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Ghislaine Maxwell, celle qui sait tout (2)

publié le 12/02/2026 par Pierre Feydel

Compagne et complice de Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell, condamnée à 20 ans de prison pour trafic sexuel, détient des secrets explosifs sur des puissants du monde entier

Une rabatteuse au cœur du système Epstein

La compagne, secrétaire particulière, confidente, complice de Jeffrey Epstein depuis 35 ans, est en prison. Elle a été condamnée à 20 ans d’incarcération pour trafic de mineurs en 2022. Elle a contesté sa condamnation devant la cour d’appel fédérale, puis devant la Cour suprême, qui ont rejeté ses recours et confirmé sa peine, ne lui laissant plus guère d’autre issue que l’éventualité d’une grâce présidentielle.

Arrêté à son tour en juillet 2019, le milliardaire a, lui, été retrouvé pendu dans sa cellule. Un suicide aux circonstances curieuses. Du coup, celle qui l’a accompagné pendant des décennies, la rabatteuse qui lui a fourni de très jeunes femmes auxquelles elle expliquait les préférences sexuelles du prédateur, à « l’initiation » desquelles elle participait selon les témoignages de plusieurs victimes, détient un pouvoir considérable.

Ele a tout en mémoire

Cette sorte de mère maquerelle du harem, chargée de l’éducation des filles, dont elle contrôlait le recrutement, sait vraisemblablement tout sur le volet sexuel de l’énorme affaire Epstein. Et, en particulier, qui a fait quoi et avec laquelle ou lesquelles des malheureuses tombées sous son emprise et celle de son compagnon. Il n’y avait pas de liste des clients du couple Epstein, mais reste leur mémoire.

Un témoin clé qui fait monter les enchères

Donc, Ghislaine Maxwell a parfaitement conscience d’être un personnage essentiel de ce scandale planétaire, que ses témoignages peuvent bouleverser la vie de tel ou tel grand de ce monde en ruinant définitivement ses ambitions. Alors, elle monnaie, à la fois son silence et sa parole. Lundi 9 février, entendue par une commission d’enquête bipartisane de la Chambre des représentants, en visioconférence depuis sa prison du Texas, elle a refusé de répondre aux questions des élus qui l’interrogeaient.

Elle invoque, comme c’est son droit, le 5e amendement de la Constitution des États‑Unis, qui donne à tout citoyen américain le droit de ne pas témoigner contre lui‑même. James Comer, le président républicain de cette instance, s’est montré très déçu. Mais Ghislaine Maxwell a une stratégie bien précise. Son avocate a fait directement au président Trump une très perverse proposition.newsmax+1

Une grâce présidentielle contre l’acquittement moral des puissants?

C’est très simple : le locataire de la Maison‑Blanche use de son droit de grâce au bénéfice de la compagne de Jeffrey Epstein, et dès lors elle témoigne que ni Donald Trump, ni Bill Clinton n’ont commis le moindre abus sexuel. Avec un gros risque : si, dans les millions de documents jetés en pâture aux parlementaires, à la presse, à l’opinion publique, des preuves apparaissent de leurs abjections, la grâce d’une criminelle aurait été accordée pour rien.

Pour le moment, le président, très occupé par ses activités internationales qui permettent aussi de maintenir une tension médiatique dont il espère qu’elle masquera les rebondissements incessants de l’affaire Epstein, n’a, à ce jour, pas répondu à la condamnée. Elle attend dans sa cellule, dans de confortables conditions de détention. En août 2025, elle a été transférée de la prison de Tallahassee, en Floride, dans un établissement de sécurité minimale à Bryan, au Texas.

« Club Fed » : une prison de luxe

Ce centre de détention accueille environ 600 détenues, uniquement condamnées pour des délits non violents et des « crimes en col blanc ». Le quotidien de cette détenue de 64 ans s’est considérablement amélioré, selon les e‑mails qu’elle a envoyés à ses proches. Les prisonnières peuvent pratiquer des activités sportives, accéder à la bibliothèque, suivre des programmes divers qui les aident psychologiquement et moralement. La prison est surnommée « Club Fed » à cause de son statut fédéral et par allusion au « Club Med », le Club Méditerranée. Pour autant, ce n’est pas un centre de loisirs. Mais les victimes des Epstein se sont élevées contre ce traitement de faveur pour une prédatrice sexuelle.

Bizarrement, avant son transfert, la détenue s’était curieusement entretenue avec Todd Blanche, ancien avocat criminel de Trump et haut responsable du ministère de la Justice. Lui avait‑il déjà promis un traitement de faveur contre son silence ?

Une héritière privilégiée, de Paris à New York

Il est vrai que l’existence de cette femme avait été jusqu’alors privilégiée. Elle est née à Maisons‑Laffitte, en région parisienne. Sa mère, française, est une historienne spécialiste de la Shoah. Son père, Robert Maxwell, politicien et magnat des médias britannique, a été élevé dans une famille juive tchèque. Son groupe est très endetté. Il se livre à des malversations pour tenter de le sauver. En 1991, son corps flottant est retrouvé dans l’Atlantique. Il serait tombé de son yacht.

De la jet‑set à la prison fédérale

Sa fille a toujours pensé qu’il avait été assassiné. Mais ce personnage sulfureux s’occupe soigneusement de cette enfant, la préférée. Il en a huit autres. La jeune fille fait de bonnes études en Grande‑Bretagne qu’elle termine à Oxford, puis travaille avec son père. À sa mort, elle se rend aux États‑Unis où elle deviendra une figure de la vie mondaine new‑yorkaise. C’est là qu’elle rencontre Jeffrey Epstein. Elle devient sa maîtresse, puis « sa meilleure amie », selon le milliardaire.

En tout cas, elle organise sa vie, y compris privée. Fonction qui va la mener en prison. Aujourd’hui, elle est l’unique condamnée de l’affaire Epstein aux États‑Unis.


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