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Maroc : le GenZ 212 fait trembler le pouvoir

publié le 03/10/2025 par grands-reporters

Entre colère sociale, slogans viraux et répression policière, la génération Z défie le pouvoir et réclame santé, éducation et dignité avant les stades du Mondial 2030

Manifestations massives

Depuis le 25 septembre 2025, les rues du Maroc vibrent au rythme d’une jeunesse en colère. La génération Z, organisée sous la bannière « GenZ 212 », ( 212 comme l’indicatif téléphonique du Maroc ) a investi les places publiques de Rabat, Casablanca, Marrakech et Agadir, brandissant des slogans percutants et des pancartes sans équivoque : « Nous voulons des hôpitaux, pas des stades », « Le stade de la FIFA aura une trousse de premiers secours, nos hôpitaux, non ! ». Ce mouvement, né sur les réseaux sociaux et porté par des milliers de jeunes, marque un tournant dans l’histoire sociale du pays.

L’étincelle : un drame évitable

Tout a commencé le 14 septembre, lorsque huit femmes enceintes ont perdu la vie à l’hôpital Hassan II d’Agadir, faute de soins adaptés. « Ce drame a été la goutte d’eau. On ne peut plus accepter que des vies soient sacrifiées à cause de l’incompétence et de la corruption », explique un membre anonyme du collectif GenZ 212, joint par TF1 Info. Depuis, la colère ne faiblit pas. « Nous ne sommes pas des casseurs, nous sommes des citoyens qui réclament nos droits les plus élémentaires », insiste un manifestant interpellé à Rabat, dont les images, souriantes malgré les menottes, ont fait le tour des réseaux sociaux.

Des revendications claires : santé, éducation, emploi

Les jeunes Marocains, dont le taux de chômage atteint 35,8 % chez les 18-24 ans, dénoncent un système à bout de souffle. « On nous promet des stades pour la Coupe du monde 2030, mais nos écoles s’effondrent et nos hôpitaux manquent de tout. Où est la logique ? », s’indigne une étudiante de 22 ans, interrogée par France 24. Le collectif, qui revendique plus de 120 000 membres sur Discord, affiche une position sans ambiguïté : « Nous sommes une jeunesse libre. Notre seule revendication est la dignité et les droits légitimes pour chaque citoyen ».

Une mobilisation 2.0, pacifique mais déterminée

L’originalité de ce mouvement réside dans son organisation décentralisée et son usage stratégique des réseaux sociaux. « Nous n’avons pas de leaders, nous sommes tous des leaders. Discord nous permet de nous coordonner en temps réel et d’échapper à la répression », explique un administrateur du serveur GenZ 212. Pourtant, la réponse des autorités a souvent été brutale. « Ils nous traitent comme des criminels alors que nous manifestons pacifiquement. Deux de nos camarades ont été tués à bout portant dans le sud du pays. Jusqu’où iront-ils ? », témoigne un jeune homme sous couvert d’anonymat, après les heurts du 30 septembre.

Un Maroc à deux vitesses

Les manifestants pointent du doigt les priorités budgétaires du gouvernement, jugées déconnectées des réalités sociales. « Le Maroc investit des milliards dans l’hydrogène vert et les data centers, mais nos écoles n’ont pas de professeurs et nos hôpitaux n’ont pas de médicaments. C’est un scandale », dénonce Abderrahim Bourkia, sociologue marocain, dans une interview accordée à Médias24. Le fossé se creuse entre une jeunesse éduquée, connectée, et des institutions perçues comme sclérosées et corrompues. « Cette génération ne veut plus survivre, elle veut vivre dans la dignité. Elle exige un nouveau contrat social », analyse Ketakandriana Rafitoson, spécialiste des mouvements sociaux.

Une révolte qui dépasse les frontières

Le Maroc n’est pas un cas isolé. De Madagascar au Népal, en passant par l’Indonésie, la génération Z s’organise pour réclamer justice et transparence. « Ces mouvements montrent que la jeunesse mondiale refuse l’héritage d’un système défaillant. Ils inventent de nouvelles formes de lutte, plus horizontales, plus créatives », souligne la politologue Ketakandriana Rafitoson. Au Maroc, le soutien ne vient pas seulement de la rue : des figures publiques, comme le footballeur Nayef Aguerd, ont affiché leur solidarité. « Il s’agit de revendications tout à fait légitimes, qui reflètent leur amour sincère pour leur pays », a-t-il écrit sur Instagram.

Et demain ?

Face à l’ampleur de la mobilisation, le gouvernement marocain a promis des réformes. « Nous sommes à l’écoute et prêts à répondre de manière positive et responsable », a déclaré la coalition au pouvoir dans un communiqué. Mais la méfiance persiste. « On a entendu trop de promesses. Cette fois, nous ne lâcherons rien », prévient un membre de GenZ 212.

Une génération qui écrit l’histoire

Ce qui se joue aujourd’hui au Maroc dépasse le cadre des manifestations traditionnelles. « La Gen Z marocaine a brisé la peur. Elle a montré qu’elle pouvait s’organiser, résister, et porter une voix collective. Le pays ne sera plus jamais comme avant », conclut le sociologue Abderrahim Bourkia. Une chose est sûre : cette révolte, pacifique mais déterminée, a déjà changé le visage du Maroc. Et elle n’a pas fini de faire parler d’elle.


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