur Joe Rogan, conquis, qui lui voit un destin présidentiel. Il est désormais une menace pour le trumpisme, ce qui amène les affidés du président à commettre des erreurs. En février de cette année, James Talarico est l’invité du « Late Show » de Stephen Colbert. Mais la chaîne CBS le déprogramme, sous la pression de Brendan Carr, l’homme de Trump à la tête de l’instance de régulation des médias, la Commission fédérale des communications.

« Les derniers seront les premiers »

Colbert s’insurge, dénonce cette soumission et décide d’interviewer le séminariste sur la page YouTube de son émission. La vidéo de l’entretien est vue plusieurs millions de fois en 24 heures. Le candidat démocrate recueille 2,5 millions de dollars de dons pour financer sa campagne. La censure trumpiste s’est retournée contre ses auteurs. James Talarico semble avoir fait sienne la parole de l’apôtre Matthieu selon laquelle « les derniers seront les premiers ». Et il ne s’agit pas que d’un discours social, mais aussi d’une vraie intention morale. De quoi faire s’étrangler de rage Donald Trump et sa clique.


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