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Kevin Roberts, ministre de la propagande trumpiste

publié le 10/11/2025 par Pierre Feydel

Ce très influent idéologue à la tête de la puissante Heritage Foundation veut changer le régime politique américain et démolir la démocratie

Un colporteur en chef du trumpisme en Europe

Habitué des tournées en Europe, Kevin Roberts est venu en France, entre autres, en mai 2025. Le président de la très puissante Heritage Foundation était là pour porter la bonne parole trumpiste à la droite locale et manifester son inquiétude pour un pays gangrené par l’immigration, le progressisme, l’étatisme et toutes les tares auxquelles l’actuel président des États-Unis tenterait de mettre fin dans son propre pays. I

l n’est pas sûr que l’exemple trumpien soit paré de toutes les vertus pour les opinions européennes, fussent-elles de droite et de la droite la plus dure. La façon dont la « vieille Europe » est traitée n’aide pas son allié — ou supposé tel — à se rendre sympathique. Kevin Roberts fait figure de colporteur en chef du trumpisme, venant soutenir les extrêmes droites européennes et maintenir un réseau d’alliances avec elles.

Suidste, né en Louisiane, éduqué au Texas

Kevin David Roberts a 51 ans. C’est un pur Sudiste, né en Louisiane, qui a fait ses études d’histoire dans son État d’origine puis à Virginia Tech et à l’université du Texas. Ce catholique très conservateur commence par fonder des écoles confessionnelles, privées et indépendantes. Mais surtout, président du Wyoming Catholic College, déjà à la tête d’un think tank conservateur texan, il prend aussi la direction de la Heritage Foundation en 2021. Ce laboratoire d’idées, déjà influent sous Ronald Reagan au début des années 1980, joue un rôle majeur sous Trump en exerçant un énorme ascendant sur les politiques publiques américaines. Mais il prétend aussi répandre son corpus idéologique au-delà des frontières des États-Unis.

Fake news et rhétorique anti-woke

Toujours en 2023, Kevin Roberts est à Budapest pour la Conférence d’action politique conservatrice hongroise. Il y encourage la Hongrie à lutter contre les ennemis internes du pays et de l’Europe toute entière, gangrenée par les idéologies « wok[e] » qui, selon la doxa trumpiste, s’opposent à la famille, à l’Église, à la nation, à la propriété privée. Et le pays, selon lui, doit s’insérer dans une coalition internationale autour des valeurs chrétiennes. Viktor Orbán ne peut qu’approuver. L’historien américain, bien dans la ligne MAGA, a toujours estimé qu’il y avait eu fraude lorsque Biden a remporté les élections de 2020. Il assure aussi que les libéraux américains « soutiennent une législation permettant l’avortement jusqu’à trois jours après la naissance !!! ». Une fake news et une absurdité pour peut-être se faire valoir auprès des plus extrémistes.

Un livre-pamphlet qui enflamme les débats

Dans son dernier livre – « Dawn’s Early Light: Taking Back Washington to Save America » -( « Les premières lueurs de l’aube : reprendre Washington pour sauver l’Amérique »), il emploie une imagerie incendiaire, évoquant à plusieurs reprises la nécessité de « brûler » certaines institutions (le FBI, le New York Times, certaines universités de l’Ivy League — Columbia, Cornell, Dartmouth, Harvard, Princeton et Yale, entre autres). Le pamphlet est préfacé par J. D. Vance, futur vice-président (préfacier identifié). L’intellectuel d’extrême droite y défend aussi des théories du complot et des manipulations diverses pour justifier ses visions de l’avenir du monde. Il va même jusqu’à promouvoir la prière publique pour mieux lutter contre la Chine… Le livre provoque de véhémentes réactions aux États-Unis.

Project 2025

Mais lorsque l’Heritage Foundation rend public le « Project 2025 » avant la présidentielle de 2024, même Donald Trump doit prendre ses distances vis-à-vis d’un texte qui prétend s’attaquer à la démocratie aux États-Unis, menacer les libertés publiques, bouleverser le pouvoir exécutif, supprimer les contre-pouvoirs et créer une présidence toute-puissante. Ce que fait Trump, mais il est alors trop tôt pour le dire. Au bout de neuf mois de présidence de son candidat, Kevin Roberts estime la transformation des États-Unis en bonne voie. Le démantèlement de l’État doit être, selon lui, accéléré. Les sanctuaires où se réfugient les immigrés et les gauchistes doivent être éliminés. Y résideraient « 268 000 criminels ». Le ministère de l’Éducation nationale doit disparaître et des dizaines de milliers de fonctionnaires licenciés.

Objectif : changer de régime

Pour ce visionnaire, il s’agit d’un véritable changement de régime, comme il l’explique lors d’une interview à la revue Le Grand Continent. L’une de ses préoccupations principales est que cette révolution conservatrice puisse se poursuivre après 2028, après le second mandat de Trump — que ce dernier ose ou puisse ou non se représenter. L’élan de ce qu’il appelle « le nouveau mouvement conservateur » doit être maintenu. L’idéologue a donc lancé son think tank dans un travail intense de propagande sur le terrain. Il vise quatre ou cinq États clés au moment des élections de « midterm » l’année suivante. Pour le moment, la victoire de gouverneurs démocrates en Virginie et dans le New Jersey, le 4 novembre, montre que ce n’est pas gagné. Une claque pour Trump; pour Kevin Roberts, une péripétie et un encouragement à redoubler d’efforts pour faire valoir ses idées.


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