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Pam Bondi, bras armé de Trump dans le piège Epstein (4)

publié le 19/02/2026 par Pierre Feydel

La ministre de la Justice est piégée par l’affaire Epstein. Petit soldat, elle suit aveuglément un maître qui apparaît comme acculé

La crispation du pouvoir

Quand un pouvoir se sent affaibli, il se crispe. Le trumpisme n’échappe pas à cette loi. Car les affaires du président des États-Unis ne vont pas très bien. L’affaire Epstein resserre son étau sur Donald Trump. Et les sondages montrent de plus en plus de critiques vis-à-vis de sa politique intérieure, comme extérieure. Selon l’institut Gallup, sa cote de popularité, en un an, est passée de 47 à 36 %. Un déclin régulier. D’où une certaine nervosité de ses affidés se traduisant par des comportements très agressifs vis-à-vis de l’opposition.

L’audition de Pam Bondi, l’Attorney General des États-Unis, convoquée par la Commission judiciaire bipartisane de la Chambre des représentants le 11 février, a révélé le niveau de tension de la ministre de la Justice de Trump. Elle a attaqué ses interlocuteurs avec véhémence, les insultant, et évitant de répondre aux questions. Selon bon nombre d’observateurs, de ces quatre heures d’audition houleuse, le pouvoir trumpiste n’a rien gagné à ce spectacle, au contraire.

Quatre heures de feu au Congrès

Pam Bondi a accusé les élus d’opposition de pratiquer une politique de « caniveau ». Jamie Raskin, représentant démocrate du Maryland, s’est vu traité de « loser » et d’« avocat raté ». Ce juriste, diplômé d’Harvard, a une carrière de professeur de droit derrière lui. Il est vrai qu’il avait lancé l’offensive en accusant la ministre d’être du côté des auteurs de crimes dans l’affaire Epstein « au détriment des victimes ». Elle a dû aussi subir les assauts de Thomas Massie, un élu républicain cette fois, co-auteur de la loi qui a obligé le ministère à publier les documents du dossier Epstein.

 Ce député lui a demandé pourquoi aussi peu d’hommes liés à l’affaire Epstein faisaient l’objet d’une enquête. La ministre l’a accusé de « délire maniaco-trumpien », sans répondre. Mais le point culminant de cet affrontement a été atteint lorsqu’une autre démocrate, Pramila Jayapal, a dénoncé les caviardages de « personnages puissants » dans les documents, et la divulgation de noms de victimes dont certaines étaient présentes.

Les victimes face à la ministre

Les personnes citées se sont levées et ont témoigné que jamais le ministère de la Justice ne les avait convoquées pour recueillir leurs témoignages. Et malgré la demande de la représentante, Pam Bondi a refusé de s’excuser. Dans l’ensemble, les démocrates ont clairement traité la ministre de « menteuse » et l’ont accusée de vouloir massivement « étouffer » l’affaire.

Une carrière de petit soldat au service de Trump

La ministre est totalement au service de Trump, bien plus que du peuple américain. Pamela Bondi est née en 1965, à Tampa, en Floride. Avocate, elle devient en 2010 procureure générale de cet État très républicain. Elle est la première femme à occuper ce poste. Elle est réélue en 2014 avec 55 % des voix. Trump a participé au financement de sa campagne. Membre du Parti républicain, elle se bat contre le système de santé « Obamacare », contre le mariage homosexuel, pour la peine de mort. En 2018, elle est recrutée par un cabinet de lobbying où elle défend les intérêts de grandes entreprises ou de l’émirat du Qatar. Deux ans plus tard, elle devient l’avocate de Donald Trump lors de son premier procès en destitution.

Le boomerang Epstein

Sa carrière va désormais se dérouler dans l’ombre de son idole. Elle sera un ferme soutien des accusations de fraude dans le processus électoral de plusieurs États lors des élections présidentielles de 2020. Elle refuse de reconnaître la victoire de Joe Biden. Un sans-faute trumpiste dont elle est remerciée par sa nomination au ministère de la Justice lorsque le leader républicain revient au pouvoir en 2024. Et là, elle n’a qu’une politique : protéger le président et satisfaire ses désirs de règlement de comptes.

Des inculpations délivrées comme des pizzas

Au Congrès, Jamie Raskin lui avait lancé : « vous avez transformé le ministère de la Justice en instrument de vengeance de Trump. Il commande des inculpations comme des pizzas et vous vous exécutez. » Les représailles se sont par exemple abattues sur James Comey, directeur du FBI, qui avait osé enquêter sur les liens de Trump avec la Russie. Elles ont aussi frappé Letitia James, procureure de l’État de New York, qui avait lancé une action judiciaire contre la Trump Organization, lui reprochant d’avoir gonflé ses actifs afin d’obtenir de meilleures conditions de prêt. L’inculpation de l’un comme de l’autre est basée sur des motifs futiles. Un juge fédéral les a annulées. Echec. D’autres guettent la ministre.

Boomerang politique

Pam Bondi est prise dans les contradictions de son maître qui assure qu’il publiera tous les documents sur Epstein avant d’atermoyer puis de céder en livrant la moitié des textes censurés. C’est presque pire que s’il n’avait rien rendu public. Les trumpistes ont accusé les démocrates, le couple Clinton, des pires turpitudes dans cette affaire. Et voilà que l’ex-président et sa femme sont prêts à témoigner devant la Commission du Congrès. Donald Trump et sa ministre de la Justice devraient se méfier. Se servir de Jeffrey Epstein pour salir les démocrates risque de se retourner contre les auteurs de boomerang politique.


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