Le QG américain où l’avenir de Gaza se décide sans Israël
À Kyriat Gat, dans le désert du Neguev, Washington dirige désormais un centre international qui supervise Gaza, contrôle l’aide et prépare la nouvelle architecture politique
Kyriat Gat : un entrepôt du Néguev devenu quartier général international
Il y a un mois encore, ce n’était qu’un entrepôt abandonné au bord du désert du Néguev, dans la zone industrielle de Kyriat Gat, connue essentiellement pour l’immense usine de semi-conducteurs d’Intel. Une semaine après le cessez-le-feu imposé au Hamas et à Israël par Donald Trump, le bâtiment s’est mué en centre névralgique de l’après-guerre à Gaza. Les États-Unis l’ont rebaptisé Centre de coordination civilo-militaire (CMCC). Ouvert le 17 octobre, il abrite déjà plus de 600 civils et militaires venus de quarante pays.
Un commandement américain, une présence internationale massive
Le CMCC est dirigé par le général américain Patrick Frank et l’ambassadeur au Yémen, Steven Fagin, assistés d’un général britannique.
Aux côtés des 200 militaires américains et des officiers de Tsahal chargés de la coordination opérationnelle, on croise des délégations européennes – Royaume-Uni, Allemagne, Espagne, France –, des services de renseignement arabes, des diplomates, des agences internationales et des ONG associées aux groupes de travail sur l’avenir de Gaza. L’ONU a validé quelques jours plus tôt le plan de paix américain en 20 points, ainsi que le principe d’une force d’interposition. Une légitimité internationale qui a servi de déclencheur pour ouvrir les portes du centre à la presse.
Un espace de commandement à l’échelle d’un terrain de football
Le CMCC occupe l’intégralité du premier étage ; l’armée américaine contrôle le deuxième, Tsahal le rez-de-chaussée.
Dans le vaste open-space du premier niveau, grand comme un terrain de football, des panneaux rappellent les 20 points du plan Trump. Militaires et civils y travaillent sur les missions de surveillance, de planification et de coordination humanitaire. Israël, mis devant le fait accompli de cette structure placée sous commandement étranger, n’a eu d’autre choix que d’accepter.
Washington prend le contrôle de l’aide humanitaire
Depuis début novembre, les États-Unis pilotent eux-mêmes l’acheminement de l’aide dans les zones évacuées par Tsahal.
Des drones américains – uniquement les leurs – surveillent en continu le trafic des camions. Les flux apparaissent en direct sur les écrans géants du CMCC. Selon un premier communiqué conjoint CMCC-Tsahal, 16 600 camions ont pénétré à Gaza depuis le cessez-le-feu, et 199 cantines de campagne distribuent désormais 1,5 million de repas par jour.

Gaza fracturée en deux zones sous monitoring permanent
Les écrans affichent la nouvelle géographie du territoire :
– la zone « rouge », encore contrôlée par le Hamas, soit 43 % de la bande de Gaza et plus de deux millions d’habitants ;
– la zone « verte », où Tsahal s’est retiré, regroupant 200 000 à 300 000 Gazaouis.
Un cessez-le-feu sous supervision américaine
Les militaires américains se considèrent responsables du respect du cessez-le-feu. La « ligne jaune » séparant les deux forces est surveillée simultanément par Tsahal et par l’armée américaine.
Dans les faits, toute riposte israélienne à des tirs du Hamas est désormais examinée par le CMCC. Netanyahou refuse d’y voir un contrôle préalable humiliant et parle de « concertation », mais les observateurs constatent une fermeté américaine réelle.
Deuxième phase : force d’interposition et nouvelle gouvernance
Le CMCC prépare déjà la suite du plan conclu à Charm el-Cheikh : déploiement d’une force internationale, désarmement du Hamas, mise en place d’une autorité intérimaire à Gaza.
La composition et le calendrier de la future force restent inconnus.
Un projet de nouvelle ville à Rafah
Les groupes de travail étudient un scénario où la réhabilitation commencerait dans la seule zone verte : déblaiement, eau, électricité, santé. Avec un financement des Émirats arabes unis et une maîtrise d’œuvre égyptienne, une nouvelle agglomération serait construite au sud de Rafah pour attirer une partie des deux millions d’habitants confinés dans la zone rouge.

Un désarmement partiel du Hamas qui crispe Israël
Les discussions entre le Hamas et les émissaires de Trump inquiètent responsables politiques et militaires israéliens.
Le mouvement islamiste accepterait de céder le pouvoir à une autorité intérimaire, mais sans disparaître politiquement. Washington envisagerait qu’il conserve des armes dites « défensives », tandis que roquettes et missiles seraient remis à une force internationale.
Un échec politique pour Netanyahou
Les États-Unis continuent de laisser Israël agir contre le Hezbollah au Liban et tolèrent la montée des tensions en Cisjordanie. Mais ce qui se dessine à Gaza – un Hamas affaibli mais toujours présent – est loin des objectifs proclamés par Netanyahou.
Cette demi-victoire sera l’un des enjeux majeurs de la campagne pour les législatives israéliennes de 2026, avec une question : continuer d’écarter l’Autorité palestinienne ne revient-il pas à assurer la survie politique du Hamas ?
Le QG du Néguev où l’avenir de Gaza se décide sans Israël
À Kyriat Gat, dans le désert du Neguev, Washington dirige désormais un centre international qui supervise Gaza, contrôle l’aide et prépare la nouvelle architecture politique.


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