Les chasses du Comte Donald
Pour Donald Trump, les femmes ne sont que gibier avant de devenir trophée, un machisme de corps de garde qui nourrit un véritable projet politique anti-féministe
Le pouvoir public au service de la domination privée
Le machisme éhonté du 47ᵉ président des États-Unis défraie périodiquement la chronique. Et il ne plaide pas pour son innocence dans l’affaire Epstein, quelles que soient les révélations du dossier du procès du souteneur de luxe, qui devrait enfin être rendu public. Dernier signe de ses obsessions : cette question posée au président syrien en visite à Washington, le 10 novembre : « Combien avez-vous eu de femmes ? » – « Une seule », le présdent syrien répond Ahmed al-Charaa. L’assistance s’esclaffe. Après tout, on est entre hommes. Elle est bien bonne…
Le vice-président JD Vance, interrogé sur ce grotesque échange, s’est empressé de vanter le remarquable sens de l’humour de son maître. Il espère qu’à force de flagornerie, Donald Trump finira par le désigner comme son successeur. En réalité, le président des États-Unis a, à son actif, un lot de grossièretés et d’attitudes misogynes qui révèlent la triste idée qu’il se fait des femmes : du gibier avant de devenir des trophées.
Trump demande au président syrien en visite à Washington, le 10 novembre : « Combien avez-vous eu de femmes ? »
– « Une seule », répond Ahmed al-Charaa.
L’assistance s’esclaffe.
« Quand vous êtes une star, elles vous laissent faire. »
Parlant de lui, vantard, il assurait : « Quand vous êtes une star, elles vous laissent faire. Vous pouvez faire tout ce que vous voulez. Les attraper par la chatte. » Rendu public lors de la campagne présidentielle précédant son premier mandat, ce propos provoque alors un tollé. De nombreuses femmes dénoncent baisers forcés et attouchements indécents du milliardaire à la main leste. Déjà, quand il acquiert Miss Univers, le plus grand concours de beauté au monde, il s’en donne à cœur joie : il harcèle les candidates.
Lorsqu’un procès est intenté contre Trump, fin 2024, pour avoir commis 34 délits de falsification afin de cacher aux électeurs les 130 000 dollars payés à l’actrice X Stormy Daniels pour qu’elle taise sa relation avec lui, personne n’est vraiment surpris. Donald Trump échappe à une condamnation.
Beaucoup de procès, peu de condamnations
Mais il est tout de même puni la même année pour agression sexuelle et diffamation contre l’écrivaine E. Jean Carroll. La chroniqueuse a reçu 78 millions d’euros de dédommagement. Depuis, le locataire de la Maison-Blanche n’a de cesse de faire annuler le jugement. Car il nie toujours tout. Jusqu’ici, le président s’est relativement bien sorti des affaires judiciaires ou médiatiques que son comportement toxique vis-à-vis des femmes a provoquées. Mais, désormais, Donald Trump traîne une réputation.
D’ailleurs, il a porté au pouvoir un esprit viriliste et anti-féministe, qui combat toute forme d’égalité entre hommes et femmes, manifeste son hostilité à l’avortement et rabaisse les femmes qui n’ont pas d’enfant. L’idée, dans l’ensemble, est de les renvoyer à la maison. Et il y a des femmes pour défendre ce discours.
La féminisation comme la fin de la civilisation…
Helen Andrews, par exemple, essayiste, ancienne éditrice de The American Conservative, magazine libertarien et isolationniste très attaché à la famille traditionnelle, a défrayé la chronique à la dernière conférence NatCon (National Conservatism). Cet événement, où se rencontrent depuis 2019 régulièrement les penseurs de la nouvelle extrême droite américaine, est financé par Peter Thiel, magnat de la Silicon Valley, fondateur de PayPal, critique acharné de la démocratie, ex-conseiller de Trump et proche de JD Vance.
Helen Andrews, dans son intervention, a prétendu que « l’accession d’un nombre croissant de femmes à des professions auparavant masculines serait la raison principale de l’essoufflement du modèle américain ». Cette « grande féminisation » irait jusqu’à provoquer la fin de la civilisation. Une partie de l’extrême droite et la mouvance évangélique approuvent.
Les « tradwives » prônent le retour de la femme au foyer
Il faut ajouter à ces délires le mouvement des « tradwives » (épouses traditionnelles), prônant le retour de la femme au foyer. Les confinements du Covid-19 ont donné, aux États-Unis mais aussi en Europe et au Japon, un coup d’accélérateur à cette mouvance. Des influenceuses, prodiguant des conseils pour rendre son mari heureux, se sont multipliées sur les réseaux sociaux. La réaction anti-féministe agit à deux niveaux : par le haut, sur les milieux intellectuels proches du pouvoir ; par le bas, sur la ménagère, dans sa vie quotidienne. Pour le plus grand bien du trumpisme.
Et maintenant, l’Affaire Epstein
Le président, dans la frénésie de ses « executive orders », ces décrets signés devant les caméras dans le Bureau ovale, a aussi pris un texte intitulé : « Défendre les femmes de l’extrémisme de l’idéologie du genre et restaurer la vérité biologique au sein du gouvernement. »
Son secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, lui-même accusé d’agression sexuelle en 2017, s’est empressé d’obtempérer en rabaissant et en limitant le rôle des femmes dans les forces armées américaines. De hautes gradées ont été remerciées sous des prétextes sans lien avec leurs compétences. Le locataire de la Maison-Blanche devrait se méfier. Car, lors des élections de novembre 2024, 45 % seulement des femmes ont voté pour lui, surtout blanches et non diplômées. Et 91 % des femmes noires se sont exprimées en faveur de Kamala Harris, comme 60 % des Hispaniques. Trump a provoqué dans le pays un fort ressentiment chez les plus jeunes et les plus diplômées. Et l’affaire Epstein est loin d’être finie. Le Sénat américain vient d’approuver un texte pour forcer la publication de documents dont ce quui pourrait-être une liste ce personnalités fréquentant les « réunions privées » d’Epstein. Au fait, qu’en pense Melania Trump ?

📢 Abonnez-vous à la Newsletter de Grands Reporters
Vous aimez le grand reportage, l’actualité du monde? Recevez chaque semaine une sélection d’articles de terrain, sans intrusion, sans engagement, et sans formulaire de renseignements.
✅ Adhésion immédiate et gratuite
✅ Un simple nom et une adresse e-mail suffisent
✅ Accès à plus de 3 000 articles, d’enquêtes, de reportages
📩 Inscription en un clic ! Il vous suffit de cliquer sur le pavé jaune « La newsletter – Abonnez-vous » en haut à droite de la page d’accueil.
Et recevez la NL hebdomadaire avec l’édito de grands-reporters et les articles les plus lus de la semaine
📰 Rejoignez la communauté des passionnés du grand reportage dès maintenant !
Tous droits réservés "grands-reporters.com"