Les Russes bientôt hors du Sahel ?
Mali, Niger, Burkina Faso… La Russie, affaiblie par la guerre en Ukraine et en échec militaire au Mali, peut-elle encore miser sur le Sahel ou s’apprête‑t‑elle à s’en retirer ?
Une puissance russe appauvrie en Afrique
Si le soutien russe coûte cher au Mali pour l’entretien des 2 500 hommes de l’Africa Corps, il coûte également à une Russie, en apparence militairement forte, mais à l’économie minée par la guerre en Ukraine et les sanctions occidentales. Mais la Russie n’en profite pas vraiment, car ses installations liées à l’exploitation des hydrocarbures pâtissent à la fois d’un manque d’investissements et des dégâts commis régulièrement par les attaques ukrainiennes sur leurs sites.
Cette Russie appauvrie de Poutine n’est donc guère en mesure de déployer une stratégie offensive en matière économique.
Cette relative impuissance exportatrice, qui contraste singulièrement avec le considérable envol du commerce chinois semble ainsi inciter la Russie à jouer davantage sur d’autres modes d’influence. Au-delà des interventions très particulières de l’Africa Corps, l’État russe s’appuie sur la multiplication des accords de défense, aujourd’hui signés avec une grande majorité d’États africains.
La Russie s’appuie aussi de plus en plus sur le « soft power » que peuvent lui apporter les « maisons russes » de plus en plus implantées sur le continent, à la manière des Instituts Confucius chinois, parfois en lieu et place de certains Instituts français. A la façon des réseaux religieux islamistes, Poutine use de la même carte sur un continent considéré comme particulièrement perméable. Plusieurs pays ont vu ainsi l’édification d’églises orthodoxes.
Le recours intensif au « soft power » russe
Autre élément dans cette lutte d’influence : la communication. Les cellules russes qui s’y consacrent sont désormais reconnues pour leur expertise en matière de désinformation. La France en a été et est encore une des cibles privilégiées, au nom de la lutte contre le colonialisme, comme le sont tous ceux qui s’opposent aux intérêts russes.
À la Russie triomphante, militairement invincible, que voudrait promouvoir Poutine, s’oppose ainsi la réalité d’une Russie appauvrie, militairement médiocre, contrainte d’user de tous les artifices du « soft power » pour maintenir son influence en Afrique.
Faiblesses opérationnelles de l’Africa Corps?
S’il fallait un symbole des difficultés rencontrées par les troupes russes au Sahel, on le trouverait aisément dans le piteux retrait de l’Africa Corps de Kidal, au nord du Mali, prise aux côtés des forces maliennes. Trois ans après, ils négocient par l’entremise de l’Algérie leur retrait de la ville, le front bas, sous les railleries des forces de l’Azawad et des djihadistes, sans avoir vraiment combattu, et en laissant derrière eux leurs camarades maliens retenus prisonniers.
L’image est forte mais elle n’est pas nouvelle tant l’Africa Corps connaît de revers, au Mali mais aussi au Burkina et au Niger, notamment lors de l’attaque surprise contre l’aéroport de Niamey. Bref, ce qu’il advient aux Russes n’est qu’une répétition de ce qui était advenu aux Français après l’opération Barkhane. En ne privilégiant que le combat militaire et la répression violente contre les djihadistes (ou tout autre rebelle), avec pour effet collatéral de frapper les populations civiles, la situation ne cesse de se dégrader.
Les trois juntes sont donc aujourd’hui toutes sur la défensive, et ont abandonné une grande partie de leurs territoires. Leurs efforts militaires leur rendent impossible tout traitement sérieux des difficultés rencontrées par leurs populations.
Des juntes sahéliennes sur la défensive
Les stratèges du Kremlin et Poutine peuvent donc avoir déjà compris que cette guerre était perdue sauf, éventuellement, à y consacrer un effort que ni les juntes ni la Russie elle-même ne sont en mesure de fournir. Rester au Sahel, en appui à des juntes militaires sans véritable avenir, peut donc rapidement devenir une gageure, pire une stratégie perdante. L’Africa Corps, sinon l’armée russe officielle, peut y perdre non seulement des hommes et des matériels, mais plus encore le mythe de son invincibilité. Les quelques bénéfices issus des trafics parallèles auxquels se livrent ces mercenaires pourraient rapidement ne plus faire le poids. La Russie pourrait aussi être tentée de saisir la main tendue habilement par les djihadistes en direction de l’Africa Corps.
Tout autre, par exemple, est la situation en Centrafrique. La situation y est parfaitement maîtrisée, hormis quelques combats contre quelques minorités rebelles et les trafics de métaux précieux, de bois ou d’autres denrées y est bien plus profitable.
Trois scénarios pour Moscou au Sahel
Ce sont donc ainsi trois alternatives qui se présentent à la Russie, au-delà des seuls mercenaires de l’Africa Corps dont le Kremlin a repris le contrôle. 1/ La première consiste à rester au Sahel, notamment au Mali, coûte que coûte. 2/ Auquel cas, deuxième alternative, le repli pourrait être progressif, du Mali vers le Burkina et le Niger, dans l’attente d’une certaine stabilisation. 3/ La troisième alternative, enfin, plus radicale, verrait la Russie et ses troupes quitter, au moins provisoirement, le Sahel, et se replier soit en Centrafrique, soit aux côtés d’un autre pays offrant des rentes de situation comparables contre un soutien en matière sécuritaire.
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