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Les assassins d’Israël

publié le 27/05/2026 par Jean-Paul Mari

Israël n’a plus besoin d’ennemis extérieurs : ses propres dirigeants, ivres d’ultranationalisme, de haine et d’impunité, se chargent eux‑mêmes de tuer le projet israélien et le futur du pays

Les juifs le disent, l’ont écrit, le confessent : leur obsession est la survie. On sait d’où cela vient, du passé proche, l’horreur collective, l’Holocauste. La survie, encore, dès la naissance de l’État, face à des mouvements et des pays qui ont juré la destruction totale d’Israël. Aujourd’hui, le danger physique paraît écarté, le pays, militairement, est trop fort. Et on découvre que ce qui menace le plus Israël est une autre forme de destruction morale, de l’intérieur.

Cela explose parfois à la surface boueuse de l’actualité par des images profanatoires. Celles de militants européens propalestiniens de la flottille pour Gaza, agenouillés, mains liées, brutalisés ; les femmes humiliées, tripotées par des mains vulgaires. Un comportement de soudards. Et au milieu, rayonnant, un homme qui jubile du spectacle. Un chef de milice ? Non. Itamar Ben Gvir, le ministre de la Sécurité nationale. Le même qui, après le vote à la Knesset d’une loi autorisant la pendaison des Palestiniens, et seulement eux, a débouché, hilare, une bouteille de champagne.

Un cas particulier ? Là encore, non. Un autre ministre, et non des moindres, chargé des finances et de la tutelle de la Cisjordanie occupée – loup à la tête des moutons – se proclame « fasciste homophobe » et appelle à « l’effacement des Palestiniens de la carte ». Et encore Avi Maoz, ultrareligieux, secrétaire d’État, poste de rang ministériel ciblé sur l’ « identité nationale». Et d’autres, dirigeants du parti séfarade ultra‑orthodoxe Shas ou du Judaïsme unifié de la Torah, qui détiennent des ministères‑clés, intérieur ou logement. Le tout avec le soutien et la profonde complicité du premier ministre Benjamin Netanyahou.

Alors, tout est possible. Les ultra‑orthodoxes tombent leur masque de religieux introvertis. Ils agressent une religieuse dominicaine en plein Jérusalem et crachent en passant devant les couvents catholiques. Le 14 mai dernier, lors de la « Journée de Jérusalem », les jeunes ultranationalistes juifs, issus des colonies et des yeshivot, défilent dans la vieille ville en gravant « Mort aux Arabes ! » sur les portes, pendant que leurs pères, armés, investissent les villages de Cisjordanie pour pratiquer un nettoyage ethnique. Dans les prisons israéliennes, les coups, la torture, les humiliations, les viols font partie du sinistre quotidien. Oui, tout est permis.

Gaza, Cisjordanie, Liban… après le 7 octobre, ce qui était une légitime réaction d’auto‑défense s’est transformé en représailles interminables, en vengeance pure puis en volonté de domination du Moyen‑Orient. Le discours, lui aussi, a changé. On parle de « race juive », d’hommes supérieurs, sorte d’Übermenschen face aux Untermenschen arabes palestiniens, copie vulgaire d’un discours pourtant subi et honni du passé. Au niveau de l’État, Israël n’est plus l’« État juif du pays d’Israël » mais, depuis une loi de 2018, « l’État‑nation du peuple juif », exclusivement du peuple juif.

L’effet est dévastateur. Qui pourrait aujourd’hui parler de « l’armée la plus morale du monde » ? Qui peut aujourd’hui affirmer que la vague montante de l’antisémitisme en Europe et dans le monde n’a rien à voir avec la situation au Moyen‑Orient ? La violence des trois dernières années en fait presque oublier celle du 7 octobre. Le rappel de l’extraordinaire mémoire de l’Holocauste n’a plus grand effet sur l’opinion. Les hommes en noir religieux apparaissent belliqueux. La figure du juif a perdu son statut universel de victime emblématique pour dériver vers celle, commune, des bourreaux.

Netanyahou et ses ministres fanatiques, en kidnappant les juifs du monde entier, les ont condamnés, pendant au moins une ou deux générations, à affronter le retour hideux de la « haine du juif ».

Jamais aucun gouvernement d’Israël et ses dirigeants n’ont fait autant de mal à leur propre pays. Comme s’ils travaillaient à l’effacement du projet historique de sa création. Les véritables assassins d’Israël, ce sont eux.


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