L’Ukraine accuse la Russie de déporter ses enfants jusqu’en … Corée du Nord
L’Ukraine dénonce un système organisé de transfert et de « rééducation » de mineurs. Comme Misha et Liza, localisées à 9 000 km de chez elles, en Corée du Nord.
Kiev dénonce une politique de déportation massive
Depuis des mois, l’Ukraine alerte sur l’ampleur d’un phénomène qu’elle qualifie de « déportation systématique » d’enfants par la Russie. Près de 20 000 mineurs auraient été enlevés dans les zones occupées depuis février 2022, selon la base nationale « Enfants de la guerre ». Certains ont été adoptés de force, d’autres envoyés dans des centres de « rééducation » où s’exerce une propagande prorusse. Pour Kiev, il s’agit d’une stratégie délibérée visant à briser les liens familiaux et à refaçonner l’identité de ces enfants.
Un système tentaculaire de camps de « rééducation »
Les travaux des ONG et des institutions ukrainiennes dressent une cartographie désormais vaste : 165 camps de « russification » ou de formation paramilitaire ont été identifiés en Russie, au Bélarus, dans les territoires occupés… et désormais en Corée du Nord. L’architecture d’un système pensé pour disperser les mineurs et empêcher leur retour.
C’est dans ce contexte que le cas de deux jeunes Ukrainiennes a frappé les observateurs par son caractère extrême. Devant la commission des crédits du Sénat américain, l’experte juridique Kateryna Rashevska a révélé que Misha, 12 ans, originaire de Donetsk, et Liza, 16 ans, née à Simferopol, avaient été transférées en Corée du Nord après leur enlèvement dans les territoires occupés.
Songdowon : un camp militaire au cœur de l’endoctrinement nord-coréen
Les deux adolescentes ont été retrouvées dans le camp militaire de Songdowon, un site fermé situé sur la côte est du pays. Elles y suivaient un programme d’endoctrinement comprenant des exercices paramilitaires, un enseignement idéologique hostile au Japon — où l’on apprend à « détruire les militaristes japonais » — et des rencontres avec des vétérans ayant participé en 1968 à l’attaque du navire américain USS Pueblo. Une immersion forcée dans l’un des systèmes politiques les plus hermétiques du monde.
Pour les autorités ukrainiennes, le parcours de Misha et Liza met en lumière le degré de sophistication atteint par les transferts d’enfants opérés par Moscou. L’envoi en Corée du Nord démontre que ces déplacements ne se limitent plus aux territoires sous contrôle russe mais s’étendent désormais à des États alliés, hors de portée des mécanismes internationaux de surveillance.
Façonner politiquement des enfants déracinés
En confiant certains mineurs à des régimes partenaires, Moscou s’appuie sur des contextes idéologiques compatibles avec ses objectifs : anti-occidentalisme, militarisation de l’éducation, contrôle absolu du récit national. Un terreau favorable au façonnage politique d’enfants déracinés.
En 2023, la Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine pour déportation illégale de mineurs. Kiev estime toutefois que les chiffres officiels ne reflètent qu’une partie de la réalité. La localisation de Misha et Liza dans un camp nord-coréen renforce l’urgence d’un recensement complet et d’un mécanisme international de restitution. Pour Kiev, ces deux adolescentes sont moins une exception qu’un signal d’alarme.
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