Maroc : la Génération Z bouscule le Royaume… et inquiète le voisin algérien
Dans un royaume en pleine mutation, la jeunesse marocaine impose un ton neuf et un regard critique sur le pouvoir, tandis qu’à Alger, on scrute cette audace avec nervosité
C’est un vent nouveau qui souffle sur le Maroc. Une jeunesse née avec Internet, nourrie aux écrans et aux contradictions du monde, vient de faire irruption dans le débat public. Appelée GenZ, elle revendique une parole politique directe, informée, intransigeante. Et cette prise de conscience, inédite dans le monde arabe, provoque autant d’espoir au sud du détroit de Gibraltar qu’elle n’éveille de craintes à Alger.
Une génération connectée, lucide et déterminée
Ils n’ont pas trente ans et déjà, ils interpellent le pouvoir avec une maturité qui surprend. Sur les réseaux sociaux et dans les forums qu’ils animent, ces jeunes Marocains posent les termes d’un nouveau contrat social : pouvoir d’achat, éducation, santé, égalité des chances, gouvernance et lutte contre la corruption.
Loin des slogans creux, ils réclament des réformes structurelles. Leur plateforme de revendications adressée au roi a sidéré autant le gouvernement que l’opposition, qui en appellent désormais au dialogue — comme un joueur sanctionné qui demande à l’arbitre de revoir son carton rouge.
Contrairement aux préjugés, cette génération que l’on disait « abrutie par les écrans » a retourné l’accusation : ce sont les aînés, englués dans les privilèges et les routines politiques, qu’elle accuse d’aveuglement. Dans un pays où la population a quadruplé depuis l’indépendance, cette jeunesse éduquée et connectée entend désormais peser sur le destin du Royaume.
Un miroir tendu à l’Algérie
Cette effervescence, le voisin algérien l’observe avec une appréhension à peine voilée. À Alger, la presse officielle dénonce un Maroc « vitrine Potemkine », cachant la misère sous un vernis de modernité. Mais le malaise est ailleurs : le mouvement marocain révèle, par contraste, l’immobilisme d’une Algérie où le jeu politique est à la politique ce que la musique militaire est à la musique.
Le régime de Tebboune mise sur la surveillance et le contrôle en amont, appliquant la « méthode chinoise » aux réseaux sociaux. L’appel d’une pseudo GenZ.213 n’a pas trouvé d’écho. Pourtant, derrière le silence, la jeunesse algérienne couve la même impatience. Elle se reconnaît davantage dans les embarcations des harragas que dans les discours officiels. Là aussi, l’horizon se cherche.
Rivalité d’États, miroir de vanité
Car derrière ces mouvements de société se joue une compétition féroce entre deux régimes qui se regardent en chiens de faïence depuis un demi-siècle. Le Sahara occidental demeure la pomme de discorde historique. Et depuis que les capitales occidentales ont multiplié les soutiens au plan d’autonomie marocain, Alger vit cette séquence diplomatique comme un affront.
La rivalité s’exprime désormais sur d’autres terrains : après la course à l’armement et celle des minarets, voici celle des stades. L’Algérie se vantait de ses enceintes « aux standards européens » ; Rabat a répliqué avec des infrastructures monumentales pour la Coupe d’Afrique 2025 et la Coupe du Monde 2030. Le futur stade Hassan II, près de Casablanca, avec ses 115 000 places, pourrait même éclipser la « Grande Mosquée » d’Alger — symbole de prestige et d’orgueil national bâti à coups de milliards.
Mais derrière la démesure architecturale, c’est la même réalité : dans ces pays encore en développement, le coût de la gloire se paie par le peuple.
Un vent du Sud
Le souffle qui agite aujourd’hui le Maroc n’est pas isolé. Il participe d’un courant global né en Asie et qui gagne l’Afrique : celui d’une jeunesse qui ne veut plus subir, qui exige des comptes et revendique la dignité. Dans un monde corrompu et déshumanisé, cette GenZ du Sud global impose une nouvelle devise universelle : justice sociale, égalité des chances, transparence.
Pour le Maroc, cette génération est à la fois un défi et une promesse. Pour l’Algérie, elle est un avertissement.
Et pour le monde arabe tout entier, peut-être, le signe qu’un cycle s’achève : celui des élites figées et des régimes qui préféraient le prestige à la réforme.

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