Jean-Paul Mari présente :
Le site d'un amoureuxdu grand-reportage

Le feuilleton des « Epstein papers » (1)

publié le 11/02/2026 par Pierre Feydel

Pour décrypter les révélations du scandale, mondial, de pédophilie et de corruption financière, qui fait trembler les pouvoirs et les réputations, grands-reporters.com entame une série d’articles

Une affaire tentaculaire, mondiale, incontrôlable

Elle court, elle court l’affaire Epstein. On pourrait même dire qu’elle galope. Elle franchit les océans, gagne les palais royaux, s’invite dans les parlements et les gouvernements, rôde du côté des riches et célèbres, du monde de la mode comme de celui de la high-tech. Elle raffole du pouvoir, de tous les pouvoirs. Autant de cibles parmi les élites de l’Occident, mais pas seulement.

Cette pandémie est propagée par un virus particulièrement contagieux, mélange fatal de sexe et d’argent. Dès lors, la révélation des symptômes, des turpitudes financières ou sexuelles, fait des personnages affectés, dans le meilleur des cas, des parias, dans le pire, des condamnés. Et c’est une véritable déferlante de révélations qui a surgi de part et d’autre de l’océan Atlantique.

Donald Trump a atermoyé, tergiversé avant de se décider, comme il l’avait promis, sous la pression de l’opinion publique et d’une partie de son propre camp, à faire publier les documents concernant le procès de Jeffrey Epstein. Le milliardaire était convaincu de trafic d’êtres humains, en l’occurrence de très jeunes filles qu’il offrait à ses amis et invités.

3 000 pièces, des milliers d’images, une masse brute jetée au public

Trois mille pièces de dossiers et des milliers de vidéos et de photos lâchées en vrac. Si l’on ne considère que le papier, et qu’une feuille est épaisse de 0,1 mm, cela représenterait une pile de documents de la hauteur de la tour Eiffel.

Cet énorme amoncellement de témoignages et de bouts de présomptions de preuve, impliquant des noms célèbres ou non, a été jeté en pâture au public, à la presse et à l’opposition démocrate, en vrac. Comme par dépit. Sur le thème : « Vous les voulez ! Les voilà, débrouillez-vous ! »

Le nom de Trump apparaît 8000 fois…

Avec sans doute l’idée vaine que ce qu’on y découvrirait, les noms de nombreuses personnalités, ferait diversion et noierait ainsi le gros poisson, Donald Trump, qui apparaît plus de 8 000 fois dans ces textes et ces images.

Mais dans le dossier, beaucoup trop de documents sont caviardés. Selon le ministère de la Justice américaine, c’est pour protéger l’identité des victimes, très jeunes, des agressions sexuelles de Jeffrey Epstein et de ses amis. Cette censure a plutôt, semble-t-il, pour objet de cacher le nom des bourreaux.

D’autres noms de personnalités dans les documents non occultés

Lundi 9 février, deux membres de la Chambre des représentants, le républicain du Kentucky Thomas Massie et le démocrate de Californie Ro Khanna, ont eu accès aux documents non occultés. Ces coauteurs de la loi de transparence sur l’affaire Epstein ont pu, sur ordinateur, se plonger dans la masse des documents.

Dans le peu d’entre eux qu’ils ont pu examiner, les comparant avec les documents livrés au public, ils ont repéré six noms qui avaient été occultés, dont celui de deux personnalités. L’une est assez haut placée dans un gouvernement étranger.

La loi américaine interdit toute rétention de document sous prétexte que cela porterait préjudice à « un responsable gouvernemental, une personnalité publique ou un dignitaire étranger ». Ceux fournis au ministère de la Justice par des grands jurys ou le FBI étaient déjà caviardés, ont expliqué les deux parlementaires. Ils ont donc conseillé à l’attorney general, Pam Bondi, et à son adjoint Todd Blanche, tous deux ex-avocats de Trump, de revoir leur copie.

Quinze ans après, l’affaire change de dimension

L’affaire Epstein date de quinze ans, depuis 2008 et la première condamnation de Jeffrey Epstein. Mais cette fois, elle est plus que relancée. Elle change de dimension en révélant l’ampleur de la corruption et des faiblesses des élites occidentales, mais aussi celles de la Russie de Vladimir Poutine ou de la monarchie saoudienne.

Un scandale désormais mondialisée, aux multiples rebondissements.

Fragilisée, la monarchie britannique a exclu de ses rangs le frère du roi Charles III, le prince Andrew, client du trafiquant de chair humaine. Mise en cause de la princesse héritière de Norvège en raison de sa correspondance nourrie avec le pédophile. Miné, le gouvernement travailliste par la nomination de Lord Mandelson, ami d’Epstein, à l’ambassade du Royaume-Uni à Washington.

En France, a démissionné le président de l’Institut du monde arabe, l’ex-ministre de la Culture Jack Lang, qui, avec sa fille, faisait des affaires avec le milliardaire. Ce ne sont que les personnalités les plus connues. Bien d’autres ont été sanctionnées ou se sont retirées.

Le carburant des complotistes

Partie des États-Unis, l’affaire peut-elle faire le tour de la planète et donner raison à tous ceux qui dénoncent l’hypocrisie occidentale et celle des puissants en général ? Que valent les valeurs des démocraties qui défendent les droits des femmes mais ignorent des organisations criminelles dont l’une des activités consiste à favoriser le viol de très jeunes filles ?

L’affaire crédibilise les pires délires complotistes.

Par exemple, celui de la secte QAnon, soutien de Donald Trump, qui, lors de son élection à son premier mandat, expliquait qu’il existait une cabale mondiale de pédophiles contrôlant le pays. Visés : les démocrates. Depuis, la cible s’est considérablement élargie.

La toile d’araignée planétaire d’influences et de compromissions construite par le milliardaire n’a pas révélé toutes ses proies. Et il resterait encore trois millions de documents supplémentaires à découvrir.

Une onde de choc durable

Les mille victimes, mineures ou très jeunes adultes, n’ont, elles, pas fini de révéler l’identité de ceux qui les ont abusées. Le poison Epstein va faire son œuvre pendant des années. Ces perspectives donnent le vertige.

Pour tenter d’éclairer ses lecteurs, Grands-Reporters entame une série d’articles qui essaieront, pendant les jours et les semaines qui viennent, de rappeler, à travers des portraits de personnages et des mises en situation d’événements, et de décrypter les tenants et les aboutissants de cet énorme scandale.

Les « Epstein papers » n’ont pas fini de secouer la planète.


Tous droits réservés "grands-reporters.com"