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L’Afrique du Sud, nouvelle cible de Trump

publié le 11/06/2025 par Jean Paul de Gaudemar

Nouveau guet-apens en direct dans le Bureau ovale. Derrière le show de Trump, la volonté de contrôler l’Afrique

Mise en scène dans le Bureau ovale

La scène est presque surréaliste dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche, transformé en véritable studio de télévision. Au centre, Trump et son invité du jour, Cyril Ramaphosa, président de l’Afrique du Sud. D’un claquement de doigts, Trump exige qu’on éteigne les lumières pour ne laisser place qu’aux projecteurs.

Devant un Ramaphosa manifestement médusé, Trump sort un jeu de photos. On distingue à peine ce qu’elles montrent. Il commente : pourquoi ces Blancs ont-ils été expulsés de leurs terres? Pourquoi tel autre a-t-il été tué ou lynché ? En somme, un procès inversé de l’apartheid.

Bien que stupéfait, Ramaphosa tente de répondre. Puis la scène s’interrompt. Une fois de plus, Trump a livré son show, vu par le monde entier.

Un guet-apens soigneusement orchestré

Cyril Ramaphosa ne s’attendait pas à un tel accueil, même si le précédent de Zelensky, quelques mois plus tôt, aurait pu l’alerter. Son objectif était clair : obtenir un allègement des taxes douanières imposées par Trump aux exportations sud-africaines vers les États-Unis. Mais cette audience s’est muée en piège médiatique. Car Trump voulait frapper fort : montrer que ceux qui le défient doivent être punis. Surtout s’ils viennent ensuite réclamer — la paix pour l’un, la baisse des droits de douane pour l’autre.

Ramaphosa dans le viseur

Le président sud-africain avait osé défier Trump. Peut-être, d’abord, pour rendre service à Elon Musk. Mais ce dernier, au lieu d’éprouver quelque bienveillance pour son pays natal, semble nourrir une nostalgie de l’apartheid. En véritable Afrikaner, il multiplie les provocations et aligne les soutiens à l’extrême droite, des deux côtés de l’Atlantique.

Mais Ramaphosa incarne plus qu’un désaccord personnel. Son pays, membre fondateur des BRICS, s’affiche proche de Moscou et Pékin. Ces derniers mois, d’autres pays africains — l’Égypte, l’Éthiopie — ont rejoint ce club stratégique.

Une humiliation au prix fort

L’humilier, c’est donc adresser un message indirect à ces alliances. C’est aussi répondre à son positionnement politique : Ramaphosa a publiquement soutenu la cause palestinienne. Et il a récemment reçu Zelensky à Johannesburg, en grande pompe. Pire, il lui a proposé de plaider sa cause auprès de Poutine. Une atteinte frontale à l’image que Trump se donne : celle du seul capable de faire plier le Kremlin.

Ce défi justifiait, aux yeux de l’ex-président américain, un guet-apens — en direct, sous les caméras. Trump n’a pas seulement voulu signaler un désaccord politique. Il a aussi voulu contenir l’influence croissante d’un pays — et d’un continent — qui lui échappe.


Encadré

Afrique du Sud :une puissance mal connue

L’Afrique du Sud reste peu connue en Europe, au-delà de l’héritage de Nelson Mandela. Pourtant, malgré la persistance de la pauvreté et un indice de développement modeste, elle s’impose comme l’un des géants du continent. Son sous-sol regorge de ressources. Elle dispose d’une jeunesse nombreuse, d’un savoir-faire technologique solide. Une génération après la fin de l’apartheid, les stigmates s’estompent.

Une enquête récente de Jeune Afrique (La Matinale, 27 mai 2025) classe l’Afrique du Sud en tête des pays africains « les plus performants ». Elle devance nettement l’Égypte et le Maroc. Suivent des pays majoritairement anglophones : le Rwanda, le Kenya. La plupart des États francophones apparaissent au-delà de la dixième place.

Entre fragilités internes et rayonnement continental

La gouvernance reste le point faible de nombre de pays africains. L’Afrique du Sud n’y échappe pas. Secouée par plusieurs scandales, elle ne brille pas dans les classements anticorruption. Ramaphosa lui-même a été accusé de pratiques douteuses.Mais le pays compense ailleurs. Sur le terrain de l’innovation, il fait figure d’exception, grâce à un tissu d’entreprises technologiques de haut niveau. Et Il excelle aussi sur le plan diplomatique.

L’aura de Mandela y joue un rôle, mais pas seulement. Membre influent des BRICS, proche de Moscou et Pékin, Pretoria a su jusqu’ici préserver ses relations avec Washington, notamment grâce à l’AGOA (traité de libre-échange), dont elle est un des grands bénéficiaires. Plus largement, l’Afrique australe — avec l’Afrique du Sud comme moteur — s’affirme aujourd’hui comme la région la plus intégrée du continent, supplantant peu à peu l’Afrique de l’Ouest.


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