L’esclavage, « c’est notre histoire »
Le 10 mai est la date retenue pour célébrer l’abolition de l’esclavage et le 23 mai celle rendant hommage aux victimes de l’esclavage. Un mois de mai ainsi placé sous le signe de la mémoire
Créateur : WAWRZYNIAK Marion
Commémorer un crime trop souvent occulté
Quand la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage (FME) proclame « L’esclavage, c’est notre histoire », c’est pour souligner à quel point la traite, l’esclavage colonial et ses conséquences ont été importants dans l’histoire du pays. Tout simplement par la lucidité qu’implique toute connaissance objective de notre histoire. Mais peut-être aussi parce que l’on aurait du mal à comprendre comment le pays de la Déclaration des droits de l’homme et de la Révolution française pourrait faire l’impasse sur cette partie-là de son histoire.
Tout cela a été heureusement réactivé par la loi de 2001, dite loi Taubira, qui a sonné ce réveil historique et mis en place un certain nombre de dispositifs à la fois juridiques et mémoriels importants. Parmi les suites données à cette loi, outre le coup de pouce donné à la recherche, on retiendra notamment la refonte de plusieurs programmes scolaires et la création d’instances mémorielles dont la FME est l’héritière depuis 2019.
Recherche scientifique : un chantier encore fragile
À la veille du 25e anniversaire de la loi Taubira (2001), il faut aussi rappeler qu’il ne peut y avoir de compréhension de l’esclavage, ni de bons moyens de lutte contre lui, sans une recherche exigeante, fondée sur des sources de tous types tant le phénomène est multidimensionnel.
On pourra néanmoins regretter que cette recherche soit encore en France trop peu structurée et soutenue, et que les grandes institutions financières françaises, qui eurent à connaître de certains aspects économiques de l’esclavage, ne se soient pas encore livrées à des exercices mémoriels comparables à ceux de l’Angleterre ou des Pays-Bas.
Haïti : le fardeau d’une dette coloniale
L’année 2025 offre également une bonne occasion de rappeler un épisode peu connu de l’histoire de France, pourtant très significatif de ce que furent l’esclavage et ses conséquences. Cette année marque en effet le bicentenaire de l’ordonnance de Charles X mettant en place ce qu’il est convenu d’appeler « la dette d’Haïti ».
Haïti, on l’oublie si souvent, fut la première république noire, créée en 1804 par d’anciens esclaves après leur victoire sur les troupes de Bonaparte, lequel avait rétabli l’esclavage dans les colonies après sa première abolition en 1794 par la Convention.
Plus d’un siècle pour rembourser
L’ordonnance de Charles X oblige la jeune République d’Haïti à s’acquitter d’une dette considérable pour l’époque, destinée à indemniser les maîtres des plantations ayant employé des esclaves — en guise de réparations des dommages que subirent ces maîtres ! Une dette que Haïti mit plus d’un siècle à honorer et qui pesa lourdement sur ses capacités de développement.
Un tel événement fait partie de ceux qui, par leur injustice brutale, ont fait resurgir la question des réparations que les nations esclavagistes pourraient devoir aux pays, nations ou autres entités sociales issues de l’esclavage. Le débat, délicat à tous égards, est aujourd’hui lancé et fait partie des questions qui seront abordées, pour la France et à la suite des réflexions engagées à l’occasion de ce bicentenaire, dans une Commission franco-haïtienne.
États-Unis : l’ offensive conservatrice
Comment, par ailleurs, ne pas avoir en tête la situation actuelle aux États-Unis ? La chasse aux recherches menées sur les discriminations, la diversité, le climat ou le genre — et de fait une bonne partie des sciences humaines et sociales — est lancée. Une chasse voulue et organisée par le gouvernement, à laquelle les universités ont du mal à faire face quand s’opère le chantage aux crédits fédéraux.
La question des esclavages, passés ou présents, sinon futurs, est évidemment au cœur de cette vindicte à la fois conservatrice et révisionniste. Les spécialistes du sujet savent ce que l’on doit à la production scientifique américaine. On ne peut donc imaginer qu’un tel bouleversement soit durable et que les sciences humaines et sociales américaines se transforment brutalement en astre mort.
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