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Le masculinisme, ce mal du mâle américain

publié le 03/07/2026 par Pierre Feydel

Boosté par l’arrivée du trumpisme, cette idéologie violemment anti-femmes peut aller jusqu’au terrorisme. Elle a gagné l’Europe

De la drague humiliante à la guerre des sexes

Il y en a un qui était venu à Paris faire son marché. Mais l’influenceur masculiniste américain Clavicular, ridiculisé par les Parisiennes qu’il a tenté de draguer grossièrement dans la rue, a pris une grosse claque. Chagrin, il en a déduit que toutes les insensibles à son charme préfabriqué ne pouvaient être que des lesbiennes. Ces pitreries ne doivent pas nous leurrer. Le phénomène existe, prend de l’ampleur, procède d’une guerre des sexes qui prétend renvoyer les femmes dans la chambre à coucher et leur dénier tout droit à l’égalité.

Née aux États-Unis où elle a prospéré, cette idéologie misogyne s’est répandue en Europe. Le trumpisme l’a absorbée et lui a donné une nouvelle dynamique, voire une sorte de légitimité. Les propos parfois ignominieux de Donald Trump à propos des femmes, sa détestation de toute forme de féminisme, ne laissent aucun doute sur ses sympathies.

Quand le trumpisme légitime la haine des femmes

Et puis, il y a Pete Hegseth, guerrier de pacotille, adepte de la gonflette en bande organisée, supposé diriger le Pentagone et dont l’activité principale a consisté à purger les états-majors des armées américaines avec une prédilection pour la mise à la porte des femmes et des Noirs aux plus hauts grades. Récemment, il a bloqué les promotions de neuf officiers de l’US Navy, dont trois femmes et deux Noirs. Aucune femme ne sera promue amiral cette année.

Pas très étonnant, il y a peu, le ministre a partagé sur X une vidéo où des pasteurs expliquaient que les femmes ne devraient pas avoir le droit de vote, être soumises à leur mari et ne pas obtenir de poste à responsabilité dans l’armée ou les Églises. C’est donc du plus haut de la pyramide du pouvoir américain que les encouragements masculinistes viennent. « Male America Great Again » serait le dérivé viriliste de la mouvance MAGA.

La matrice d’une violence mondialisée

Le mouvement est né en Amérique du Nord vers 1980. Il s’est construit contre le féminisme, bien sûr, s’est alimenté des peurs masculines de voir des femmes atteindre des postes importants, imposer l’égalité sociale et économique, revendiquer la libre disposition de leur corps, etc. La vague MeToo a accéléré les rancœurs masculinistes. Le « backlash », le retour de bâton, n’en a été que plus violent.

Ainsi, on a vu Mark Zuckerberg, troisième fortune mondiale, cofondateur de Facebook, à la tête de Meta, prétendre que les entreprises étaient « émasculées », suggérer de revaloriser « l’énergie masculine » associée à la « compétitivité » et à « l’agressivité ». Toutes « valeurs » mises à mal par « l’énergie féminine ». Le magnat de la tech estime que la masculinité et la féminité déterminent des attitudes et des compétences physiques, cognitives, morales, différentes selon le genre.

Tycoons de la virilité offensive

Dans le même genre, Elon Musk avait, lui, célébré « le retour de la masculinité » lors de la victoire de Donald Trump en 2024. La célébrité de ces personnages en fait aussi des prescripteurs d’opinion. Et toutes ces billevesées ont des conséquences tangibles. Dans les États les plus trumpistes, Nebraska, Wyoming, les hommes ont un salaire supérieur de 30% à celui des femmes. Sur l’ensemble du territoire de l’Union, les hommes ne sont payés « que » 16% de mieux. Cette situation d’inégalité économique flagrante reste une injustice que le masculinisme entretient et augmente, aux États-Unis comme ailleurs.

Mais la nébuleuse masculiniste américaine, la « manosphère », recèle dans ses rangs des personnages beaucoup plus violents. Charlie Kirk, assassiné en septembre 2025, influenceur suprématiste blanc, masculiniste, créateur de « Turning Point », une organisation visant à mobiliser les jeunes américains sur les valeurs traditionnelles, avait ses entrées à la Maison-Blanche.

Des campus aux réseaux, les gourous de la haine

Il faisait le tour des campus universitaires et y provoquait des débats s’appliquant à ridiculiser ses contradicteurs. À une jeune femme qui lui demandait pourquoi il s’opposait à l’avortement, il avait rétorqué qu’elle n’avait qu’à « assumer ses orgasmes ». Une violence verbale qui, parfois, précède la violence physique. Andrew Tate, autre influenceur célèbre, incarnation d’un masculinisme violent, banni de la plupart des réseaux sociaux, avait trouvé refuge sur X. Il y rassemblait 10 millions d’abonnés.

Réfugié en Roumanie, la police a découvert des femmes séquestrées à son domicile. Il a été inculpé de viols, de traite de mineurs et de blanchiment. Par ailleurs, il était visé par un mandat international de la justice britannique, contenant dix chefs d’inculpation, dont celui de proxénétisme. Bucarest l’a expulsé sous pression trumpiste. Revenu aux États-Unis, en Floride, le procureur général de l’État a immédiatement ouvert une enquête contre lui. Mais l’administration Trump le protège.

Incels, MGTOW, tradwives : l’archipel masculiniste

Ces deux personnages de la « manosphère », composante de l’extrême droite américaine, en illustrent la fureur pouvant aller jusqu’au crime. Les réseaux sociaux, internet sont leur terrain de jeu. La mouvance est multiforme. Depuis les premiers groupes voulant défendre les droits des pères, jusqu’aux « incels », les célibataires involontaires, jeunes hommes s’estimant rejetés par les femmes, particulièrement violents.

Toutes sortes de variétés existent : les « pick-up artists », coachs en séduction, les « tradwives » qui font l’apologie de la femme au foyer, les « Men Going Their Own Ways (MGTOW) », ces hommes suivant leur propre voie qui refusent toute relation avec les femmes, les « lookmaxxers », ceux qui « boostent » leur apparence virile à l’aide du bodybuilding ou de la chirurgie esthétique.

Du féminicide aux attentats

Pour tous ceux-là, le féminicide procède le plus souvent de l’accident et pas de la préméditation. Ces crimes-là, d’ailleurs, ne sont pas un sujet de débat aux États-Unis. Même si, à population égale, il serait trois fois plus important qu’en France. Déjà, des attentats masculinistes ont eu lieu. L’un des premiers, au Canada, à l’École polytechnique de Montréal, a fait quatorze victimes. L’assassin qui avait crié « je hais les féministes ! », s’est suicidé. Il est aujourd’hui, chez les masculinistes, considéré comme un martyr ou un héros.


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