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Maroc 2026 : la première femme cheffe du gouvernement pourra-t-elle réconcilier les marocains?

publié le 18/10/2026 par Jean Paul de Gaudemar

Fatima Ezzahra El-Mansouri doit répondre à l’abstention et aux fractures sociales

Le roi Mohammed VI a donc choisi une femme pour diriger le nouveau gouvernement marocain. C’est la première fois dans l’histoire du pays et, déjà, son programme de travail s’avère chargé.

En effet, aux dernières élections législatives, le 23 septembre 2026, le premier constat est celui d’une abstention massive. Ce sont 62% des électeurs qui ne se sont pas déplacés, soit un record depuis plus de vingt ans et le début du règne de Mohammed VI.

Certes, le Maroc est déjà entré dans une forme de transition démographique, ne le rendant plus aussi jeune que les autres pays africains, mais la génération des 15-29 ans y est néanmoins estimée en 2026 à plus de 8 millions de personnes, soit environ 22% d’une population de l’ordre de 38 millions d’habitants. C’est donc une génération qui compte, non seulement parce qu’elle porte l’avenir du pays, mais aussi par son poids électoral. Mais cette abstention massive n’est pas seulement due aux jeunes. Beaucoup d’autres électeurs s’y sont joints, notamment tous ceux ne se reconnaissant guère dans les priorités de la classe politique au pouvoir.

Derrière l’abstention, les fractures du pays

Cette abstention massive des jeunes, imitée par une portion notable d’autres électeurs, ne peut être une surprise. Elle traduit directement le malaise actuel dans la société marocaine que l’on traduit par l’expression de « Maroc à deux vitesses ». D’un côté, le Maroc tourné vers les grands chantiers de prestige, pour le football avec la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025 et bientôt la Coupe du monde 2030, mais aussi les trains à grande vitesse, le tourisme de luxe, les usines automobiles et aéronautiques, le grand port de Tanger Med ou encore l’université privée Mohammed VI réservée à une élite. De l’autre, le Maroc de la misère rémanente, des nombreuses failles de son système éducatif et plus encore de santé, le manque criant d’emplois permanents.

Moins de quatre personnes sur dix en âge de travailler disposent d’un emploi formel, mais saisonnier ou à temps partiel pour beaucoup, et chaque année, environ trois cent mille emplois manquent à l’appel pour faire face aux jeunes sortant du système éducatif.

De la Gen Z 212 à Ceuta, une jeunesse en rupture

Le mouvement déclenché par la génération dite Gen Z 212 l’an dernier ne dénonçait rien d’autre que ce volet sombre du Maroc d’aujourd’hui. Plus encore, la crise de Ceuta, ces dizaines de milliers de jeunes se ruant vers l’enclave espagnole, les dizaines de morts qui en résultèrent, en fut un écho autrement plus dramatique. Mais ni le mouvement de la Gen Z 212 ni le drame de Ceuta ne semblent avoir infléchi la démarche de la classe politique au pouvoir, sinon à travers quelques bonnes paroles ou slogans de campagne, tel celui du Premier ministre sortant Aziz Akhannouch promettant la création d’un million d’emplois à l’horizon 2030.

La Gen Z 212 demandait d’ailleurs, outre ses revendications de base sur l’éducation, la santé ou l’emploi, le départ de ce chef du gouvernement dont la grande fortune (liée à la distribution pétrolière) renforçait le sentiment de ces jeunes de n’être ni compris ni entendus, le sentiment d’un immense décalage entre eux et la classe politique.

Le prestige international à l’épreuve des urnes

Face à eux, la classe politique semble les avoir ignorés et avoir préféré le prestige international d’un Maroc jouant dans la cour des grands, s’arrogeant un rôle de leader continental, pont entre les pays développés et ceux en voie de développement, notamment entre Europe et Afrique subsaharienne.

Le roi Mohammed VI lui-même avait fait preuve d’une grande lucidité lors de son récent discours du Trône, en faisant une référence très transparente à un tel « Maroc à deux vitesses » et en mettant en garde la classe politique contre les fractures du pays, notamment entre jeunes et moins jeunes, mais aussi entre villes et campagnes, plus généralement entre richesse et pauvreté. Mais la réaction de cette classe politique a semblé être si peu à la hauteur que le résultat s’est traduit directement dans les urnes.

Certes, les trois partis qui constituaient la coalition gouvernementale ont obtenu les meilleurs résultats, bien que dans un ordre différent. Le Parti authenticité et modernité (PAM) a obtenu 97 sièges (sur 395) à la Chambre, contre 66 au Rassemblement national des indépendants (RNI) et 65 au Parti de l’Istiqlal. Avec seulement 38% des électeurs ayant participé, le verdict des urnes traduit directement ce Maroc à deux vitesses, le Maroc de la « modernité » votant, le Maroc en difficulté s’abstenant ou accordant ses suffrages à des partis marginaux.

El-Mansouri, une première historique et une majorité à bâtir

Dans ce contexte, le choix du roi, Fatima Ezzahra El-Mansouri, première femme nommée cheffe du gouvernement, n’est pas vraiment une surprise. Outre son rôle de dirigeante du PAM et de maire de Marrakech, elle appartenait au précédent gouvernement comme ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat, mais avait mené campagne sous un jour très critique vis-à-vis du précédent Premier ministre, n’hésitant pas à parler « d’échec » de sa politique, notamment pour les jeunes. Elle devra donc trouver une majorité pour gouverner, soit en reconduisant une coalition gouvernementale mise à mal par la campagne, soit sans le RNI, mais avec un autre appui que le seul Istiqlal, possiblement un parti de gauche.

Mondial 2030 : les promesses sociales au pied du mur

Fatima Ezzahra El-Mansouri devra donc choisir ses priorités, entre une Coupe du monde 2030 à réussir et les réponses à apporter aux aspirations d’un peuple marocain qui ne profitera guère de l’événement.

L’ambition de Fatima Ezzahra El-Mansouri est grande si l’on juge par le programme de son parti. Il prévoit une hausse du SMIC (qui pourrait passer de 3 200 à 5 000 dirhams), un accroissement significatif des petites retraites avec instauration d’un plancher minimal, une suppression de l’impôt sur les bas revenus et surtout la création d’un million d’emplois d’ici 2030. Mais le PAM peine à expliquer comment ce programme ambitieux peut être financé et soutenable sur le long terme. Même si le pays connaît un certain regain de croissance, dans la conjoncture mondiale actuelle, ces promesses risquent de n’être qu’illusions passagères.

Pourtant, l’urgence est là et 2030 est encore loin pour quiconque attend un emploi, vit chichement de sa terre ou n’accède que difficilement à l’école. Mais encore faut-il que ce nouveau gouvernement donne rapidement des signes tangibles en ce sens, autres que de vagues promesses.

Fatima Ezzahra El-Mansouri saura-t-elle trouver la clé ?

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