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Mali : le début de la fin pour la junte ?

publié le 30/04/2026 par Jean Paul de Gaudemar

Déjà affaiblie par des années de guerre contre les djihadistes, la junte malienne vient de subir le choc militaire d’une alliance inédite entre groupes rebelles

Une alliance décisive au nord

Le facteur nouveau, déclencheur des attaques, semble en effet bien avoir été l’alliance momentanée entre le Front de Libération de l’Azawad (FLA), ces Touareg luttant depuis longtemps pour leur indépendance, et le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), ce dernier ayant peut‑être mis fin momentanément à sa querelle avec l’État islamique. Une alliance redoutable donc, permettant de prendre en tenaille les forces armées maliennes, étant donné les positions déjà occupées par ces groupes. Ce sont donc plusieurs villes qui ont été attaquées simultanément, Gao et Kidal au nord, mais aussi Sévaré, Mopti, Kati et Bamako, ainsi que plusieurs autres localités. Ces attaques simultanées, regroupant probablement plusieurs milliers d’hommes, ne pouvaient que surprendre une junte profitant jusqu’ici des profondes divisions entre ses nombreux adversaires. Ces attaques ont donc été violentes et bien coordonnées sur un front de grande ampleur. Comme à l’accoutumée, les autorités maliennes ont bombé le torse en affirmant que la situation était sous contrôle. C’est le chef du gouvernement, Maïga, qui s’est exprimé en ce sens, et non le chef de la junte, Goïta, ce qui ne peut qu’alimenter de fortes conjectures quant à la situation de ce dernier.

Kidal reprise, la junte humiliée

Malgré les dénégations du Premier ministre, il apparaît clairement que les forces armées maliennes ont perdu une fois de plus du terrain. La perte la plus symbolique est sans conteste celle de Kidal, la grande ville du nord, reprise et désormais occupée par le FLA. On se souvient en effet de la grande mise en scène par la junte de la reprise de Kidal aux rebelles de l’Azawad il y a trois ans. Pour la junte, elle signifiait aussi la reprise en main du pays. Les images des mercenaires russes, leurs alliés, hissant le drapeau malien au‑dessus de Kidal démontraient aux yeux des militaires putschistes qu’ils étaient bien maîtres chez eux.

La reprise de Kidal par le FLA est donc un camouflet, d’autant plus douloureux pour la junte que ses supplétifs russes ont pu négocier, après une brève résistance, leur retrait à une centaine de kilomètres, l’Algérie ayant servi à l’occasion de médiateur avec le FLA. Au‑delà de ce symbole, la défaite s’est aussi traduite par la prise momentanée par le JNIM de Sévaré et de Mopti. Les djihadistes se sont en effet repliés rapidement, non qu’ils y aient été contraints par les forces maliennes, mais par souci tactique. De façon générale, leur stratégie actuelle est moins d’occuper les grandes villes, faute de pouvoir le faire de manière durable, que de montrer ce qu’ils peuvent faire en affaiblissant ainsi le pouvoir central de la junte, dans l’attente de sa chute finale.

La mort du puissant ministre de la Défense

Si Gao semble avoir résisté à l’attaque dans un premier temps, en revanche Bamako elle‑même, et surtout Kati, bastion de la junte, ont souffert malgré leur potentiel en forces de sécurité. La mort de Sadio Camara, le puissant ministre de la Défense, un des hommes forts de la junte, en est le symbole le plus fort, tant il portait l’essentiel de la stratégie de lutte contre les djihadistes. Un attentat suicide à la voiture piégée aurait été la cause de sa mort dans sa résidence de Kati. De même, les blessures dont ont été victimes le chef d’état‑major des armées et d’autres hauts gradés de la junte démontrent l’intensité de l’attaque. Elles démontrent aussi que les rebelles n’hésitent plus à s’attaquer aux grands chefs militaires eux‑mêmes.

Alliances mouvantes, junte fragilisée

Plusieurs éléments laissent ainsi penser que les attaques du 25 avril constituent une évolution importante du conflit, au‑delà de ce nouveau coup porté à la junte. L’élément le plus décisif est évidemment la capacité de deux groupes rebelles à s’unir, alors que bien des choses les différencient. Non seulement c’est la première fois qu’une telle entente s’exprime publiquement, les armes à la main sur le terrain, mais elle révèle en outre de nouvelles stratégies. Cela apparaît très clairement pour le FLA, appelant explicitement tous les groupes rebelles à la junte à s’unir pour la chasser du pouvoir. Leurs divergences avec ces autres groupes, notamment les djihadistes, sont pourtant considérables. Mais le FLA considère sans doute que la chute de la junte et la désagrégation du Mali qui pourrait s’ensuivre leur permettraient d’acquérir enfin leur indépendance, laissant les autres groupes se disputer le reste du pays.

Le JNIM lui‑même semble évoluer dans une direction comparable. En l’occurrence, ce groupe djihadiste joue la carte de la main tendue aux mercenaires russes. Il ne serait ainsi guère surprenant qu’ils essaient de les convaincre qu’ils pourraient eux aussi leur laisser les prébendes de l’orpaillage et autres ressources clandestines. L’Africa Corps ayant été repris en main par Poutine, il n’est pas certain que cette main tendue soit saisie, mais la situation au Sahel est telle que tout changement d’alliance devient possible.


Encadré

La bataille de Kati, cœur du régime

En frappant Kati, ville‑caserne et véritable cœur du pouvoir militaire, les assaillants ont porté le combat au plus près du noyau de la junte. La mort de Sadio Camara, ministre de la Défense et architecte de la coopération sécuritaire avec les Russes, prive le régime de son stratège militaire le plus influent. Ce coup porté au « sanctuaire » du pouvoir brise le mythe d’une junte intouchable et ouvre une période d’incertitude majeure au sommet de l’État malien.


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