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Avis de tempête en diplomatie (3)

publié le 17/02/2026 par Pierre Feydel

Epstein éclabousse le Quai d’Orsay : mails, visas, réseaux. Paris tente d’éteindre l’incendie

Aux Affaires étrangères, on tremble devant les révélations des dossiers, en espérant qu’il ne s’agit que de quelques cas…

Au Quai d’Orsay, la sidération

Le ministre français des Affaires étrangères est en colère. Emmanuel Macron a expliqué, à propos de l’affaire Epstein, qu’il fallait que la justice américaine passe. Une façon de renvoyer le scandale outre-Atlantique. La présidente de l’Assemblée nationale refuse, elle, de créer une commission d’enquête sur le sujet, estimant, peut-être avec raison, qu’elle risquerait d’interférer avec le travail de la justice. Du coup, le maître d’un Quai d’Orsay en pleine ébullition s’est senti bien seul alors qu’un diplomate français se trouvait gravement compromis.

Quant à la justice américaine, aux mains d’une Attorney General, Pam Bondi, toute dévouée à Donald Trump, elle semble tout faire justement pour ne pas passer. Or, Jean-Michel Barrot veut crever l’abcès au plus vite, d’autant que d’autres noms de diplomates français sont apparus dans les millions de documents jetés en pâture au monde. Le gouvernement français veut éviter à tout prix une situation à la britannique où les liens avec Epstein de l’ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis, Lord Mandelson, nommé par le Premier ministre Keir Starmer, ont gravement fragilisé ce dernier.

L’affaire Fabrice Aidan

Le titulaire du Quai d’Orsay s’est donc dépêché de lancer une enquête interne et de saisir la justice. Depuis que, le 10 février dernier, Radio France et Mediapart ont révélé les liens entre le diplomate Fabrice Aidan et le criminel sexuel américain. Dans les documents du dossier Epstein rendus publics, on trouve des dizaines de mails échangés entre 2010 et 2017 par ce secrétaire principal des Affaires étrangères, alors détaché à l’ONU auprès d’un diplomate norvégien, Terje Rød-Larsen, qui fait l’objet, avec son épouse, d’une enquête pour complicité de corruption aggravée dans son pays, lui aussi en raison de ses liens avec le milliardaire pédocriminel.

On apprend alors que Fabrice Aidan a fait l’objet d’une enquête du FBI, en 2013, pour consultation de sites pornographiques. Son ambassadeur d’alors, Gérard Araud, le renvoie en urgence à Paris aux bons soins de l’administration centrale du Quai, chargée du traitement de ce cas. Aujourd’hui, le diplomate n’officie plus aux Affaires étrangères, mais était conseiller auprès d’Engie, qui s’est empressé de « suspendre ses fonctions ». Il était toujours fonctionnaire du Quai.

Visas et zones d’ombre

Le diplomate français, dont on ignore le degré d’implication dans les activités sexuelles criminelles de Jeffrey Epstein — et peut-être n’y en a-t-il pas —, a aussi fourni à son correspondant et ami des informations diplomatiques dont celui-ci se serait servi pour ses affaires ou pour informer d’autres membres de son tentaculaire réseau mondial. Le gouvernement français a, par ailleurs, « encouragé les femmes qui auraient été victimes de violences sexuelles à parler et à se tourner vers la justice ». En France, l’affaire serait donc à ses débuts. D’autant que déjà, on sait que d’autres diplomates sont concernés.

En 2014, le pédocriminel a sollicité le consul général de France à New York, aujourd’hui ambassadeur de France en Chine. Il s’agit là d’un membre de la diplomatie française d’une autre envergure que Fabrice Aidan. Il avait été sollicité par le milliardaire pour favoriser la venue aux États-Unis de trois « assistantes ». Un petit coup de pouce consulaire pour obtenir des visas d’entrée sur le territoire américain de trois futures membres du harem d’Epstein ? Qu’a reçu le diplomate français en échange de ce service ?

« Je suis sur mon île des Caraïbes avec un aquarium rempli de filles. »

Une troisième personnalité est beaucoup plus compromise. Le nom d’Olivier Colom apparaît 2 000 fois dans les fichiers du ministère de la Justice américaine. Cet énarque a été conseiller diplomatique adjoint de 2007 à 2011 au cabinet de Nicolas Sarkozy, président de la République. Aujourd’hui, il a monté une société de conseil privée. Il fait profiter Marine Le Pen de ses réseaux africains. Ses relations avec Jeffrey Epstein, dont il semble avoir été un important relais parisien, révèlent un certain degré d’intimité.

Le milliardaire lui écrit : « Je suis sur mon île des Caraïbes avec un aquarium rempli de filles. » « Il est sûr que j’apprécierais la vue », répond Colom. La conversation continue. « Certaines sont comme des crevettes, tu jettes la tête et tu gardes les corps. » Réponse du Français : « J’aime les crevettes… » Etc. Donc, le diplomate était parfaitement au courant des activités sexuelles de Jeffrey Epstein, en tout cas de ses goûts. A-t-il pour autant profité des jeunes filles que le milliardaire offrait à ses relations ? Rien ne le prouve.

Les méthodes Epstein

Roi de la manipulation, prince du réseautage, le milliardaire new-yorkais a surtout, à trois reprises, tenté de rencontrer Nicolas Sarkozy par l’intermédiaire d’Olivier Colom. En vain. Les diplomates français incriminés illustrent parfaitement les méthodes de Jeffrey Epstein. Il tente toujours d’acheter ses contacts, en les impressionnant par sa richesse et son propre entregent, par le sexe ou l’argent. Il réclame des services de plus en plus importants et obtient en échange des informations qu’à son tour il transmet à d’autres de ses clients susceptibles d’être intéressés. De la corruption à la compromission. La méthode est infaillible


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